‹ Napoléon et la paixChapitre 31 sur 148 · Drouel Dannenberg · texte numérisé non relu

Drouel Dannenberg

33 — Compans Liiclion, Schackenbourg 25,001 01

mérite d'être racontée à ;]rands traits. Ce qui ressemble superficiellement à une brillante marcbe militaire, avec musique en tête, en pays ennemi, n'était en fait que le résultat des combinaisons les plus savantes et des soins les plus méticuleux, La simplicité apparente de l'opération révèle au contraire, pour celui qui l'étudié, la science impeccable de son autour, comme

XOAIS DES DONATAIRES NOMS DKS DOMAINKS REVKXUS

francs cent.

34 Le généralGudin Bedenteicli, Isenhayen 25,014 \)2

35 — Vcrdinr (îifliorn, Falleisleben 25,011 15

36 — Bonnier Slolzenaii 25,004 29

37 — Lacoste Kotcnhouij^ 25,008 51

38 — Morand WiiMrow 25,000 76

39 Loison Cifliorn, Aleinersen 25,000 48

^0 — Valier Diepholz 25,002 80

41 Saint-Stilpice. Acliim 25,001 03

42 — Diirosiiol Fallin'jhostel, Sollau, Walsrode . . . 25,006 38

43 L'intendant <{énéial Daiu . (iilhorn, Kncseheck 25,004 44

44 Le général Alarmont. . . . Hagen, Stotcl, \ ieland 21,0i)T 08

45 Maret Alt-et-\eu-KloMei-, Harsefeld 20,004 71

46 Fouché ....'.■. . . Sykc, Tliedinyliausen 20,038 15

47 Decrès Xordliolz, OtterndorI 20,002 99

48 Régnier Xeustadt, Bokelohc, Beliburg 20,004 41

49 Mollieii . Langeidia'jen, Burgacdel 20,005 02

50 Gandin Springe, Laiieuau 20,007 30

51 Champagny Burdorf, Ilten, Bnrguedel 20,007 97

52 Le général LeinarroLs . Stolzcnau, Licbonau 20,005 10

53 Clarke Retlicm, Ahiden 20.011 90

54 Dejean Ahiden, Essel 20,001 99

55 Cretet Blnmenthal, Osterholz 20,009 38

56 Le général Bertrand . . LemPierde, Diepliolz 20,006 .59

57 Le maréchal Aloncey . Beinhausen, Birhingeii,Bedenhostel. 20,007 34

58 — Pérignon.. . (îarze, Liine, Biekede 20,005 53

,59 — Serrurier. . Sieierherg, Kiirenbnrg 20,005 41

60 Le général Marcliand. .. . Diepenau, Bohrenlturg, Ehrenburg. 20,009 36

61 Ségur Scliwarzenbeck 20,007 58

62 Le général Dupont Verden 19,025 81

63 — Mouton Wœlze 15.008 12

64 — Beliard Xcuhaus 15,006 31

65 — Savary. : OtterndorI 15,007 86

66 — Lauristou Dorum, Xordholz, Otterndorf 15.007 87

67 — Becker Wiltenburg, Laueiistein 13,002 94

68 Regnaud de Saint-Jcan-

d'Angely Ebstorf 10,034 05

69 Defermont Klôse 10,001 90

70 Lacuée Bokelob 10,002 52

71 Le général (jrouchy Eremerverde, Bederkesa 15,001 90

72 — Nansouiy Zeven 10.007 57

73 — Bigot de Préa-

meneu Lilienthal, Ottersberg 10.007 83

Total 2.323,165 62

L'IXVASIOX Dl HANOVRE 137

aussî elle montre ce que peuvent sur les champs de bataille l'audace juvénile, la bonne humeur du chef, sa suprême confiance qui ne l'abandonne jamais même quand il a l'esprit assombri par les plus graves préoccupations.

