‹ Napoléon et la paixChapitre 38 sur 148 · XAPOLEON ET LE CONSEILLER PRUSSIEN · texte numérisé non relu

XAPOLEON ET LE CONSEILLER PRUSSIEN

C'est donc en lui-même que Lombard cherche les points qu'il devra toucher; il les expose ainsi à son correspondant : « Il s'agit d'obtenir : 1° ou la rétractation des mesures dérogatoires aux principes (occupation de Cuxhaven) qui ont déjà été prises; 2° ou la certitude que du moins ce seront les dernières; 3° ou, à déftmt de l'une ou de l'autre, plus de lumière sur l'avenir et par conséquent sur les devoirs du Roi. Je n'ai que trop la certitude que le premier et même le second but de mon voyage ne s'atteindront pas. Une lettre autographe de Sa Majesté au Premier Consul doit me procurer accès chez le grand homme (1), )'

L'autographe dont Lombard était porteur, comme toute la littérature que nous connaissons de Frédéric-Guillaume, est assez obscur. Dans son langage creux, ballonné, pourrait-on dire, il s'efforce par une ruse vulgaire de pratiquer des coupures dans les discours du Premier Consul et de ne citer que les fragmenis favorables à ses prétentions; c'est ainsi qu'il ne retient que la première partie des réponses données à sa demande de garanties au sujet des affaires de Hanovre, et il se garde bien de rappeler qu'en terminant le gouvernement consulaire réitérait invariablement son désir de traiter sur tous ces points, ïnais à la condition qu'une entente préalable serait établie pour le cas où d'autres puissances interviendraient et prendraient les armes contre la France. Poussant plus loin encore son subterfuge, le Roi essaie de faire passer pour des « promesses saintes et solennelles » de la France les j)ropres propositions de la Prusse, reçues en effet par le Premier Consul, mais seulement ratifiées dans la mesure qui vient d'être indiquée.

Hélas ! Le pauvre Roi, n'ayant pas de résolution ferme, ne peut que s'atlacher aux fantômes des remords de conscience,

(1) Archives 7-oyales prussiennes, etc., II, 18;].

du « parjure » dont il voudrait effrayer Napoléon pour le cas où celui-ci, dupe de ces procédés captieux, se laisserait convaincre d'avoir failli à ses obligations. La partie la plus énergique de la lettre de Frédéric-Guillaume est celle-ci : « Il est absolument essentiel à la conservation des rapports que vous avez rendus au continent, par la paix qui fut votre ouvrage, que la confiance dans les principes de la République soit illimitée. La mienne l'est et restera; mais j'ai besoin de la justifier envers mes sujets, envers mes voisins, envers le devoir. 11 ne me faut pour cela qu'un mot; mais c'est ce mot de vous que je désire entendre. Voire parole sera plus pour moi qu'un traité solennel ne serait pour d'autres. » C'était, on le voit, l'éternel labyrinthe oii prétendait évoluer le Roi. Pas de traité, parce qu'un traité veut des garanties réciproques; mais il faut, pour le roi de Prusse, que la France seule s'oblige par des paroles ou par des actes. Lui, il restera inerte et muet, c'est-à-dire libre éventuellement de ses actions : « C'est dans celle attente que j'ai voulu vous écrire directement. Je charge de cette lettre, continue Frédéric-Guillaume, mon conseiller intime de cabinet. Lombard, que je vous prie d'en croire dans tout ce qu'il pourra vous dire en mon nom et qui, destiné à me rapporter la réponse, sera l'organe fidèle de tout ce que vous auriez d'ailleurs à me transmettre. Si dans celte réponse je retrouve l'assurance que, TElectorat conquis, votre justice éloignera du Nord toutes les autres suites de cette malheureuse guerre; que jamais le faible n'y gémira sur sa faiblesse et que jusqu'au bout le fort s'y applaudira de sa sévérité; que, pour premier gage d'un principe si digne de vous, vous repoussez toute mesure tendant à provoquer contre la liberté des fleuves les armes de la marine anglaise et à détruire dans le fait la neutralité, sûreté, commerce, je me croirai quitte envers le devoir, comme vous le serez envers l'amitié. >>

Il y avait quelque démence à demander de telles garanties,

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