LES AUXILIAIRES PRUSSIENS
SOUS peine de mort, de déposer immédiatement ses armes à l'Hôtel de Ville 5> . Indigne de voir ses ordres transformés en édils draconiens, le général Hulin fit tout de suite insérer dans les journaux une note disant qu'il était fort surpris de lire cet arrêté rigoureux et qu'il n'entendait nullement qu'on donnât une sanction aussi barbare à ses instructions ; en même temps il défendait qu'à l'avenir on aflicbàt rien sans son autorisation (1).
Pour payer la contiibution de guerre de deux millions de thalers, soit sept millions et demi en francs, exigée de la capitale, l'administration locale astreignit les propriétaires à lui fournir mensuellement des avances à raison d'un pour mille du montant de leurs assurances contre l'incendie (2).
Lu décret impérial prescrivit l'organisation d'une garde civique formée de douze cents bourgeois, pris parmi les plus mposés, à raison de soixante pour chacun des vingt cantons de a capitale. De sorte que la garde de la ville et la police se trouvaient confiées aux douze cents plus riches citoyens (3). On n'eut besoin de réquisitionner personne pour la formation de cette garde de « honte à cheval » , dit l'un des rares patriotes, Meinerd, chef de la corporation des bouchers (4). « Aussitôt organisée, raconte un écrivain allemand, la garde civique prêta serment de fidélité. 11 faut avouer que c'est une chose bien extraordinaire, qu'il ait fallu que les Français vinssent à Berlin pour donner aux Berlinois l'autonomie de leur administration et la garde de leur ville. Autrefois les bourgeois se refusaient à faire partie de la garde civique, mais ils considéraient comme un grand honneur de lui appartenir depuis l'invasion. Enchantés de leur brillant uniforme, ils faisaient leur service avec
(1) Berliner Xarricliten, n° du 6 novembre 1806.
(2) Semlsckieiben einer pntriotischen Biïrgers, p. i.
(3) Correspondance de Xapoléon I"', XIM, 430.
(4) Hesckiel, Berlinisches Historienbuch, p. 385.
une joie qui louchait à l'enthousiasme. Ils allèrent même plus loin. Lorsque les gouverneurs et commandants français eurent besoin d'ordonnances j)arlant allemand, il se forma parmi les jeunes gens aises un corps de volontaires qui faisaient le service dans les antichambres des généraux ennemis. Les jeunes bourgeois paradaient ainsi dans de splendides uniformes vert clair, brodés d'or, et se montraient tout fiers d'être les serviteurs des officiers français (1).
Avec les auxiliaires expérimentés que Napoléon rencontra à tous les échelons de la hiérarchie prussienne, l'administration des provinces conquises devint relativement facile. Elles furent divisées en quatre départements militaires distincts : Berlin, Kiistrin, Steltin et Magdebourg, commandés par les généraux Clarke, Ménars, Thouvenot et Chamj)eaux (2). On put se contenter de placer un agent français auprès de l'autorité prussienne princij)ale de chaque ])rovince (3), et fout marcha dans l'ordre le plus régulier. Lue commission des finances fut instituée, sous la ])résidence de M. Daru, intendant général, ayant pour collaborateurs Estève, trésorier de la Couronne, et de la Bouillerie, receveur général des contributions (4). M. Estève établit un projet de budget basé sur les évaluations de l'administration des finances royales prussiennes, tâche que lui rendirent facile les employés indigènes demeurés à leur poste. Ce budget se chiffrait ])our l'année 1808 par un excédent de recettes de 58,084,675 francs (5).
Xapoléon vécut à Berlin du 27 octobre au 24 novembre, comme s'il était en déplacement dans un des châteaux du domaine impérial. 11 recevait chaque jour des estafettes de Paris, apportant les ])ortefeuilles des ministres; et tous les
(1) A. Streckkuss, Reilin, etc., I, 66.
(2) Décret impérial du 6 novembre 1806
(3) BiGxoM, VI, 50.
(4) Archiccs nationales, AF, IV, 169o
(5) Ibid., AE*, IV, 497.
