‹ Napoléon et la paixChapitre 22 sur 148 · I.VEXEGLTIOX DL TRAITE DAMIEXS · texte numérisé non relu

I.VEXEGLTIOX DL TRAITE DAMIEXS

de la Prusse. 11 s'agissait d'effectuer l'alliaDce qui devait détourner rAngleterre de ses projets belliqueux, il s'agissait de conserver au monde le calme réparateur dont il jouissait depuis si peu de temps. Certes nous ne prétendons pas que la Prusse dût suivre la France dans toutes les aventures qu'il plairait à celle-ci d'entreprendre ; mais nous pensons que si réellement — et quelque singulier que cela puisse paraître — Xapoléon était à ce moment, en Europe, le seul champion de la paix, elle lui devait un appui formel, autant pour conserver les bienfaits d'un repos nécessaire à tous, que pour saisir avec empressement l'occasion de manifester sa gratitude des procédés nobles et généreux dont la France avait usé à son égard. Avant de juger la conduite du roi de Prusse, il convient donc de voir si le bon droit, les intentions purement paciliques n'étaient pas du côté de Napoléon.

La guerre était sur le point d'éclater par suite du refus de l'Angleterre d'exécuter l'article 10 du traité d'Amiens, article ainsi conçu : ^ Les forces britanniques évacueron t l'île de Alalte dans les trois mois ([ui suivront l'échange des ratifications. "

Lne pareille disposition ne laisse place, semble- t-il, à aucune équivoque : la seule solution qui s'impose est d'évacuer l'île de Alalte dans les trois mois. C'est cependant ce que n'avait pas encore fait l'Angleterre huit mois après et ce qui est devenu le prétexte d'une guerre ininterrompue jusqu'en 1814.

L'Angleterre se base-t-elle, au moins, sur ce que d'autres clauses du même traité n'ont pas été remplies? Elle ne le peut. Tous les engagements de la France ont été strictement tenus : Xaples, Tarente et les Etats romains devaient être évacués en tiois mois; en moins de deux mois les troupes iVançaises avaient quitté ces pays, tandis que, huit mois après l'échange des ratifications, les troupes anglaises étaient encore à Malte el à Alexandrie.

Avant de lever tout à fait le masque, l'Angleterre a bien essayé

de justifier à l'aide de futiles arguments ses nouveaux armements décrétés en pleine paix par le message de son Roi, le 23 novembre 1802, à l'ouverture du Parlement.

Elle a mis en avant tout ce qui était étranger au traité d'Amiens : 1" la cession de la Louisiane, colonie française en 1800, qui passait sous la domination des Etats -Lnis le 30 avril 1803. L'Angleterre pouvait se dire lésée uniquement parce qu'elle se voyait ravir une proie dont elle pensait s'emparer à bref délai; mais, de la part de la France, c'était un abandon et non pas un accroissement de territoire, susceptible de justifier les nouveaux armements anglais; 2° l'incorporation du Piémont (27' division militaire de la France), effectuée un an auparavant (2 avril 1801) (1). L'Angleterre n'ignorait pas cette incorporation; elle n'a même pas feint de l'ignorer à l'époque du traité d'Amiens, puisqu'on lit dans une note de lord Cornwallis, remise au citoyen Joseph Bonaparte le 29 pluviôse an X (18 février 1802), cinq semaines avant le traité, que l'Angleterre ne saurait reconnaître le droit de la Toscane à moins que le roi de Sardaigne ne soit rétabli dans le Piémont (2) ; 3" la médiation de la Suisse. Approuvés par tout le reste de l'Europe, l'acte de médiation et le traité d'alliance qui le suivit diminuèrent plutôt qu'ils n'augmentèrent la dépendance dans laquelle la Suisse se trouvait vis-à-vis de la France depuis 1799 (3). N'était-ce pas à l'iosligation du Tsar, sollicité lui-même par La Harpe, son ancien précepteur, que Napoléon s'était mêlé de cette affaire? Voici d'ailleurs ce que le Tsar avait écrit au Premier Consul : «Comme cet homme (La Harpe), dont les principes me sont connus depuis longtemps et qui ne peut être suspect à la France, puisqu'il y a placé sa fortune et établi son domicile, je pense que celui-là pourrait le mieux venir à bout de l'anarchie

(1) Thibal'deau, Histoire de la France el de Xapoléon Bonaparte, III, 226.

(2) Rapport de Rœderer au Sénat conservateur. Séance du 1!.\ mai 1803.