Mortier triompha la veille du jour où il se demandait à luimême ce qu'il deviendrait le lendemain. " .^u moment où la capitulation fut signée, dit-il dans son rapport au ministre de la guerre, j'étais sans pain, sans moyen de m'en procurer, sans ambulances, ayant devant moi un désert de quarante-cinq lieues qui me séparait de la Hollande, et foutes mes munitions d'infanterie se réduisaient à cent coups par homme (1). » Conserver toujours la résolution de vaincre, lors même que leurs ressources précaires semblaient leur en ravir tout espoir, c'était la qualité éminente de ces chefs pleins d'ardeur et d'intelligence dans l'exécution des ordres supérieurs. Mortier avait trentecinq ans. Lcopold Berthier, son chef d'état-major, en avait trente-trois. Celui-ci, comme le parfait officier français de !a chanson, « gaiement s'élançait de l'amour au combat. » En cours de route, le Bulletin de V Armée annonçait son mariage « avec Mme Jeanne-Thérèse-Ursule Bonnemont, conformément au Code civil, qui ordonne que tout mariage soit mis à l'ordre du jour vingt-cinq jours avant sa célébration (2) » . Les autres généraux étaient Drouet pour l'avant-garde, Montrichard pour la première division; Scbiner pour la deuxième; la cavalerie était commandée par Nansouty et l'artillerie par Dulauloy.

L'armée leva le camp de Cowerden dans la nuit du 25 au 26 mai. Sou avant-garde, renforcée par 1g 2' hussards, rencontra l'ennemi, le 31, au pont situé au milieu des grands marais, entre Wechte et Diepholz. Devant la hardiesse impétueuse des hussards, les Hanovriens, croyant avoir affaire au

(1) Archives du ministère de la Guerre. (Dossier du 8 juin.)

(2) Ibid. (Dossier du 2tt mai.)

gros de l'armée, abandonnèrent leurs postes et se retirèrent.

Dans la nuit même, des députés de la Régence vinrent au quartier général afin d'entrer en négociations avec Alortier. Mais celui-ci, ayant appris que les Hanovriens se fortifiaient activement au pont de Nienburg, se dit que la démarche de leurs députés n'avait pour but que de gagner un temps utile et refusa de suspendre son mouvement. Sans perdre une minute il prescrivit à l'avant-garde du général Drouet de quitter la position de Wetche et de se porter sur Nienburg.

A Borslen, Drouet rencontra l'ennemi ; malgré la supériorilé du nombre des Hanovriens, malgré l'extrême fatigue de ses troupes qui venaient d'accomplir une marche forcée de douze lieues, Drouet n'hésita pas à ordonner l'attaque et fit battre la charge à la 27' demi-brigade légère. Esclaves de leur consigne, qui était surtout de faire des prisonniers, nos soldats devant le devoir à remplir oublient toute lassitude et s'avancent fièrement, l'arme au bras, sans se préoccuper de la vive escarmouche dirigée contre eux. Les Hanovriens, stupéfaits de tant d'audace, font un mouvement rétrograde que leur cavalerie s'efforce de comprimer; « mais, dit le rapport du chef des opérations, le 2' hussards, toujours digne de sa réputation, la confirme encore davantage, en chargeant si vigoureusement l'ennemi que celui-ci fut bientôt en pleine déroute (1). 55

Instruit par ses espions que l'ennemi avait établi toute son artillerie sur la rive droite du Weser, Mortier sentit combien il était important de précipiter son mouvement. Faisant alors marcher sa réserve d'artillerie, il prit ses dispositions pour pousser et culbuter dans le Weser tout ce qui était devant lui, forcer la tête du pont de Nienburg et intercepter par là les communications avec la capitale.

(1) Archives de la Guerre. (Dossier du 2 juin.)