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décrets français furent dates de Berlin. C'est là même qu'il rédigea et promulgua l'acte le plus audacieux et le plus fameux de son règne : le blocus continental (21 novembre 1806). Un mois auparavant, il avait annoncé son dessein en même temps que, selon sa coutume, il rejetait sur l'Angleterre la responsabilité des malheurs de la guerre. Il disait dans le quinzième Bulletin daté de W'ittenberg : « On se demande ce que l'Angleterre gagnera à tout ceci. Elle pouvait recouvrer le Hanovre, garder le cap de Bonne-Espérance, conserver Malte, faire une paix honorable et rendre la tranquillité au monde. Elle a voulu exciter la Prusse contre la France, pousser l'Empereur et la France à bout. Eh bien elle a conduit la Prusse à sa ruine, procuré à l'Empereur une plus grande gloire, à la France une plus grande puissance, et le temps approche où l'on pourra déclarer l'Angleterre en état de blocus continental. Est-ce donc avec du sang que les Anglais ont espéré alimenter leur commerce et ranimer leur industrie? » Toujours convaincu que la paix se serait faite si M. Fox n'était pas mort, Xapoléon exhale un dernier regret en ajoutant : « L'Europe attribuera ces malheurs à la perte de ce ministre, honnête homme, qui voulait gouverner par des idées grandes et libérales et que le peuple anglais pleurera un jour avec des larmes de sang (l). 55
L'Empereur passait souvent des revues de sa Garde et de la garde civique berlinoise, dont « le spectacle attirait un nombreux public. Le peuple se portait en foule sur le passage du souverain français (2) » . « Les Berlinois sont même étonnés, dit un rapport, de voir l'Empereur, après la parade, rentrer au Château presque sans suite et marchant au petit pas (3). :■> A son arrivée, il avait rendu visite au prince Ferdinand, oncle du Roi et frère du grand Frédéric, qui était resté à Berlin. Il voulut
(1) Correspondance de Xapoléon /", XIII, 400.
(2) Streckfuss, I, 67; Vertraute lirie/e, II, 268.
(3) Atchives de la Guerre. (Rapport de la place du 12 novembre 1806.)
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que les honneurs militaires dus à son rang lui fussent rendus (1). Il ne négligea ])as de s'occuper du sort des pauvres, dans ces temps difficiles (2). A cet effet il fit frapper de la menue monnaie, des groschen qui manquaient dans la circulation. Par son ordre, les indigents pouvaient exiger le pain au prix maximum d'un groschen la livre, soit douze centimes et demi. Tous les fonctionnaires, pensionnaires, invalides reçurent leurs émoluments et leurs arrérages comme avant la guerre (3). Presque aussitôt après l'arrivée des Français, la vie ordinaire reprit son allure habituelle. S'il faut en croire les auteurs allemands, u les théâtres regorgeaient de spectateurs; dans les établissements publics, on trouvait avec peine à se placer, tant la population y venait en foule, pour frayer amicalement avec ses hôtes étrangers (4). 55 «Jamais le luxe, dit un autre auteur, ne fut plus grand, jamais les toilettes des femmes ne furent plus rehaussées ni plus impudiques, avec leurs longues robes flottantes, imitées des hétaïres grecques, qui livraient sans retenue aux regards des passants les contours de leurs formes provocantes... Jamais débauche plus profonde ne s'est étalée aussi impudemment qu'à présent. Dès l'heure la plus matinale, de belles Berlinoises, en léger négligé, vont processionnellement dans les rues. On dit l'Empereur exaspéré de ce que ses soldats ont trouvé ici leur Capoue. Les hôpitaux n'ont plus assez de place j)Our recevoir tous les invalides de la dépravation (5). 55 « A Berlin, dit le général Fantin des Odoards, les femmes sont petites, sveltes, de la tournure la plus voluptueuse et d'une figure fine autant que séduisante. S'il faut en croire les officiers de ma connaissance qui habitent cette capitale depuis plu-
(1) De SÉ(;ur, Mémoires, III, 5'f.
(2) Archives nationales, AF, IV, 1693. (Rapport de AI. de Massow à l'Empereur sur les pauvres de Berlin.)
(3) Verlraute Briefe, 11,287-288.
(4) A. Streckfuss, Berlin, etc., I, 67.
(5) Die Franzosen in Berlin, p. 170-17 2.
LA VIE A BERLIX 641
sieurs mois, ces dames ont une assez bonne opinion de leurs charmes pour ne pas cliercher à en augmenter le prix par une longue résistance (1 ) ; " les promenades publiques, les cafés, les spectacles, dit un rapport de la place, sont très fréquentés, ce qui annonce une grande confiance de la part des habitants (2).
Le théâtre royal continuait le cours de ses représentations au moment de la plus grande panique, dc^ns la dernière semaine d'octobre qui fut coupée par l'entrée des Français, on y jouait : le 23, les Organes du cerveau (^.)\ le 24, la Vente de la maison et l'Amour et la Jidélité ; le 25, Belmont et Constance; le 26, Iphigénie en Tauride; le 27, l'Abbé de VEpée et Alexis; le 28, le Mariage secret; le 29, Phèdre et le Bon Cœur. Le public trouvait plutôt qu'il n'y avait pas assez de distractions, car le 10 novembre, on demandait au gouverneur s'il ne se disposait pas à rétablir l'Opéra itaUen dont les pensionnaires étaient subventionnés par l'État (3). De son côté, le général Clarke estimait qu'il y avait lieu de réduire certains amusements et, le 26 décembre, il faisait fermer les jeux du Nouveau Casino (4) où, tous les soirs, se perdaient des sommes considérables.
