‹ Napoléon et la paixChapitre 17 sur 148 · L'AFFAIRE DE PASSAI · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE DE PASSAI

alliance dont la réalisation avait été le but de tous ses efforts et de toutes ses lajgesses. AI. de Haugwitz disait à notre chargé d'affaires : 'c Je regarde l'ordre qui vient de s'établir entre nous par les engagements mutuellement contractés, comme le principe et la base d'une alliance infaillible et déjà même comme une alliance effective (l). ^ Et, le général Beurnonville, ambassadeur à Berlin, rappelé depuis peu à Paris, ayant écrit : « Il n'est pas un général français qui ne soit avec la Prusse (2), » le conseiller intime du Roi, comme s'il donnait la ré(3lique à cette chaleureuse assurance, disait à Talleyrand : « Appelé à lire tous les jours dans le cœur du Roi, je n'aurais pas le cœur prussien, si je ne l'avais français (3). » A Paris on s'abandonnait au charme de ces rapports aimables, mais à Berlin, où l'on était plus pratique, on accompagnait chaque nouvelle flatterie d'une sollicitation nouvelle. C'est ainsi qu'avec le consentement empressé de Napoléon, le roi de Prusse put fêter de la façon la plus mémorable son anniversaire qui tombait le 3 août. Ce jour même, aux acclamations de son peuple, il fit envahir les territoires attribués récemment à sa couronne. L'opération s'accomplit sans difficulté, mais la joie ne fut pas de longue durée. On apprit bientôt à Berlin que l'Autriche venait d'occuper la ville de Passau, qui avait été dévolue à la Bavière. Ce coup hardi, bien qu'il parût de prime abord ne léser que les intérêts bavarois, causa un effarement général en Prusse. On se sentait visé par l'empereur d'Allemagne ; on se demandait s'il n'allait pas tout remettre en question, s'il n'allait pas refuser d'approuver la répartition des indemnités allemandes telles que les avait fixées le conclusiim de la Diète de Ratisbonne. Ces craintes n'étaient que trop fondées. L'Autriche déclarait bientôt qu'elle ne consentirait à évacuer Passau que le jour oii

(1) Archives du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 230. (2j Archives royales jjrussicnnes, etc., II, 105. (3) Ibid., II, 110

les autres priûces auraient également évacué les pays dont ils ils avaient récemment j)ris possession (1). La Prusse était donc directement menacée par celte prétention. Détenant avec l'assentiment de la France un lot d'une importance inespérée, elle n'était nullement disposée à voir se rouvrir des débats sur un partage qui lui avait été si avantageux. Immédiatement elle protesta en faveur de la Bavière, puis se retourna vers sou zélé prolecteur, le Premier Consul, qui accorda sans hésiter son concours; et, le 5 septembre 1802, fut signé un traité qui prévoyait enfin pour une action de guerre la coopération des armées française et prussienne (2).

Ce n'était pas encore un traité d'alliance intime, confondant les intérêts généraux des deux nations; mais c'était dans une certaine mesure l'admission officielle de la France parmi les puissances monarchiques. Pour la première fois depuis la Révolution apparaissait comme possible la collaboration des troupes républicaines avec une armée royale. Aussitôt le Premier Consul se met en devoir d'étendre cet accord spécial et s'efforce d'en tirer des avantages plus considérables que la solution de l'affaire de Passau. 11 conçoit la possibilité d'une pacification générale, à laquelle ne s'opposent, selon lui, que les agissements de l'Angleterre, et, dès le 6 septembre, c'est-à-dire le lendemain du jour oii fut signée la convention militaire avec la Prusse, il écrivait au Roi : « Mon vœu le plus doux est de voir de plus en plus la Prusse et la France marcher de concert, et par cette union asseoir la paix du continent sur des bases sûres, à l'abri des intrigues d'outre-mer... (3). » Celait la conviction absolue de Napoléon que ni la France, ni la Prusse, ni personne en Europe, ne jouirait de repos tant qu'on n'aurait pas arrêté la cause du mal qui résidait à Londres, où l'on était bien déterminé

(1) Comte DE Gaiide.v, Hlslolre des traités de j:aix. Vil 147.

(2) Ilnd., VII, 185.

(3) Correspondance de Napoléon 1% VIII, 27.

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