‹ Napoléon et la paixChapitre 37 sur 148 · VOYAGE EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN BELGIQUE

semblaient aux galeries d'un théâtre en une soirée de gala, les acclamations des foules s'adressaient surtout au pacificateur de l'Europe 5 aux fronlous des arcs de triomphe, aux fenêtres, on lisait sur des transparents des inscriptions comme celles-ci : « Au héros vainqueur et paci^cateur. — La victoire a conquis la paix. — Paix contineîitale. — Au restaurateur de la patrie la ville (T Amiens reconnaissante. — Vépée victorieuse protège la charrue. — // est l'amour et la gloire de la patrie; en prenant les rênes de l'Etat il lui a donné la paix et des lois. — Celui que l'univers proclame un grand homme est pour la France un dieu protecteur. » Ces inscriptions, relevées à Amiens seulement, se répétaient sous des formes variées dans toutes les cités qu'il parcourut. Cependant, à côté des invocations à la paix, on n'avait pas manqué d'attester par d'autres mentions l'ardeur exallée des populations en faveur de la guerre contre l'Angleterre.

En Belgique, la splendeur des ovations fut encore dépassée. Le vocabulaire des louanges et des adulations, qu'on aurait pu croire épuisé, trouva de nouvelles formules. Ou rappela les exploits des César, des Charlemagne, des Charles- Quint dans les Flandres, et nul n'était supérieur à Bonaparte, « surnommé le Grand. «

Aapoléon ne s'attardait pas dans les béatitudes de ces enivrantes glorifications; le répit que lui laissaient les fêtes, les réceptions, les visites officielles aux cathédrales oii le clergé l'accueillait ave" pompe et avec des cantiques de reconnaissance, il l'employait à inspecter dans chaque ville les remparts elles citadelles; il montait en barque pour se rendre compte de l'élat des canaux et il ordonnait les travaux à exécuter en vue de la guerre britannique; là oii il y avait de la garnison, il faisait manœuvrer les escadrons et les régiments ; le reste dn temps, il se rendait, accompagné de Monge, Chaptal et Berlhollet, dans les établissements oii se fabriquaient les divers produits de

rindustrie, et il demandait des explicalions sur les moindres détails, interrogeait lui-même les ouvriers qu'il étonnait par l'étendue de ses connaissances. Le soir enfin, jus(ju'à une heure avancée de la nuit, il expédiait les ordres aux différents ministères. On peut dire sans banalité que ses multiples occupations l'empêchaient de dormir, car ses journées commençaient à quatre heures du matin pour se terminer le plus souvent après minuit. 11 en fut ainsi durant les trente jours de son vojage qui s'effectua par Amiens, Saint-lalery, Abbeville, Montreuil, Boulogne, Dunkerque, Lille, Ostende, Bruges, Gand et Anvers (L).

A son arrivée à Bruxelles, il fut aussitôt repris par le souci des affaires prussiennes; il y trouva, installé à l'hôtel Bellevue, Lombard, conseiller intime du roi de Piusse,

Frédéric-Guillaunje, ainsi qu'on l'a vu, avait découvert dans cette mission de Lombard le meilleur moyen de se dérober par des paroles à la demande formelle d'alliance qu'avait renouvelée le Premier Consul, lors du dilférend survenu à la suite de l'occupation du petit port de Cuxhaven.

Ce qu'il allait faire près du Premier Consul, Lombard ne le savait pas exactement. 11 dit lui-même dans une lettre à un diplomate : « Mes instructions sont tellement vagues, ou plutôt je suis tellement abandonné ù moi-même que j'essaierais inutilement de vous mettre d'avance au fait de ma commission. Je n'ai rien par écrit et l'on m'adonne, pour tout ordre, mes souvenirs et la connaissance que ma place me donne de la façon de penser du Roi et de ses intentions arrêtées sur les objets dont on pourrait m'enlretenir. »

(1) Sur le voyage du Premier Consul, voir te Jounial de Bruxelles, l'Orarle de Bruxelles; Barbet, Voyage du Premier Consul à Bruxelles ; i.-]i Simoxmx, Histoire du voyage du Premier Consul dans les déjiartements de la ri-devant Belgique ; Marquise de Dloouevili.e, Correspoudance de Davout, II; Mémoires du duc de Uovigo, I: Souvenirs du comte de l'ontécoulanl, III, et les journaux français de l'é[)oi|ue.

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