La foire annuelle de Noël, qui se tient Unter den Linderiy fut aussi animée, sinon plus, que les autres années (5). Le carnaval suivant fut également très joyeux. " Le bal paré du 25 février a été très gai, dit le rapport de la place, on a dansé jusqu'à cinq heures du matin. Parmi les notabilités de la ville on remarquait les deux comtes d'Eglostein, M. d'Alvensleben, M. de Kanaker, M. de Gœrz, le major de Schack, le baron d'Eskasten, M. Ubreck, etc. (6). '> On voit dans la partie commerciale des
(1) Journal du général Fanlin des Odoards, p. 121.
(2) Archices de la Guei-re. (Rapport de la place du 20 novembre 1806.)
(3) Ibid. (Rapportde la place de Ilerliii du 12 novembre 1806.)
(4) Ihid. (Rapport de la place de Berlin du 28 décembre 1806.)
(5) Berliner Xarricliten du 15 au 31 décembre. (Voir les annonces concernant les attractions de la foire.)
(6) Archices de la Guerre. (Rapport du 27 février 1807.)
journaux que, dès le mois de novembre 1806, l'activité des affaires a repris son cours. Le mouvement des voyageurs allemands est au moins égal à celui de l'année précédente. Aux réclames courantes viennent se mêler, en langue française, des annonces motivées par les circonstances. Ici un abécédaire français chez Heinrich ; « moyennant cet abécédaire, on peut dire que les enfants apprendront le français en badinant. ■>■> M. Strobwasser vante « ses tabatières en papier mâché avec le portrait très ressemblant de Napoléon « . Ne pas oublier que « le véritable tabac de France se vend chez M. Rodenbeck -^ . Puis le « Manuel néologique, ou l'art d'apprendre et de retenir familièrement les mots de la langue française combinés avec ceux de la langue allemande, en forme de bouts rimes, chez AI. Quien, libraire, au Pont des Chasseurs 55 . La musique ne perdait pas ses droits. Entre autres « M. Bernhard Romberg, musicien de la Chapelle du Roi, donne un grand concert avec le concours de M. Meyer- Baër (pii aura la complaisance d'exécuter des variations sur le piano-forté « . Un brillant concert est également organisé par M. Brun, premier cor de la Chapelle du Roi(l).
Le plus grand commerce était celui des chevaux. On en payait à des prix dérisoires, qui valaient jadis de cent à trois cents thalers. Ces dépréciations j)rovenaient de la rareté des fourrages qui étaient réquisitionnés par le service de l'armée. Un grand nombre de changeurs s'étaient établis. Ils faisaient d'excellentes affaires grâce à la confusion des monnaies diverses d'Autriche, de Saxe et de toutes les principautés où les soldats avaient passé. Comme ceux-ci ignoraient la valeur de ces pièces, on leur en donnait à peu près ce qu'on voulait (2). Beaucoup d'ouvriers se trouvant sans travail, une nouvelle industrie ])rit naissance avec l'arrivée des Français, c'était celle des décrotleurs. On était assourdi dans les rues par les cris : Pulzen les
(1) Journaux de Berlin, 1806-1807.
(2) Vertraute Brie/e, II, 289.
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hottes, monsieur? Putzen les hottes, mon cher ami! articulés avec un accent déj)lorable. La plupart de ces industriels avaient adjoint à leur art de faire reluire les chaussures une autre spécialité moins avouable, qui consistait à faciliter les présentations entre Français et Berlinoises (1),
En réalité un calme régulier régna à Berlin pendant l'occupation française. On constatait, non sans ironie, u que les agents de police prussiens commençaient seulement à apprendre leur métier sous la direction du général Hulin. » « Nous sommes extrêmement tranquilles, écrit-on au prince de Saxe-Wittgenstein, et nous devons cet ordre et cette grande sécurité aux excellentes institutions du gouvernement français (2). »
Grâce à la sollicitude des autorités françaises, les Prussiens ont souffert le minimum de ce que peuvent endurer en général les pays soumis à des passages de troupes ; dès le 18 octobre, le maréchal \ey avait donné l'ordre du jour suivant : ^i Messieurs les officiers sont prévenus que ceux d'entre eux qui se distingueront dans le maintien du bon ordre et de la discipline seront cités à l'ordre et récompensés... Le maréchal, plein de confiance dans l'honneur des grenadiers, recommande à chaque compagnie la surveillance des traîneurs et des pillards. Tout grenadier qui en aura arrêté un sera récompensé (3). w « Daru, le 25 octobre, réclame du gouvernement la protecliou spéciale de l'Académie des sciences, de la Bibliothèque, de l'Observatoire, du Musée d'histoire naturelle et du Jardin des plantes(4). « L'Empereur, préoccupé d'adoucir les maux de la guerre, prescrit de « désigner pour le logement des officiers du corps d'armée les maisons des personnes de la Cour absentes de Berlin,
(1) Die Fianzosen in Berlin, p. 169.
