‹ Napoléon et la paixChapitre 64 sur 148 · LA LEGENDE DE LA MONARCHIE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

LA LEGENDE DE LA MONARCHIE UNIVERSELLE

Il faudrait alors nous défaire de la VVestphalie, et n'importe alors qu'un Electeur de Wurtemberg, de Salzbourg, ou tout autre, soit placé entre nous et la France. Cela assurerait notre union avec cet Empire. Le Roi, quelle que soit sa répugnance à céder une partie de ses anciennes possessions, s'y prêterait cependant avec une très grande satisfaction, si nous pouvions faire cette acquisition si importante pour notre repos, notre sûreté et la consolidation de la monarchie (1). 55 Ce langage n'était nullement une improvisation vague de Hardenberg. Il lui avait été suggéré par un rapport du Cabinet du Roi, dont les termes sont encore plus précis : « Le Roi m'a dit que ce qu'il désirerait essentiellement, ce serait obtenir à la paix l'Electorat de Hanovre, en sacrifiant ses provinces de Westphalie. C'est un grand pas de lait que cet aveu. Cette idée, dont aujourd'hui il n'y a pas encore d'usage à faire, peut germer dans la tète de loire Excellence et devenir, un jour, riche en résultats... (2).» Ce ne fut ni par népotisme, ni par ambition que Aapoléon condamna à ne plus régner les dynasties de Xaples et d'Espagne dont la déchéance fut prononcée pour des motifs identiques. L'une et l'autre avaient méconnu avec une impudence, une mauvaise foi inouïes, les traités dont la France était en droit d'attendre l'exécution. S'il avait été à la recherche d'un prétexte pour user de rigueur envers la Cour de Xaples, la Reine le lui aurait offert à maintes reprises. Pendant l'occupation de Xaples, après la rupture du traité d'Amiens, elle fit armer les paysans des Calabres contre les Français. Quand elle n'osa plus recruter de troupes elle-même, elle le fit faire par les Emigrés. De plus, par sa conduite privée, cette princesse était une des hontes de son sexe, et ses relations scandaleuses avec Acton, son favori, dont elle avait fait un premier ministre, sont trop célèbres pour qu'on ait à les rappeler. Ses déborde-

(1) Archives royales prussiennes, etc., II, 318.

(2) Ibicl., etc., II, 298

nients ne portaient préjudice qu'à elle et à ses sujets ; mais, aussi légère dans sa politique que dans ses amours, la Reine commettait l'imprudence d'écrire des lettres où elle disait que « pour dix-sept mille Français elle saurait faire renouveler les « Vêpres Siciliennes « (1). Le malheur voulut que des lettres de ce genre tombassent entre les mains de l'Empereur. 11 se contenta de quelques avertissements pour contenir cette «furie» , comme il la désignait. Il lui fallut un grief autrement puissant pour se laisser aller à la mesure rigoureuse qui devint alors un devoir.

Par le traité du 21 septembre 1805, la Cour de Naples s'était engagée : 1" à rester neutre pendant le cours de la guerre actuelle entre la France, l'Angleterre et la Russie; 2" à ne permettre à aucun corps de troupes appartenant à une puissance belligérante de débarquer ou de pénétrer sur aucune partie du territoire neutre ; 3" à ne confier le commandement de ses places à aucun officier russe, autrichien, ni d'aucune puissance belligérante; 4° à ne permettre l'entrée de ses ports à aucune escadre. Aux termes de l'article 5, Xapoléon avait promis par réciprocité d'évacuer le territoire napolitain dans un mois. Confiant dans le respect dû aux conventions signées, il ordonna que l'évacuation fût accomplie avant le délai fixé.

A peine les Français avaient-ils passé ses frontières que la Cour napolitaine décréta des armements, porta ses effectifs à soixante mille hommes. Rien de répréhensible à cet accroissement de forces s'il avait pour objet de protéger les obligations contractées ; mais le but réel de Naples ne tarda pas à être connu. Le 19 novembre, c'est-à-dire un peu moins de deux mois après la ratification du traité analysé plus haut, douze mille Russes et huit mille Anglais débarquèrent à Naples. Ils y furent reçus non seulement sans la moindre velléité de résistance, mais

(1) Correspondance de Xapoléon /•=', X, V75.

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