‹ Napoléon et la paixChapitre 40 sur 148 · NAPOLEO.V ET LE CONSEILLER PRUSSIEN · texte numérisé non relu

NAPOLEO.V ET LE CONSEILLER PRUSSIEN

communicalifs que j'aie encore rencontrés, soit qu'en général, comme ou assure, la conversation devienne après une journée laborieuse le délassement qu'il préfère, soit qu'eu effet il lui importât de se montrer tout entier à Votre Majesté... On se trompe absolument à l'étranger sur ce qu'on appelle la violence de son caractère et la précipitation de ses jugements. Dans la discussion il est calme, attentif, ayant toujours l'air de vouloir s'instruire et ne s'irritant pas de la contradiction (1). « En termes à peu près identiques, nous avons recueilli d'autre part (2), sur le caractère de Napoléon, une trentaine d'appréciations semblables de ses amis, voire de ses ennemis.

Néanmoins, pour avoir porté ce jugement impartial, Lombard, au jour des malheurs de la Prusse, eut à subir les représailles du parti de la Cour et les avanies les plus blessantes de tous ses organes. Dans son exode désordonné, à l'approche des Français, en 1800, la reine Louise, ayant rencontré Lombard à Steltin, donna cours à son ressentiment. Elle le fit arrêter et mettre en prison, où il fut traîné comme un vil criminel, couvert de boue et d'infamie par une populace affolée. On n'était point embarrassé de fixer le prix auquel le Premier Consul l'avait acheté jadis. Lu historien, Merkel, comme s'il avait assisté au payement de sa trahison, l'accuse d'avoir reçu cinq mille napoléons d'or. Insinuation assez plaisante, attendu qu'à l'époque où ce versement aurait eu lieu, on n'avait pas encore frappé de napoléons d'or. Le malheureux Lombard a lui-même, en 1806, raconté ses tristesses à un diplomate autrichien, et nous allons voir encore une fois se confirmer ce fait que la Reine était bien réellement à la tète du parti hostile à la France. « Ah! si vous saviez, dit Lombard, tout ce que j'ai éprouvé depuis quelques années! On m'a dénoncé, maltraité comuie un scélérat. Mon nom a couru toute l'Europe comme celui d'un traître vendu à Napoléon. On

(1) Archive; royales prussiennes, etc., II, 170.

(2) Arthur LÉvv, Xapo/éon intime, p. 351 et suiv

m'a conspué de toutes parts pour me faire renvoyer et punir. Tous les princes de la maison royale, la Reine à leur tête, se sont ligués contre moi. Ceux qui me disaient vendu savaient trop bien que je ne pouvais pas l'être. Vous avez autrefois connu ma manière de vivre; elle est toujours restée la même; j'ai toujours été pauvre comme un rat d'église. A peine ma femme a-t-elie une cliambre pour recevoir quelques amis. Quant à moi, un mauvais fauteuil et une pipe ont été le maximum de mes besoins. Il vaudrait bien la peine d'être un coquin pour vivre comme un misérable (1). ^

Dans sa lettre autographe au Premier Consul, le Roi avait dit : « Plus vous me parlerez avec franchise, plus vous serez sur de ma reconnaissance (2). » Sur ce point, il n'y eut pas de déception. L'exactitude des rapports de Lombard à son Roi équivaut à l'évocation vivante de sou interlocuteur. On y aperçoit nettement Napoléon discutant ses actes, établissant avec la plus simple familiarité un réquisitoire contre l'Angleterre et l'Europe; tout cela formulé en un langage d'une entraînante vivacité qui ne recule pas, au cours de l'improvisation, devant la trivialité de quelque expression destinée à rendre plus saisissante toute sa pensée. « Oui, dit-il, dès le commencement de ma querelle avec l'Angleterre, j'ai senti que l'invasion du Hanovre avait désagréablement surpris le Roi... Aussi, c'est à vous que je fis les premières ouvertures et à qui je demandai de convenir avec moi sur le mode d'occupation, afin que les intérêts de la Prusse en souffrissent le moins qu'il serait possible... J'étudiai avec soin ce qui, dans l'occupation même, pouvait ne pas déplaire à Sa Majesté. Pour n'exciter aucune espèce d'ombrage, j'ai risqué, je vous l'avoue, de compromettre mes armes. Legénéral Mortier n'avait en entrant en Allemagne que seize mille hommes. C'était

(1) Comte DE Gardex, Histoire des traités de paix, X, 107. (Alaauscrit du chevalier de Gentz.)

(2) Archives royales prussieîines, etc., II, 187.

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