(2) Archives nationales, AF, IV, 1692. (Lettre saisie dans les papiers du prince de Saxe-Wittgenstein, à Hambourg; cette lettre est signée Von Faudel.}
(3) Arcliives de la Guerre. (Dossier du 18 octobre 1806.)
(4) Àrckives nationales, AF, IV, 1692.
au XAPOLEOX ET LA PAIX
afin, (lit-il, de soulager les bourgeois autant que possible (1) » .
Le général Hulin,qui était par nature d'une extrême sévérité, aj)porta dans l'exercice de ses fonctions de gouverneur une grande délicatesse. Il exhortait les habitants à venir chez lui lorsqu'ils avaient quelque sujet de plainte. Il insistait même en leur disant que, s'ils avaient moins peur, s'ils avaient plus de confiance dans res|)rit de justice du gouverneur, s'ils lui signalaient leurs griefs, ils allégeraient leur fardeau (2). Un écrivain raconte qu' « une dame s'étant |)lainte à lui, gouverneur, de l'officier logé chez elle, lequel exigeait aux repas du chamj)agne et du bourgogne qu'elle ne pouvait lui donner, le général Hulin écrivit une carte, avec ordre de la transmettre à l'officier lorsque celui-ci demanderait de nouveau ses vins préférés. Cela arriva le même jour ; la carte disait que, si l'officier désirait du cbampagne, il devait aller le réclamer chez le général. Désormais l'officier se contenta de vin ordinaire (3) » . Sorte (le bourru bienfaisant, Hulin était redouté de tout le monde et finalement ne sévissait jamais. Un officier de la garde civique s'étant excusé près de lui d'avoir osé célébrer l'anniversaire de la naissance de la reine Louise : « Mais c'est très bien cela, mon garçon, répond le général ; moi aussi j'ai bu à la santé de cette jolie femme (4). «
Les relations de nos soldats avec les Berlinois furent dans leur ensemble aussi convenables que le permettaient les circonstances. Demandant tout ce qui lui passe par la tête, mais n'insistant pas quand on lui oppose un refus poli ; quelque peu vantard, toujours bon enfant, le troupier français chez l'habitant a été dépeint avec assez de finesse par une dame Unger, qoi notait ses impressions journalières. Elle raconte ainsi ses
(l) Correspo7idance de Napoléon l\ XIII, 432.
(2j Verlraute Briefe, I, 192.
(3j Die Fidiizosen in Berli?i, p. 180.
(4) Colmar Vo.\ dkr Goltz, Rosùach et léna, p. 280.
SOLDATS CHEZ L'HABITAXT 645
premières vicissitudes : « On frappe à ma porte à coups de crosse de fusil. « Eh, madame! madame Unger, où est- « elle? 55 C'étaient deux jeunes gens; l'un qui se nommait Masson, comme je l'ai su depuis, prend la parole avec l'arrogance d'un adolescent qui se regarde comme une partie importante du vainqueur et du conquérant. En m' entendant parler français, il se montra joyeusement étonné et baissa aussitôt de ton, ce qui ne l'empêcha pas du reste de se montrer aussi exigeant en réclamant, en plus du nécessaire, de la liqueur de roses (■?), de l'huile de Verdun (?), du Champagne. Je ne leur donnai rien de tout cela et ils durent se contenter de médoc ordinaire, après lequel je leur fis servir du cognac qu'ils trouvèrent du reste détestable. Après s'être copieusement restaurés, les deux jeunes gens se regardent par hasard dans la glace et partent d'un fou rire en voyant leur accoutrement bizarre, avec leurs vêtements sales, déchirés, déguenillés. Je ne puis certainement pas dire que je jouissais d'une tranquillité parfaite. Etant la seule dans la maison qui parlât français, à chaque instant j'entendais les cris : « Madame! Madame! on vous dece mande I 55 J'arrivais, et parfois je trouvais Masson étendu sur le sofa et qui, avant de tourner la tête vers moi, achevait tranquillement le couplet de sa chanson. Agacée de ces manières un peu libres à mon égard, je laissai un jour percer mon ennui par des exclamations de dépit. « Pourquoi soupirez-vous a ainsi? me dit-il, on dirait que nous vous ennuyons ! — A la « vérité, lui répondis-je, ce n'est pas d'amour pour vous que « je soupire, non, je trouve seulement étrange d'être obligée « de me déranger, à chaque instant, pour de jeunes mes- « sieurs comme vous. — Eh bien ! c'est bon, ne vous fâchez « pas, répliqua-t-il en riant, on ne vous dérangera plus, « envoyez qui vous voudrez, nous tâcherons de nous faire « comprendre. » Leur conversation était souvent ornée d'expressions fort vulgaires. Ils parlaient de « se dérouiller les
bras, de se dégourdir les jambes » . Ce qui me vexait le plus, c'était, dans ce qu'ils appelaient leurs discussions politiques, de leur entendre dire que « leur Empereur, s'il voulait, prendrait l'univers, puisqu'il commandait à des Français « . D'autres fois ils s'entretenaient devant moi dans un patois du Midi auquel je ne comprenais rien, si ce n'était leurs éclats (le rire. Comme je trouvais la chose inconvenante, ils me lépondaient qu'ils disaient des polissonneries et que c'était pour cela qu'ils employaient un dialecte inintelligible pour moi. « Quand ses hôtes étaient de garde, l'un à la porte de Francfort, l'autre à la porte de Silésie, Mme Unger leur envoyait leur nourriture dans des ustensiles d'argent ; elle a constaté que des soldats, inconnus d'elle, lui rapportaient le tout et que jamais il n'a manqué la valeur d'une épingle (1).
