LE TABLEAU DE LA PRISE DE LOXDRES
arrivé qu'après une brillante chevauchée à travers l'Angleterre, déjà conquise en son imagination. Malgré toute la flamme qui animait ses yeux quand il déroulait cette perspective grandiose, c-e n'était cependant qu'une griserie toute de surface, car il descendait bien vite de son piédestal pour réitérer encore qu'il était tout prêt à accepter per J'as et ne/as Tarbitrage des grandes Puissances.
« Le sommeil de TEurope, disait Napoléon, est une énigme inexplicable. Nous touchons peut-être à un bouleversement auquel aucune des révolutions précédentes n'a ressemblé. Je vais hasarder l'entreprise la plus difficile, mais la plus féconde en résultats effrayants que la politique ait connus. Je puis échouer, les armes sont journalières; mais je puis réussir aussi, et, en trois jours, un temps brumeux et des circonstances un peu favorisantes peuvent me rendre maître de Londres, du Parlement, de la Banque. Jugez du chaos qui en résultera pour le commerce et les fortunes ! Ce sera bien autre chose que des mesures passagères auxquelles les neutres ne veulent pas se résoudre; mais ce qui est plus effrayant que tout le reste, jugez du bouleversement politique qui en serait la suite inévitable. Londres conquis ne me soumet pas l'Angleterre ; il faut, pour conquérir la nation, une révolution qui parte de sa capitale. Une révolution! Ce mot me fait trembler d'avance pour la France comme pour l'Europe entière; les contre-coups, je le sens, sont incalculables, mais qu'y faire? Je n'ai que le choix des maux, ?) Et c'est à ce moment qu'il prononça les paroles que nous avons déjà mentionnées comme étant en pleine concordance avec ce qu'il avait dit trois mois auparavant aux ambassadeurs de Russie et de Prusse à Paris. « Je voudrais que la Russie et la Prusse me sauvassent de cette cruelle nécessité en me dictant la loi, mais en la dictant aussi à l'Angleterre. Si toutes deux, en partant de l'ultimatum présenté par les Anglais eux-mêmes, exigent de moi l'évacuation de la Hollande, celle
de la Suisse, celle du royaume de Naples et de l'Empire, en un mot tout ce qu'on a voulu de moi, mais demandent en même temps à l'Angleterre de remplir la condilion essentielle du Irailé en rendant Malte soit à l'Ordre, ce qui vaudrait mieux, soit à la Russie, s'il fallait en passer par celte désagréable obligation, je suis prêt à recevoir loutes vos conditions et il ne faudra, pour y forcer l'Angleterre, que lui montrer la volonté certaine d'employer contre elle, en cas de refus, les moyens que vous seuls aurez en main. «
Pensant alors qu'il avait suffisamment remué son interlocuteur, autant par le tableau terrifiant de la future prise de Londres que par la sage et noble humilité de l'appel à l'intervention. Napoléon avait attaqué la question de l'alliance francoprussienne, non sans évoquer le spectre autrichien, qui était toujours en cette circonstance un argument in extremis. « Mais, si vous vous refusez, continua-t-il, à être ainsi l'un et l'autre les bienfaiteurs de l'Europe, je me dois, dans ce moment de crise, de garantir la France des suites qui peuvent en résulter. Il me faut absolument des relations sur le Continent. Alon entreprise contre l'Angleterre échouera peut-être; la perte serait immense, la première consternation inévitable, la séduction des plus fortes pour les ennemis de la France. Je n'ai rien à craindre de vous, je le sais, mais l'Autriche peut saisir ce moment fatal pour se livrer à l'Angleterre. Il me faut de toute nécessité ou une alliance avec la Prusse qui me garantisse contre les attaques de l'Autriche, ou une alliance avec l'Autriche qui me réponde de l'Autriche même... Mais c'est la [)erte de voire considération on Empire, je le prévois; j'en suis au désespoir, car je n'estime et n'aime véritahlement qu'une Puissance au monde et c'est la Prusse... Je ne conçois rien au monde de plus innocent et moins fait pour compromettre votre système, que je respecte, qu'une alliance qui stipule simplement le nombre des troupes qu'une Puissance fournirait à l'autre comme auxi-