L'IWASIOX DU HAXOVRE 139

Ces dispositions savantes, qui rendaient inévitable la perte des Hanovriens, amenèrent immédiatement le résultat cherché. Les troupes étaient en marche lorsqu'une délégation de députés civils et militaires, ayant à sa tête le lieutenant-colonel Bosch, commandant le régiment des Gardes du corps électoral, et M. de Bremer, juge de la Cour électorale de justice et conseiller provincial, se présentèrent aux avant-postes et demandèrent à Mortier de suspendre ses opérations, ajoutant qu'elle était prête à faire des propositions avantageuses. Le général en chef se refusa à tout arrêt, à moins qu'on ne l'assurât de l'occupation intégrale du Hanovre. Après quelques allées et venues, on discuta les termes de la convention dite de Suhiingen, qui fut signée, sauf l'approbation du Premier Consul, par le lieutenant général, commandant en chef, Edouard Mortier, mais sans aucune restriction par les délégués hanovriens. Ces malheureux venaient du reste d'être abandonnés par le duc de Cambridge, frère du roi d'Angleterre et gouverneur général de l'Électorat; après avoir promis de mourir ou de sauver le Hanovre, le duc donna sa démission au moment critique et opéra prudemment et commodément sa retraite en poste (1).

La convention de Suhiingen stipulait que le Hanovre et ses forteresses seraient occupés par l'armée française; que les troupes hanovriennes se retireraient derrière l'Elbe; elles s'engageraient sur parole d'honneur à ne commettre aucune hostilité et à ne porter les armes contre la France ni contre ses alliés aussi longtemps que durerait la guerre. Toutefois elles seraient relevées de ce serment après avoir été échangées contre autant d'officiers généraux, officiers, sous-officiers, soldats ou matelots français que l'Angleterre pourrait avoir à sa disposition. L'armée hanovrienne s'en retournait avec les honneurs de la guerre, les régiments emmenant avec eux leurs pièces de campagne. Les

(1) Journal de Paris du 11 juin 1803; Thibaudeau. III, 306-308.

militaires anglais et fonctionnaires à la solde de l'Angleterre seraient arrêtés et envoyés en France. L'entretien des troupes françaises, la remonte de la cavalerie étaient à la charge du Hanovre. Toutes les personnes, toutes les propriétés, et les familles des officiers hanovriens étaient sous la sauvegarde de la loyauté française. Enfin, interprète sagaco des intentions de son gouvernement, Alortier spécifia d'abord que l'occupation du Hanovre avait pour unique but de se procurer des prisonniers qui seraient échangés au gré de l'Angleterre, puis il reconnut aux Hanovriens le droit de solliciter la protection d'une puissance médiatrice (1). II déclarait ainsi, et le mieux possible, que le Hanovre n'était pas considéré comme définitivement conquis.

On a vu avec quelle satisfaction fut reçue à Paris la nouvelle des beaux succès du général Mortier. Le Premier Consul ne résista pas au plaisir de les célébrer publiquement. A cette époque, par le rétablissement d'une étiquette assez rigoureuse dont les Français n'avaient conservé qu'un souvenir vague, le palais de Saint-Cloud commençait à reprendre l'aspect d'une demeure souveraine. Autour de Xapoléon tout devenait à peu près une copie de Versailles, un pastiche de toutes les Cours. Une salle de spectacle avait été construite, oii les acteurs des théâtres de Paris venaient donner des représentations. Le corps diplomatique y était invité solennellement. Le Premier Consul occupait seul, à la droite du théâtre, une grande loge au fond de laquelle se tenaient debout les aides de camp et les officiers de service. Lue loge semblable en face était réservée à Mme Bonaparte, qui apparaissait accompagnée d'une de ses dames du Palais. Les autres loges étaient attribuées aux consuls, aux ministres, aux ambassadeurs et à leurs femmes. On se levait à l'arrivée du Premier Consui et de Joséphine, qui saluaient gra-

(Ij Comte DE Gardk.v, Histoire des traités de paix, VIII, lOi.