Ce qui causait un grand étonnement aux Berlinois, c'était de voir les officiers exempts de la morgue aristocratique des officiers allemands. On se répétait comme une chose absolument invraisemblable qu'un officier français, cordonnier de son ancienne profession , s'était installé dans un faubourg avec quelques ouvriers et s'occupait lui-même de faire confectionner des souliers pour sa compagnie. On citait aussi un officier, attaché à l'Etat-major de la place qui, ébéniste de son métier, allait chez un maître menuisier prendre des leçons sur l'application du vernis anglais qu'il ne connaissait pas (2). Le moindre trait de charité ou de bienveillance d'un Français était colporté de bouche en bouche avec une naïveté qui aurait été ridicule, si elle n'avait eu probablement pour objet de se rassurer réciproquement sur les mœurs paisibles des envahisseurs. Un capitaine protégeant de petits mendian ts traqués par la police ; des officiers prenant des billets de concert de charité et n'en faisant jamais usage ; un simple soldat attend ri par la misère du logis
(1) Die Franzosen in Berlin, 75-78.
(2) Ibid., 190
FRAXÇAIS F/r PRUSSIEX'S CM
qui lui csl dévolu pai- un hillcl de lo,'{('m<'ut, cl se rdiiunl après avoir fait l'.-wjraône (1). Tous ces menus lails ('laicnl am|)lifiés, commentés, et ravissaient d'aise les bons Berlinois.
Dès le 8 novembre, le fjénéial Huliii avait fait afficher un ordre prescrivant que « chaque soldat ou fonctionnaire lojjé chez l'habitant est tenu de partager le repas ordinaire que celui-ci peut fournil- d'après son état de lorlMiie ; sous aucun prétexte on ne doit demander davantage(2). Kn plus de ce qu'il n'était jjas rare, «lit un eout<'in|)orain, de voir un soldai trop exigeant rap|)elé h l'ordre par ses jiiopics camarades, le gouverneur était inflexible enveis les militaiies et faisait arrêter sans pitié, ainsi qu'on le voit fiéquemment dans les rapjiorts d(; la place, les hommes qui troublaient Je repos de l'iiabitant (3j.
Ces faits prouvent, il est vrai, que des violences ont été commises, mais beaucoup doivent ètie portées au comj)te des étrangers qui à cette é|)oque servaient dans les rangs de la Grande Armée. Les plaintes abondent dans les rapj)orls officiels contre les soldats italiens, contre les soldats bavarois ou wurtembergeois, qui ont l'habitude de d(''gaiii('r iein- sabre |)Oiir bâter l'accomplissement de leurs désirs. Un officier, M. de Lalirenstein, et son ordonnance sont arrêtés pour avoir frappé à coups de sabre le maître de la maison et sa femme, enceinte de |)lusieuis mois (4;. Les Memoiies du temps avouent qrn; c; les soldats français se niontiaient envers les IJcilinois bieji meilleurs que les Allemands du sud (5) » . Dans les provinces il en (;st de même; les Bavaiois el les VV'iirtembergeois se livrent à des biiitalilés incroyables. On reniaïque aussi qu'ils sont détenteurs de beaucoup de linge, de monlics et d'objets de valeur ((jj. « Oiioi-
(1) Vertraute Briefe ; Die Franzosen in lierlhi (pfi.s.sim).
(2) Vertraute Ifrie/e, J, 28'*.
(3) Arehices de la (Juene. (tlapporls dr; la place de lirrliiij. ^
(4) Arc/iives de la Guerre. ('Happorls do la place de iierliii, 1 80G-1S07, passi.ni.) (.5) Varnhaîjcn Vo.v Knsk, III, '-'A.
