‹ Napoléon et la paixChapitre 43 sur 148 · MOVEXS DILATOIRES DE LA PRISSE · texte numérisé non relu

MOVEXS DILATOIRES DE LA PRISSE

liaire, si l'une des deux était attaquée sur le Continent... (1). » Quand il prit congé du Premier Consul, Lombard reçut en cadeau une magnifique tabatière d'or richement garnie de brillants et ornée du portrait de Bonaparte (2). Il rentra à Berlin le 18 août et se rendit aussitôt à l'île des Paons, séjour champêtre où le Roi aimait à vivre en famille. «J'ai du, dit le Conseiller intime, m'y renfermer pendant trois jours et ne l'y entretenir que du grand homme. Le Premier Consul a mis une grâce infinie à me parler de Frédéric, mais aucun des détails qui le regardent lui-même n'a été sans intérêt pour le successeur du héros prussien. Mes rapports ont été pour le Roi une source inépuisable de satisfaction (3). " C'est ainsi que s'exprimait Lombard en remerciant Talleyrand de son accueil à Bruxelles. Il n'en est pas moins vrai que !es résultats de la mission de son envoyé extraordinaire ne remplissaient guère l'attente de la Cour prussienne. Lombard s'était proposé deux buts : obtenir ou s'instruire. Obtenir, c'était arrivera faire évacuer Cuxhaven. Sur ce point il avait déjà dit : « \i le ton, ni les paroles du général Bonaparte ne me laissent le moindre espoir de réussir (4). » S'instruire consistait à connaître les intentions du Premier Consul, à savoir si l'on devait armer ou non contre la France. Aucune de ces deux solutions ne ressortait des faits, mais une nouvelle perplexité se présentait : la déplaisante, l'intolérable, l'éternelle proposition d'alliance. Encore une fois il s'agissait d'accepter ou de refuser l'alliance si ardemment désirée par le Premier Consul. Contre cette redoutable alternative on n'avait encore découvert que l'insuffisant détour de faire semblant de l'ignorer, u La conversation est revenue, dit Laforét, notre ambassadeur, sur l'alliance entre la France et la

(1) archives roija/es prussiennes, etc., 11,192.

(2) L'Orncie de Bruxelles du 1" fructidor an XL

(3) Archives royales prussiennes, etc., II, 197.

(4) Ibid., II, 189.

Prusse; mais toujours en sautant par-dessus le mot propre. « Toufefois les faux-fuyanis n'ont qu'un temps, et l'interrogation posée à Lombard était formelle. « Quel nombre de troupes une Puissance fournirait à l'autre comme auxiliaire, si l'une des deux était attaquée sur le Continent? » Pouvait-on se dérober encore une fois? On l'essaya en chargeant d'abord Lombard d'éclairer les voies. C'est plaisir de voir avec quels arlitices de grammaire on s'efforce de ne pas appeler les choses par leur nom et d'habituer le Premier Consul à considérer l'affaire comme de minime importance. « Cependant, écrit-on à Talleyrand, par cela même qu'il s'agit d'un engagement partiel et temporaire de l'Autriche et non de l'Europe, de la guerre actuelle et non de tous les moments, le Roi a cru que les devoirs mutuels étaient plus l'objet d'une convention que d'un traité, et il a prévu pour des temps plus calmes un système fédératif pour allier tous les intérêts et pour s'appliquer à toutes les circonstances (1). " C'était substituer une proposition à une autre ; c'était répondre à la demande ferme d'un traité par l'offre d'une vague convention; mais, mieux encore, on imagina d'avoir l'air de se rendre au vœu du Premier Consul en se rattachant à cette convention, non pourtant sans ajouter qu'on en subordonnerait la rédaction à l'agrément et à la participation de la Russie. Et alors c'était introduire en un seul deux moyens dilatoires. Le premier, le plus favorable à la loyauté prussienne, avait pour résultat de renvoyer la conclusion de l'affaire à une date indéterminée, car les pourparlers de cette [nature avec la diplomatie russe devaient exiger beaucoup de temps, à supposer qu'on ne multipliât pas de parti pris les empêchements et les remises de cause. Le second résidait dans la connaissance certaine qu'avait la Prusse des différends qui venaient d'éclater entre le Premier Consul et Alexandre I".

(1) Archives royales prussiennes, etc., II, 196.

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