REFIS D'ARMISTICE
truire une fausse, lorsqu'on retrouva la fameuse colonne à Brest, venue là on ne sait comment (1). 5»
Le 19, à Halle, le comte de Dœnhoff apporta à Napoléon une lettre du roi de Prusse (2). Parlant des propositions pacifiques envoyées par l'entremise de M. de Montesquiou deux jours avant la bataille d'Iéna, Frédéric-Guillaume dit : « Au quartier général^ le 15 octobre 1806. — Monsieur mon frère, je n'ai reçu qu'hier matin, dans le moment où nos troupes se (rouvaient déjà aux prises, la lettre que Votre Majesté Impériale et Royale m'a foit l'honneur de m'adresser le 12 de ce mois, et je m'empresse d'y répondre dans le momefit où je descends de cheval. Les sentiments qu'ElIe y manifeste, malgré les différends qui ont eu lieu entre nous, me la rendent précieuse, et je ne reconnais pas moins le caractère élevé de Votre Majesté Impériale que son intention de faire plutôt des heureux que de verser le sang de tant de milliers d'hommes. <» Finalement le Roi désirerait une suspension d'armes, <•<■ landis, ajoute-t-il, que nous nous occuperons à fonder le bonheur solide de nos sujets... (3). » L'Empereur répondit en ces termes : « Camp impérial de Halle ^ 19 octobre 1806. — Monsieur mon frère, j'ai reçu la lettre de Votre Majesté. Je regrette beaucoup que la lettre que je lui ai envoyée par un de mes officiers d'ordonnance qui est arrivé à son camp le 13, n'ait pu empêcher la bataille du 14. Toute suspension d'armes qui donnerait le temps d'arriver aux armées russes, qu'EUe paraît avoir appelées dans l'hiver, serait Irop contraire à mes intérêts pour que, quel que soit le désir que j'aie d'épargner des maux et des victimes à l'humanité, je puisse y souscrire... (4). ■>•> Le comte Dœnhoff, premier émissaire du roi de Prusse, fut bientôt suivi d'un second, le marquis de Lucche-
(1) Varnhagen Vox Exse, Denkvmrdîgkeiten. II, 294.
(2) Raxkk, Hardenhergs elf/enh(imli(/e Memoiren, III, 219.
(3) Archives natiomiles, AF, IV, 1690.
(i) Correspondance de Xapoléon t\ XIII, 373.
sini, chargé de demander à l'Empereur ses conditions de paix. Lucchesini reçut, le 21 à minuit, la visite du général Duroc. Après cette conférence préliminaire, ils en eurent une autre, le 23, jour où l'Empereur arriva à Wittenberg (1). Les pourparlers n'aboutirent pas. Les bases de la paix^ dictées par la France, se résumaient ainsi : « La Prusse renoncerait à toutes ses possessions situées entre le Rhin et l'Elbe; elle paierait une contribution de guerre de cent millions de francs pour indemnité des frais qu'avait causés à la France une campngne entreprise sans motif, enfin la Prusse ne se mêlerait désormais et sous aucun prétexte des affaires d'Allemagne... (2). n
Ces sacrifices, fort onéreux sans doute, n'étaient cependant pas proportionnés aux lisques que la Prusse avait encourus en se mettant à l'avant-garde d'une quatrième coalition contre la France. Ils étaient conformes au châtiment mérité par sa politique insidieuse, pleine d'embûches et méprisante depuis de longues années à l'égard du gouvernement français et de son chef. Malgré la rigueur dont elle élait frappée, la Prusse conservait de nombreuses forteresses et en somme les Etats compacts qui formaient le noyau, la source vitale de la monarchie. Elle demeurait même souveraine des provinces polonaises. Elle subira des mutilations autrement cruelles lorsque, l'an prochain à Tilsit, Napoléon et l'empereur de Russie régleront en un accord intime le sort de la couronne prussienne.
En demandant un délai pour en référer à son maître, Lucchesini commit, à Viltenberg, une grande faute. 11 aurait dû s'empresser d'accepter de piano le traité qui lui était offert. Se rappela-t-il le désaveu infligé à M. de Haugwilz lors de son retour de Schœnbrunn? Ne voulut-il pas s'attirer la même disgrâce? C'est j)Ossible. Mais il est des heures où l'homme d'Etat doit perdre de vue les conséquences éventuelles de ses
(1) Archiccs royales prussiennes, etc., II. 633.
(2) BiG\OM. VI, 42.