(0) Saue Feuerbriinde, Hr/t V, 122.
qu'il me serait bien agréable de fiiire à Votre Alajcstc les louanges de son armée, écrit à son roi le général en chef des troupes \rurtembergeoises, je ne puis lui dissimuler qu'un esprit de sauvagerie tend à se communiquer, principalement dans la cavalerie qui est souvent abandonnée à elle-même. J'ai eu des exemples d'une avidité sans limites, qui a eu pour conséquence des excès déplorables et des mauvais traitements commis sur de malheureux paysans sans défense. Le même reproche s'applique aux bataillons de rinfanlerie légère (1). »
En ce qui concerne les Français, les documents ne permettent aucun doute, nous ne dirons pas sur la correction des rapports, mais sur une sorte de cordialité qui régnait entre les vainqueurs et les habitants des pays soumis.
« J'étais logé à Charloltenbourg, raconte le général Boularf, chez la comtesse Hœnckel von Donnesmarck dont le mari, officier supérieur de l'Etat-major de l'armée prussienne, errait à l'aventure avec les débris de cette armée. La jeune comtesse me reçut avec beaucoup de politesse, sans affectation ni rancune apparente, et même, lorsqu'elle me connut et qu'elle sut que j'étais un nouveau marié, enlevé parles circonstances aux embrassements de sa femme, elle devint aimable, confiante, bonne même, comme si l'analogie de nos positions eût excité sa sympathie. Elle était musicienne et touchait du piano, je l'accompagnai quelquefois avec la flûte ; enfin je fus heureux de trouver dans mon logement les ressources d'une aimable société (2). 5'
Le colonel Pion des Loches, parlant d'abord de son séjour à Berlin, dit: «Je fus logé chez le baron de Bucholz, ministre des finances du roi de Prusse... Tous les soirs nous prenions le thé... Mon ministre et sa famille étaient les hôtes les plus afFables et me traitaient en enfiint de la maison ■ tout le monde
(1) Pkister, Klinig Friedrich von WiirUemberg, p. 150. [T) Mémoires ?nili(aircx du général Boulnrt, p. IVO.
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pleurait quand je partis, et je pleurai aussi pour faire chorus. « Ensuite, à Erfurt «j'habitais, dit-il, chez M. Strahl,A'orw;«e55^er, fonclionnaire chargé de la rente des grains publics ; c'était un bon vieillard qui avait une très belle famille, deux fils et trois filles. Je fortifiais celles-ci dans la langue française, et elles me perfectionnaient dans la langue allemande. Je passai le reste de l'hiver assez agréablement, comme dans ma propre famille ; nous avions de temps en temps des bals de société et, quoique Erfurt soit une pauvre ville, nous n'y trouvâmes pas le temps long(l)".
Le général Pouget occupait, dans le village de Sassen, le château de la comtesse de Dohna qui vivait entourée de sa fille, femme d'un major au service, et de sa nièce. « Un jour, dit-il, notre digne hôtesse voulut donner une fête aux militaires cantonnés à Sassen et me pria de l'y autoriser... Les personnes des environs, invitées par la comtesse, accoururent en habits de fête ; elles étaient toutes connues des soldats de leur cantonnement, dont elles ne redoutaient plus la barbe et les longues moustaches... Pendant mon séjour à Sassen ces dames eurent la bonté de travailler pour moi ; elles me firent des chemises dont j'avais acheté la toile; elles me brodèrent des jabots, et me tricotèrent divers objets, entre autres un sac à tabac à fumer autour duquel était celte devise en filigrane : « Vivez en paix et n'oubliez pas vos amis (2). »
« Une société de mon goût, rapporte le général Fantin des Odoards, dont je jouis au sortir de la maison où je loge, quelques bals, de la musique, des livres, l'étude de la langue allemande et des leçons de français que de jolies écolières veulent bien recevoir de moi, en voilà plus qu'il n'en faut pour me faire aimer le paisible séjour d'Herrenstadt ; et je n'entrevois pas sans peine l'époque où il faudra lui dire adieu. » Le camp de Glogau
(1) Piox DES Loches, Mes Campagnes, p. 236-2.39.
(2) Général baron Pouget, Souvenirs de guerre, p. 101-104.
