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LES AGISSEMENTS DE L'AMBASSADEUR RUSSE

Devant les Dombreux obstacles que rencontraient à Saint- Pétersbourg tous les essais de combinaisons, même les plus avantageux à la Russie, Napoléon crut, ou se plut à croire pendant longtemps, que l'empereur de Russie avait des tendances politiques en général opposées à celles de son entourage et ne pouvait que difficilement s'en faire obéir... « Que penser, avait-il dit à Lombard, d'une Cour où les Ministres ont une autre opinion que celle de leur maître (1)? " Il ne voyait dans tout ce qui se passait que l'œuvre du chancelier russe et de ses créatures.

Le chancelier actuel était le plus zélé champion de l'entente anglo-russe. Aussitôt après l'entrevue de Memel, il avait substitué sa politique à celle du Cabinet Kourakine, qui s'était montrée assez favorable à la France. On savait notoirement que le comte Alorkoff, l'ambassadeur russe, tout dévoué aux intérêts anglais, ne travaillait à Paris qu'en faveur de l'Angleterre et Ton sentait, sans doute possible, sa main dans l'échec de toutes les négociations du gouvernement français avec la Russie. Malgré cette hostilité dont la persistance accusait hautement la chancellerie russe. Napoléon ne voulait jamais admettre la responsabilité de l'Empereur.

Un fîùt assez grave en matière de relations diplomatiques prouvera avec quel soin le Premier Consul s'efforçait d'écarter la personne d'Alexandre des agissements antifrançais de son ambassadeur. A peine arrivé à Paris en 1802, ce diplomate prit l'attitude la plus insolite qui se puisse imaginer. Non seulement il déclarait hautement sa haine et sou mépris du gouvernement près duquel il était accrédité, mais encore il eut l'audace de faire rédiger et répandre une feuille séditieuse, dont l'objet était d'avilir et de renverser le gouvernement républicain. Il n'est d'injures, ni de calomnies contre la France et le Premier Consul

(1) Archives royales prussiennes, etc., II, 192.

qui n'aient été insérées dans celte publication, œuvre d'un lioiiime de lettres nommé Charles Fouilhoux. Vingt et un numéros avaient déjà paru lorsqu'on put mettre la main sur leur auteur. Son interrogatoire du 20 nivôse an X, par-devant « Pierre Fardel, substitut magistrat de sûreté du 1" Arrondissement 55 , établit clairement la culpabilité de l'ambassadeur de Russie : « A qui livriez-voiis ces feuilles ? — A AI. le comte de Morkoff. — Quels motifs ont pu vous déterminer à les rédiger pour un ambassadeur étranger? — Je les faisais telles qu'elles m'avaient été demandées par M. de Morkoff. — Quel traitement vous faisait-il? — Il ne me donnait que soixante livres. A la vérité il me faisait espérer un traitement avantageux dans un temps déterminé (l). »

Pour un homme irascible, voire pour un homme calme, il y avait là motif à des représentations sévères. Le Premier Consul, jaloux d'éviter toute espèce de conflit, s'employa à atténuer la gravité de l'accident. Quand il vil M. de Morkoff, il lui dit : « On fait courir beaucoup de bulletins, monsieur de Morkoff. Ne trouvez-vous pas qu'ils sont assez mal faits? v L'ambassadeur cherchant à se disculper, Napoléon l'interrompit par ces mots : « C'est une plaisanterie. » Et il parla d'autres choses (2). A l'égard du Tsar, Napoléon se contenta de dire comme incidemment au bas d'une lettre : « ... Je prie Votre Majesté d'ajouter peu de foi aux différents bulletins secrets que des agents subalternes pourraient Lui envoyer et qui sont la source de mauvais bruits dont on remplit l'Europe sur la situation de la France (3). » Puis, voulant amortir toute impression désagréable dans l'esprit d'Alexandre, il fit écrire à Caulaincourt, alors à Saint-Pétersbourg : « Il y a dans la lettre une phrase par laquelle le Premier Consul invite Sa Majesté Impé-

(1) Archives du ministère des Affaires Etrangères, 141, 57.

(2) Archives impériales russes, etc., LXX, 326.

(3) Con-espondance de X'apolèon I", VII, 385.

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