‹ Napoléon et la paixChapitre 32 sur 148 · LES TORTS DE L'AXGLETERRE · texte numérisé non relu

LES TORTS DE L'AXGLETERRE

pour se défendre. Au Parlement britannique, les ministres ne mettaient aucune retenue pour dénigrer la personne et les actes du chef du gouvernement français; sous leur protection les journaux de Londres ne se contentaient pas d'attaquer en lui rhomme public; c'était aussi Tbomnie privé qu'ils déchiraient de leurs traits acérés. Ils allaient fouiller dans les secrets de sa vie domestique et ne respectaient ni sa femme, ni son alcôve. Jamais le cynisme du langage ne dépassa pareilles limites. On ne se contentait pas de traiter Bonaparte d'usurpateur et de tyran; on appelait le poignard sur sa tète et l'on ne savait que trop bien qu'on s'adressait, dans une partie de l'émigration, à des hommes impatients de frapper. Les fruits de cette excitation constante avaient déjà donné d'effroyables résultats. Si d'autres tentatives échouèrent, ce ne fut la faute ni des écrivains, ni des assassins. Ln auteur dont l'impartialité ne sera pas suspectée en cette matière, Walter Scott, a dit : « Ce torrent de satires et d'injures vomies chaque jour par la presse anglaise et anglo-gallicane, ne pouvait manquer d'irriter et d'exaspérer celui qui en était l'objet principal (1). 5)

On s'est complu à dire qu'il y avait des torts réciproques, parce qu'on n'a voulu voir que les réponses acerbes du Moniteur rédigées par Napoléon; mais les affirmations ne suffisent pas à l'histoire; il lui faut des faits. Et ces faits sont non pas contre la France, mais contre l'Angleterre. Est-ce que la France avait offert un asile à des évêques anglais qui, à l'instar des évèques de Saint-Pol-de-Léon, de Noyon, de Montpellier et autres, entretenaient un vrai foyer de guerre contre l'Etat voisin et la personne du chef? Sei vait-elle de refuge à des princes détrônés, bannis, comme le comte d'Artois et le prince de Condé, et qui, reçus à la Cour, s'y pavanaient avec le litre de prétendants

(1) Walter Scott, Histoire de Xapoléon, \ , 27.

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décidés à relever la Couronne, alors que la République avait été reconnue? Rendait-elle des honneurs à ces mêmes princes qui, revêtus des ordres royaux, passaient des revues de régiments d'émigrés et étaient invités à des dîners ofliciels avec l'ambassadeur du gouvernement qu'ils cherchaient ouvertement à sup- |)rimer? Entretenait -elle à gages un assassin avéré comme Georges, qui ne revenait d'une expédition contre la vie du chef de l'Etat que pour en organiser une autre? Permettait-elle à des cargaisons d'assassins de naviguer sous son pavillon et de tenter des débarquements ?

Aux objurgations réitérées du Premier Consul, le gouvernement anglais avait toujours argué de son impuissance, attendu, disait-il, que la liberté de la presse existait en Angleterre et que la Constitution interdisait de violer les règles de Thospilalité. C'était une hypocrisie complète. S'il était bien vrai que la liberté de la presse exislàl en Angleterre, une loi de ce pays, YAllien- Bi//, laissait au ministère le droit d'expulser sans délai tout citoyen étranger qui compromettrait la tranquillilé publique. La preuve de l'existence de ce droit fut donnée plus lard lorsque l'Angleterre voulut se débarrasser des émigrés bonapartistes (1). Alais de plus le traité d'Amiens stipulait qu'aucun des Elats n'accorderait protection, ni directe ni indirecte, à ceux qui voudraient leur nuire. Le Cabinet britannique avait donc une réelle action sur les émigrés et journalistes français réfugiés à Londres. S'il n'en usait guère, c'est qu'il protégeait, quand il ne stimulait pas, les manœuvres criminelles des uns et les injures des autres envers le Premier Consul. Alors peut-on s'étonner que celui-ci, pointilleux par nature, ait montré, avec une vivacité même extrême, qu'il savait ce qui se passait et qu'il était décidé à ne pas endurer comme un simple pleutre les insultes et les humiliations.

(Ij BiGxo.v, m, 10.

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