consola heureusement le brave Fantin des Odoards. « Depuis que nous sommes campés, la poste ne peut suffire aux douces missives qui pleuvent de tous les coins de la basse Silésie, où gémissent tant d'amantes délaissées. Jamais notre facteur n'a été aussi occupé. Toutes celles qui le peuvent sont venues faire une visite à leur ami sous prétexte de voir notre beau camp. D'autres se sont établies à Glogau, bravant le qu'en-dira-t-on. Telle femme ou telle fille de baron, échappée de son manoir, se cache dans un hameau des environs sous un costume d'em- ])runt et reçoit journellement l'heureux mortel pour qui elle se perd de réputation (1). «
Mais voici d'autres témoignages irrécusables, donnés par l'ennemi lui-même : le 5 mars 1807, la municipalité de Brandebourg-sur-l'Havel affichait la déclaration suivante : « M. Roussel, officier des grenadiers du 14" régiment de ligne et commandant d'armes de la ville de Brandebourg-sur-l'Havel, rappelé par son souverain, remporte avec lui les regrets des magistrats et de tous les habitants de cette ville pour avoir, par sa sagesse, son amitié, son intégrité et sa justice, su concilier les intérêts de son souverain à ceux des habitants de cette cité qui n'oublieront jamais les bienfaits de ce brave officier, honorable tant par sa conduite que par son désintéressement. Puisse ce brave horame être aussi heureux dans sa carrière qu'il le mérite! Les habitants de Brandebourg apprendront toujours avec joie ce qui lui arrivera d'heureux (2). 55
Les autorités de Landsberg apprécient comme il suit la conduite du général Gastine : a Lanchhercj-sur-la-W arthe, le 10 mai 1807. — Plus de cent cinquante mille Français de la Grande Armée ont passé par cette ville. Nous en avons logé la plus grande partie dans l'enceinte de nos murs. Nos bourgeois, nos habitants, se sont prêtés à tous les sacrifices qui ont
(1) Journal de Fantin des Odoards, p. 169-175. (2j Berliner Xarric/iten du 12 mars 1807, n« 31.
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dépendu d'eux pour recevoir et traiter ces troupes de leur mieux. Elles, de leur côté (nous leur devons cette justice), se sont comportées jusqu'à présent en ennemis généreux et nous n'avons eu que le fardeau inévitable des passages et des logements militaires, sans avoir à nous plaindre d'aucun excès ni d'aucun acte de violence. Parmi ceux qui se sont arrêtés le plus longtemps dans nos murs, nous devons particulièrement faire la mention la plus honorable de M. le général de Gastine, commandant la place par ordre de Sa Alajesté l'Empereur et Roi. D'un côté, M. le général de Gastine a rempli ce poste important avec un zèle et une exactitude sans égale; d'un autre côté, il a traité les habitants de cette ville, sans exception les petits comme les grands, avec une délicatesse qui est l'apanage de celui dont l'esprit et le cœur ont reçu un degré de culture supérieur. Il s'est gagné par là l'amour, la confiance et la vénération de la ville tout entière. Nous ne saurions passer sous silence le rare désintéressement de M. le général de Gastine et la noble générosité avec laquelle il a nourri plus de cent femmes et enfants de soldats prussiens, aujourd'hui ses ennemis et ceux de la patrie (sic). Hélas! nous n'avons eu que pendant trois mois le bonheur de le posséder dans nos murs. Son Auguste Empereur Ta appelé près de sa personne. Nos pauvres le pleurent et nous tous le regrettons. Nos vœux les plus ardents l'accompagnent. Puisse la Providence le protéger et conserver ses jours au milieu des dangers de la guerre. Et toi. Napoléon, si tu veux donner à une ville la preuve la plus signalée de ta bienveillance et de ta protection, envoie-lui le général Gastine pour commandant. Signé : La municipalité et le corps des hourgeois (1). >'
Enfin le Comité administratif de Berlin faisait apposer, le 25 août 1807, l'affiche suivante : « Plus qu'aucune autre des villes et provinces, notre ville de Berlin a été éprouvée par les
(1) lievlinerWo-richten du 28 mai 1807
charges et peines multiples de la guerre; mais nous avons incontestablement à nous louer du privilège d'avoir eu à notre tête des hommes dont le zèle et l'intelligence, unis à un sentiment d'humanité universellement reconnu, se sont manifestés de la façon la plus éclatante dans toutes les circonstances; si une inûnité des maux de la guerre ont été écartés de notre existence bourgeoise, si notamment la sûreté des personnes et de la propriété n'a pas été menacée, nous le devons assurément à S. E. le général Clarko, nommé récemment ministre de la guerre, et à S. E. le général Hulin, promu général de division et appelé au commandement de Paris. Alaintenant que les seivices extraordinaires rendus à notre ville par ces deux nobles hommes leur ont valu une récompense de la part de leur auguste monarque, nous aimons à leur dire que notre vénéralion, notre respect, notre reconnaissance les accompagnent. Ils se sont érigé dans le cœur de nos concitoyens un monument de gloire impérissable. — Berlin, le 20 août 1807. — Le Comité administratif [\). »
Ces curieuses attestations sont confirmées, au cours d'une correspondance diplomatique, par un étranger absolument dégagé de tout ce qui se passa sous ses yeux à Berlin et soucieux seulement de renseigner son gouvernement. « Le général Clarke est nommé ministre de la guerre ; il doit être, dit-on, remplacé par le général Victor. Le général Hulin est promu général de division; on lui destine la place de Paris. Il sera remplacé par le général Saint-Hilaire. Le gouverneur général ainsi que le commandant de la j)lace emportent les sentiments d'estime et de reconnaissance des habitants du pays et de la capitale en particulier. La douceur qu'ils ont apportée à l'exécution des ordres sévères que nécessitait l'état de guerre, la tranquillité parfaite qu'ils ont fait régner, le désintéressement qu'ils ont
(1) Spener'sche Zeituufj du 25 août 1807.
