‹ Napoléon et la paixChapitre 26 sur 148 · LK JEU DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

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ne toucheraient pas au Hanovre lant que les Anglais (oléreraient la navigation prussienne dans les eaux du Nord.

Que le Hanovre fût pris par le roi de Prusse, puis rendu à l'Angleterre, chaque fois que les bateaux prussiens seraient arrêtés ou relâchés, c'était un trop petit jeu auquel s'intéressait médiocrement la politique française. Frédéric-Guillaume voulait ignorer les puissantes raisons qui la poussaient à une résolution énergique. Quelques jours plus tard, il feindra également de ne voir dans l'entreprise des Français qu'une affaire d'argent et il proposera de lever un impôt dont le montant serait remis au Premier Consul (1). Offre bien superflue, car Napoléon, ce n'est pas douteux, avait compté sur les ressources |)écuniaires du Hanovre; il ne songeait d'aucune manière à laisser fonctionner les caisses publiques au profit de son ennemie et il espérait même en tirer vingt-cinq millions de livres de contribution, beaucoup de chevaux, d'armes, de livres et d'objets d'habillement de manufacture anglaise, outre l'entretien journalier de vingt mille hommes; mais il y voyait surtout, nous le savons déjà, le seul point d'où il pût dans une certaine mesure tenir en respect l'Angleterre et disposer de compensations à otfrir soit au cours des opérations de guerre, soit à la conclusion de la paix.

Ce gage éminemment précieux aurait pu à la rigueur être confié à un allié réel, tenu à la fidélité par un traité solide; mais vraiment on ne pouvait, à moins d'insigne légèreté, s'en dessaisir au profit d'un tiers, qui se discréditait lui-même en manifestant par un refus d'alliance sou désir de conserver une absolue liberté d'action. La Prusse en effet avait besoin de sa liberté d'action. Suppliée de s'interposer près du Cabinet britannique, elle fit approuver par Napoléon le prétexte de la neutralité du pavillon prussien. Le Premier Consul espérait sans

(1) Archives roi/nlcx prussiennes, etc., II, 1V6-147.

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doute qu'en cas de refus celte revendication, légitime selon le traité d'Amiens, serait appuyée par des mesures efficaces; toutefois il n'autorisa nullement la cour de Berlin à traiter de l'occupation du Hanovre par elle-même. Avec assez de bon sens il avait déjà fait dire |>ar Duroc : « Si vous êtes bon pour protéger le Hanovre, vous pouvez exiger aussi l'évacuation de Alalte ( l). » Il imj)ortail beaucoup moins alors de prendre le Hanovre que de faire restituer Malte.

La vraie pensée de la Prusse, telle qu'elle résulte des démarches faites par cette puissance à Londres, se retrouve aujourd'hui dans les documents ignorés de Napoléon. A l'heure même oii l'on berçait Duroc de belles assurances de dévouement, de marques d'indignation contre les armements britanniques, on disait à l'ambassadeur de Russie : « Si l'Angleterre s'engage à ne pas troubler notre marine marchande, nous nous opposerons à l'invasion du Hanovre même de vive force (2). ^i Plus tard, rappelant cette circonstance à son premier ministre, le Roi écrira de sa propre main : « Dites au sieur d'Alopéus... que je vois avec une peine mortelle le nord de l'Allemagne envahi; que, pour le sauver, j'ai voulu me saisir du Hanovre moi-même et qu'un aveuglement inconcevable avait révolté les Hanovriens eux-mêmes contre mes vues (3). 55 Un aveu plus catégorique encore sera fait en 1806 par le Roi, au quartier général d'Erfurt, quatre jours avant la bataille d'iéna. Adressant à l'Europe un mémoire sur la politique générale de la Prusse, Frédéric- Guillaume dit : « La Prusse permit l'invasion de l'électorat de Hanovre. C'est une faute qu'elle se reproche; aussi son premier mouvement avait-il été de s'y opposer. Elle en fît la proposition à l'Angleterre sous des conditions que celle-ci déclina (4). "

(J) Correspondance (le Napoléon l", VIII, 246.

(2) F. DE AIartexs, Recueil des traités de la Russie, VI ; Allemagne, 308.

(3) Archives royales prussiennes, etc., II, 160.

(4) Comte de Gardex, Histoire des traités de paix, X, 35

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