‹ Napoléon et la paixChapitre 66 sur 148 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'ambassadeur russe demande ses passeports. — Napoléon et d'Oubril à Mayence.

— Réminiscence des moyens employés jadis pour rclenir lord W liiUiortli. — Coup de théâlre : l'Empereur demande publiquement la paix à rAn<{letcrre. — Celle-ci se retranche derrière la Russie. — Rôle de l'Autriche dévoilé. — Proclamation de X'apoléon accusant l'Anyleterre seule des maux de la ;{uerre. — Manque de dissimulation vis-à-vis des autres puissances. — Alexandre dans le rôle d'apôtre libérateur de rKurope. — Sa pression sur la Cour de Prusse. —

— Tcriyversalious de Frédéric-Guillaume. — Le démembrement de la France est d(''cidé entre la Russie et l'Anjjleterre. — Alexandre se porte fort de l'adhésion de ['.Autriche, de la Suède et de la Prusse. — Obligation de répondre aux ouvertures pacifiques de la France. — Combinaisons pour faire refuser par Xapoléon les propositions des puissances. — Le roi de Prusse choisi pour intermédiaire. — La mission Xowossillzoff. — Infaluation extraordinaire de ce diplomate. — L'empereur des Français sera traité en simple particidier. — Napoléon, désireux de la paix, se résijjne à renoncer pour la circonstance à ses prérogatives. — Déception de l'Angleterre qui surélève ses prétentions. — Le Tsar couvre la mauvaise foi de l'Angleterre. — Fausseté du prétexte de l'annexion de Gênes, — Inquiétude de Xapoléon sur l'attitude de l'.Autricbe. — Assurances trompeuses de P'rançois II. — Derniers avertissements donnés à la Cour de Vienne. — Les rêves et les angoisses de Xapoléon à Boulogne. — Impéritie de l'amiriil Villeneuve. — Désespoir de l'Empereur. — La dictée de la campagne d'.Autriche — Lucidité prodigieuse de Xapoléon. — Départde l'Empereur pour l'armée. — La proclamation mensongère de l'Electeur de Wurtemberg. — La condescendance de Xapoléon pour les princes régnants. — Le général Mey et les officiers uurtembergeois, — Entrée de l'armée française à Stuttgart.

— L'Elecleurami de la France. — Réception magnifique faite à Napoléon au palais de Ludvtigsbourg. — Xapoléon séjourne pour la première fois dans une Cour aristocratique. — Ses désillusions. — Le premier allié de l'Empereur. — s Un gros scélérat. » — Xapoléon arbitre des disputes quotidiennes entre l'Electeur et l'Elcctrice. — Sa galanterie envers la fille du roi d'.Anglelerre. — Départ de Ludïvigsbourg. — Relations cordiales entre X'apoléon et son allié. — Séjour de Joséphine à Stuttgart. — Lettres hyperboliques de l'Electeur. — X'apoléon envoie la couronne royale comme élrenncs à Frédéric de Wurtemberg. — Les attestations d'une reconnaissance éternelle — La trahison infâme du roi de Wurtemberg. — La mémoire de Xapoléon vengée par les honnêtes gens du Wurtemberg.

Alexandre I" joua, comme agent des guerres entreprises pour le compte de l'Angleterre, un rôle si considérable qu'on doit

L'AMBASSADEUR RUSSE A JIAYEXCE 273

presque toujours en revenir à lui pour pénétrer le sens exact des événements du commencement du siècle dernier. On a vu, par les lettres qu'il adressait à François II, les vrais motifs de sa rupture définitive avec la France. C'était sa détermination inébranlable, et depuis longtemps arrêtée, de former la troisième coalition sous l'égide de l'Angleterre et avec les ressources pécuniaires de ce pays. L'exécution du duc d'Enghien et les polémiques qui la suivirent entraînèrent le gouvernement russe jusqu'à chasser, pour ainsi dire, de Saint-Pétersbourg, M. de Haineval qui était gérant de l'ambassade française depuis le départ du général Hédomilie. Après la remise faite au gouvernement français, vers la fin d'août 1804, d'un ultimatum qui aurait été repoussé avec indignation par le plus infime duché, M. d'Oubril, chargé d'affaires russe à Paris, ayant insisté pour avoir ses passeports, il fallut bien les lui donner.

Fort étonné que la Russie lui demandât ex abrupto, en quelque sorte, l'évacuation de Naples et du Hanovre, le Cabinet des Tuileries n'avait voulu voir encore dans cette note qu'une suite irréfléchie des discussions soulevées par l'affaire du duc d'Enghien, Espérant que le temps apporterait plus de modération dans l'esprit du Tsar, le ministère des Relations Extérieures avait consenti finalement à délivrer les passeports de d'Oubril, mais à la condition que ce diplomate attendrait àMayencequ'on eût appris que M. de Raineval avait quitté sain et sauf le territoire russe. Ce dernier prétexte n'avait évidemment pour but que de recommencer avec d'Oubril ce qu'on avait tenté de faire l'année précédente avec lord Whitworth, au moment de son rappel en Angleterre. On remit cette fois encore en œuvre tous les stratagèmes possibles pour essayer de rouvrir des relations avec l'ambassadeur russe. Si cette répétition des mêmes procédés, en vue d'éviter une rupture effective avec un grand Etat, témoigne d'une certaine pauvreté de combinaisons et parfois d'un manque de dignité de la part de la diplomatie impériale

française, elle atteste pourtant de façon très nette que Napoléon était fort loin de souhaiter les complications d'où la guerre pouvait naître.

Il est permis de supposer que ce n'est point une coïncidence fortuite qui amena Napoléon et sa Cour à Mayence pendant que d'Oubril y séjourna. En assignant cette ville au diplomate russe, comme lieu d'attente, les ministres français savaient parfaitement qu'il y serait rejoint par l'Empereur qui effectuait un voyage sur le Rhin. Pour agir naguère sur lord Whitworth à Paris où il habitait depuis longtemps, on avait pu sans trop de peine rencontrer des gens qui fussent en rapports avec lui; mais, à Mayence, pour d'Oubril, simple passager, la difficulté apparaissait autrement grande, presque insurmontable. On la résolut en faisant appel au concours du ministre de la police qui fournit la personne désirée. C'était la princesse Michel Galitzine qui, au plus fort de la crise à Paris, avait déjà servi d'intermédiaire entre le général Caulaincourt et d'Oubril. Cette dame, qui par suite d'une situation pénible, était sous la dépendance de la police française, se retrouva comme par hasard à Mayence. « Elle s'occupait à Paris, rapporte d'Oubril, de libérer son mari qui y était retenu par quelques dettes (1). » Dans sa recherche d'expédients, Napoléon alla jusqu'à employer le moyen qui peut-être lui déplaisait le plus : celui de mêler les femmes, la sienne surtout, aux affaires politiques. C'était tellement opposé à tout ce qui est connu de lui par ses discours et ses actes, qu'il faudrait en douter si le fait n'était consigné dans une lettre de d'Oubril à son gouvernement : « xMme la princesse Galitzine, écrit ce diplomate, qui s'est rendue auprès de madame sa mère à Francfort, a passé quelques jours à Mayence. Elle m'a dit que Mme Bonaparte, la sachant dans cette ville, l'avait invitée à venir la voir le matin et qu'au milieu des compliments d'usage

(1) Archives impériales russes, etc., LXXVII, 757.

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