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montré dans toutes les occasions justifient ces sentiments (1). « Le maréciial Victor et le général Saint-Hilaire succédèrent à Clarke et à Hulin et continuèrent les traditions de leurs prédécesseurs jusqu'à la fin de l'occupation qui, en exécution de la convention de Berlin du 5 novembre précédent (2), eut lieu le 3 décembre 1808. Ce jour-là on fit avec une certaine solennité la reddition des clefs de la ville : la garde civique berlinoise était formée en carré sur la U'ilhelmplatz, devant le palais du prince Ferdinand, les troupes françaises étaient alignées Unter der Linclen et IVilhelmslrasse. Accompagné de ses aides de camp, Saint-Hilaire se rendit chez le prince à qui il remit les clefs après une brève allocution. Le prince, visiblement ému, put à peine prononcer quelques mots. Le général, en quittant le palais, adressa ses adieux en allemand à la garde civique qui lui répondit par des « Hoch! » chaleureux. Puis les troupes françaises se dirigèrent sur la porte de Potsdam et sortirent de Berlin (3).
La campagne de 1806 ne se termina en réalité que par la défaite des Russes venus au secours de la Prusse anéantie. Un nouveau pacte avait été signé à Bartenstein, près de Memel, le 21 août 1807, entre Alexandre P' et Frédéric-Guillaume. Ces deux princes espéraient alors entraîner avec eux l'Autriche et l'Angleterre. Le Cabinet de Tienne refusa net, ne fournissant comme prétexte que sa haine des Prussiens, motivée par la duplicité et la perfidie de la Cour berlinoise. Le ministre britannique se déroba en alléguant — comble d'ironie ! — qu'en formant la Confédération des Etals du nord de l'Allemagne, le roi de Prusse se donnait lui-même les allures d'un Bonaparte (4) !
(1) Lettre du 18 août 1807, adressée par W. le baron de Binder, ambassadeur d'Autriche, à AI. le comte Stadion, ministre des Affaires Etran<]ères à Vienne. Archices nationales, W, IV, 1691.
(2} Comte de Garde.v, Histoire des traités de paix, X. 290.
(3) ScHWEBEL, Geschichte des Stadt Berlin, II, 450 ; Aug. Brass, Chronik von Berlin, p. 445.
(4) F. DE Martens, Recueil des traités de la Russie, VI ; Allemagne, p. 408.
Après la bataille de Fiiedlaud, Alexandre l", se décidant imùn à admettre qu'il existait uu empereur des Français, demanda une entrevue à Napoléon. Les deux souverains se rencontrèrent à Tilsit. Ils devinrent aussitôt d'excellents amis. La paix définitive de la France avec la Prusse fut signée, le 1) juillet 1807, à Tilsit, sous la présidence de l'empereur de Russie. L'affection spontanée qu'il avait vouée à Napoléon suffit à remplir le cœur d'Alexandre. Il n'y avait plus de jdace pour les souvenirs charmants de Alemel et de Potsdam. A Tilsit, la présence de la belle Reine éplorée ne ])arvint pas à les lanimer.
La Prusse fut réduite au rang de puissance secondaire : de neuf millions d'habitants, elle n'en gardait que cinq ; d'un revenu de cent vingt-cinq millions, elle s'abaissait à soixanteneuf millions ; les territoires qu'elle perdait étaient distribués aux alliés de la France et servaient à instituer le royaume de Westphalie en faveur du |)rince Jérôme. L'ingérence de la Russie dans le traité d'immolation de la grandeur prussienne fut marquée par une seule clause : la Russie, sans lui rendre aucun dédommagement, prenait à la Prusse le territoire de Byalistok, soit cent quatre-vingt-trois mille âmes (1); en outre Alexandre consacrait solennellement le principe de l'annexion éventuelle du Hanovre au royaume de Westphalie ou de sa restitution à l'Angleterre (2).
La reine Louise, froissée dans le plus profond de son être, n'eut plus de sympathie que pour l'Angleterre et elle assura le concours de son ])arti à cette ennemie irréconciliable contie laquelle Napoléon devait périr, s'il n'arrivait à l'abattre; puis, minée par tous les chagrins qui peuvent accabler une femme et
(1) Comte DE Gardex, Histoire des traités de paix, X, 225 ; F. de Martens, Recueil des traités de la Russie, VI; Alleituujne, p. 424.
(2) Articles séparés et secrets du traité de Tilsit. Publiés pour la première fois par Albert Vandal, Napoléon et Alexandre /", I, 505.