‹ Napoléon et la paixChapitre 29 sur 148 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Ordre d'invasion et conquête du Hanovre. — Savantes dispositions du général Mortier. — Convention de Suhlingen. — Représentation de gala à Saint- (lloud. — Cantate en l'honneur de la conquête du Hanovre. — Xapolconpubliciste. — Les provocations anglaises. — L'Angleterre refuse de ratifier la convention de Suhlingen. — Héroïsme des Hanovriens. — Humanité du général Mortier. — Capitulation de l'armée hanovrienne. — Félicitations du Premier Consul au général Mortier. — Les Français en Hanovre. — Occupation du port de Cuxhavcn ; différend avec la Prusse. — Xouvelie proposition de Xapoiéon pour la conchision d'une alliance prussienne — Aloyens dilatoires opposés par le Cabinet de Berlin. — Le Premier Consul fait un voyage en Belgique. — Souci de sa considération personnelle vis-à-vis des Cours de l'Europe. — Ses préférences pour le titre de pacificateur. — Lombard, conseiller intime du roi de Prusse, attend Napoléon à Bruxelles. — Son jugement favorable sur le caractère de Xapoiéon. — Lougs entretiens de Lombard et du Premier Consul. — Chevauchée de Xapoiéon à travers l'Angleterre conquise en son imagination. — Xapoiéon envoie des dentelles à la reine de Prus.se. — Xouveaux appels du Premier Consul en faveur de la médiation générale et de l'alliance prussienne. — La Prusse se refranche derrière la Russie. — Les agissements perfides de ilorkoff, ambassadeur russe à Paris. — Foi inaltérable de Xapoiéon dans la loyauté d'Alexandre 1''. — Réserve hautaine du Tsar à l'égard des a\ances aimables du Premier Consul. — Insolence de l'ambassadeur russe. — Calme extraordinaire de Xapoiéon. — Preuves de la déloyauté de la Prusse et de sa connivence avec la Russie. — Traité secret entre ces deux puissances.

Lord Whilworlh, niuui de ses passeports, avait quitté Paris dans la nuit du 12 au 13 mai 1803. Dès le lendemain le Premier Consul donnait l'ordre au général Alortier de lever le camp de \imègue, de se rapprocher de la frontière allemande, et là de se tenir prêt à se mettre en marche, avec quatre jours de vivres, douze heures après la réception d'un courrier. «En mêiue temps le général prendra toutes les informations nécessaires sur la route qu'il doit tenir pour occuper le Hanovre, en

prenant la direction de Meppen et ayant soin de ne pas passer sur le territoire prussien (1). »

L'armée de Aïortier était donc dans l'expectative des événements. Ils ne tardèrent pas à se produire. Le 19 mai, dans la baie d'Audierne, deux frégates anglaises s'emparèrent de deux bâtiments français bien inoffensifs, car l'un se dirigeait sur Quimper j)our y chercher des bois de construction et l'autre était chargé de sel à destination de Fécamp (2). Cette nouvelle fut connue à Paris le 21. Allait-on accepter, sans riposter, cette avanie qui venait s'ajouter de la façon la plus blessante à toutes les vexations que les Anglais nous avaient prodiguées depuis l'origine du conflit? Ainsi, après avoir refusé d'entendre la France, de discuter avec elle, on la mettait maintenant au ban des nations civiUsées. Sans déclaration de guerre préalable, avant même que l'ambassadeur eut quitté le territoire français, on saisissait des bateaux marchands, on appréhendait les équipages, on faisait main basse sur les cargaisons; des hommes, sans autre crime que d'accomplir leur rude travail journalier, étaient faits prisonniers d'une guerre non déclarée et emmenés sur les pontons britanniques. Fallait-il, sous le prétexte qu'on était désarmé sur mer, ne pas se servir de tous les moyens de représailles dont on put disposer sur terre? Le Premier Consul ne le pensa pas. Il jugea qu'il devait rendre coup pour coup, frapper très fort afin de donner à réfléchir aux Anglais, afin de modérer leur ardeur insolente. Sans hésiter, le même jour 22 mai, il signa un décret aux termes duquel, pour répondre des bâtiments, des équipages et des passagers illégalement détenus, seraient arrêtés et constitués prisonniers de guerre, comme otages, tous les Anglais voyageant ou commerçant en France.

Cet acte du Premier Consul a soulevé depuis tantôt un

(1) Correspondance de Xapolèon I", \ III, 313.

(2) Journal de Paris du 23 mai 1803.

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