LA CAXTATE DE FOXTAXES 14i

cieusement les speclateurs. Les pièces étaient écoutées eu silence; on ne pouvait ni applaudir ni siffler. Ces soirées étaient, en somme, assez ennuyeuses. « Il fallait, dit un contemporain, étouffer des bâillements et dormir, les yeux ouverts (1 ). » A la représentation du li juin, on jouait Esther avec les chœurs. (i La tragédie finie et la toile baissée, le Premier Consul restant dans sa loge, on s'attendait à voir une seconde pièce. La toile se releva en effet et nous vîmes paraître, dit dans sa correspondance l'ambassadeur russe, un comédien en habit de ville qui, après avoir fait ses trois révérences, tira de sa poche un papier et récita une cantate composée la veille et qu'on n'avait pas eu le temps de mettre en musique. L'auteur en était Fontanes, le poète du gouvernement; et le sujet, « La conquête du Hanovre » , comportait une foule d'invectives contre le roi d'Angleterre et tout son peuple. Pendant cette lecture il régnait, tant parmi les étrangers que parmi les Français, un silence morne et profond. Une seule voix osa troubler ce silence pour applaudir à la beauté des vers, et ce fut celle de AI. le marquis de Lucchesini, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la cour de Berlin, son ancien ministre d'Etat et chevalier de ses ordres (2). 55 Un journal dit que la pièce de vers déclamée par l'acteur Lafond se composait d'allusions à la paix fugitive, à la guerre déclarée, à la conquête du Hanovre, à la gloire des armées, avec des accents tour à tour plaintifs et belliqueux, des menaces prophétiques, et finalement des invocations au Ciel pour le succès des armées vengeresses des traités violés (3).

Bien que Napoléon n'eût pas applaudi lui-même aux diatribes déplacées de Fontanes, on peut croire que, si par hasard il

(1) Thibaudkau, III, ;i74.

(2) Archives impériales russes, etc., LXXVII, 210 ; Mémoires de Miot de Melilo. II, 96

{3J Le Publicistc du 14 juin 1803.

1V2 X.APOLÉOX" Kï LA PAIX

n'en connaissait pas les termes exacts, il en savait tout au moins le sens et en avait autorisé la lecture. In de ses penchants était d'exprimer publiquement ses sentiments contre quiconque lui était hostile. La passion de la polémique, innée en lui, ne l'a jamais quitté, à quelque degré de l'échelle sociale qu'il se trouvât. Chaque fois que l'occasion s'en est présentée, dans ses ordres du jour ou dans d'autres documents officiels, il n'a pas manqué de prendre à partie les souverains, les ambassadeurs étrangers, même ses subordonnés quand ils s'étaient attiré son ressentiment. Partout, jusqu'à Sainte-Hélène, on le voit batailler, répondre par des phrases à l'emporte-pièce aux vexalions dont il est l'objet. On peut regretter qu'il n'ait pas dissimulé sa vivacité naturelle sous les apparences de la sagesse calculée des Orientaux ou de la modération cauteleuse des Italiens, que d'aucuns lui ont cependant beaucoup reprochée. Alais ce défaut, car c'en est un aux yeux des gens paisibles qui se comparent volontiers aux hommes d'action, ne lui est certainement pas venu le jour où par sa position il put se croire tout permis à l'égard d'autrui. Officier subalterne, dictateur, empereur, prisonnier, il a le même verbe; la noie ne varie pas d'un demi-ton. Les lettres écrites au Directoire par le simple général qui encourt la révocation, les articles insérés au Moniteur et dont le Premier Consul s'est reconnu l'auteur, les proclamations impériales lancées de toutes les capitales d'Europe, les apostrophes adressées à Hudson Lowe par le souverain déchu de toute grandeur prouvent jusqu'à l'évidence que Napoléon a toujours agi selon son tempérament, disant énergiquement ce qu'il avait à dire, ripostant aux attaques, d'où qu'elles vinssent, sous quelque forme qu'elles se présentassent; affectionnant, par quelque instinct de publiciste, de consigner sur le papier ses répliques ou ses jugements.

Mais, s'il se laissait aller à des violences de langage, s'il favorisait des libelles publics contre l'Angleterre, ce n'était que

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