(3) Comte DE G.ardex, Histoire des traités de paix, VIII, 109.

IXAMIK DKS MOTIFS DE GUERRE 8!)

eu Suisse, qui l'a conipriuiée avec taut de gloire dans sa patrie ( I ).» Au demeurant, si toutes ces questions avaient soulevé des griels et nécessité des explications, u'aurait-ou pu essayer de les résoudre paisiblement par la voie diplomatique? Le prétexte le plus grave, invoqué par l'Angleterre, fut la mission en Orient qui avait été conûée au colonel Sébastiatii. Pensera-t-on que ce voyage dissimulait un but secret"? Il avait pour objet « de s'assurer des conditions dans lesquelles l'Egypte était évacuée et de ramener les Français qui étaient aux hôpitaux » . Sébastiani se cachait si peu que ses instructions portaient encore « qu'il avait à se mettre en rappoit avec les commandants de postes anglais et qu'il devait, lorsque besoin en serait, réclamer une escorte de ces derniers |2) « . Voilà d'où Ton est parti pour dire que se préparait mystérieusement là-bas une expédition française !

Aussi bien, à quoi bon s'évertuer à découvrir les motifs de guerre mis en avant par le Cabinet de Londres ? On ne |)eul pas être moins embarrassé qu'il ne le fut lui-même ([uand, sommé de spéciOer au Parlement quels étaient les points qui déterminaient la conduite du ministère, lord Hawkesbury dut avouer i- qu'aucun de ces points n'était lui-même la cause de la guerre, mais que, réunis, ils formaient ensemble une masse d'agressions qui justiliait la conduite belliqueuse du gouvernement (3) » . Personne ne s'y trompa, l'Angleterre voulait Malte parce que c'était un joli jeu de garder Malle après que la France avait évacué l'arente et Xaples. Xul souci ne lui vint de se demander si l'honneur n'imposait j)as d'abord d'exécuter un traité solennellement signé. Malte aux mains des Anglais, pendant que nous n'avions pas la Sicile, c'était la Méditerranée fermée, après toutes les autres mers, à la navigation française. Le dommage qu'au-

(1} S. 'rAiisTCiiKiK, Alexandre et Xapolrnn, 22. (2j Corrcspundenirr (Je \apuléon I '. \ II', 27, (:ij Bi(;\().\, 111,7.-).

rait alors subi la France n'était point une idée chimérique de Napoléon, qui la tenait de ses prédécesseurs. Rewbell et Larévellière-Lépeaux, entre autres, disaient déjà en 1798 : « Si l'Angleterre a Malte et si nous n'avons pas la Sicile, c'en est lait de la navigation dans la Méditerranée (1). 5?

Se désister non pas seulement de l'hégémonie, mais du despotisme des mers contre lequel avaient protesté depuis longtemps toutes les nations maritimes, la Russie, l'Espagne, la Suède, le Danemark et même la Prusse (2), c'était un sacrifice auquel ne pouvait se résigner le Cabinet britannique. Pourquoi, sans y être contrainte, l'Angleterre aurait-elle abdiqué le droit qu'elle s'était arrogé de faire à la face de l'Europe stupéfiée tout ce qu'elle voulait sur mer, comme en 1798, « où une flottille suédoise de bâtiments de commerce avait été enlevée tout entière, quoique convoyée par une frégate; » comme en 1799, " oii des frégates anglaises voulurent visiter un convoi danois escorté par la frégate Haufersen ; le capitaine opposa la force à la force, mais le convoi fut enlevé et conduit à Gibraltar ; 35 comme le 25 juillet 1800, « oii une escadre anglaise rencontra un convoi danois sous l'escorte de la Freya; le capitaine de cette frégate, refusant de laisser visiter son convoi, fut attaqué et finit par amener son pavillon, mais après l'avoir honoré par une glorieuse défense ; » comme le 4 septembre 1800, " où deux frégates anglaises qui croisaient devant Barcelone avaient rencontré une galiote suédoise, la Hofnuiujy et demandé à visiter ses papiers de route; arrivés à son bord, les deux capitaines mirent le pistolet sous la gorge du commandant de la galiote, qu'ils remplirent de marins et d'officiers anglais; ils se saisirent du gouvernail et, à la faveur du pavillon suédois, entrèrent dans le port de Barcelone; la nuit venue, ils attaquèrent deux frégates espagnoles qui s'y trou-

(1) Archives royales prussiennes, etc.^ I, SW.

(2) F. DE Martexs, Histoire des traités de la Russie, VI ; Allemagne^ 310

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