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LES PRÉTEXTES DE L'AUTRICHE

plus simple bon sens suffisait à lui faire comprendre qu'il se passait quelque chose d'anormal et il n'avait même pas attendu que les choses prissent le caractère incohérent qui se dessina à l'occasion des démarches de Nowossiitzoff. Ses premiers soupçons remontent, comme sous l'action d'un pressentiment remarquable, à l'heure exacte où, dans les lettres autographes et confidentielles que nous avons produites, François II et Alexandre 1", en 1804, établissaient entre eux les bases primordiales de l'alliance. Par différents actes de l'Autriche qui allaient à l'encontre du traité de Lunéville, l'attention de l'Empereur avait été attirée sur ce qui se passait à Vienne. Il disait alors à Talleyraud : « Ecrivez à M. de Cobentzel, ambassadeur d'Autriche à Paris, une lettre dans laquelle vous lui direz que l'empereur des Français n'a pu être indifférent aux acquisitions importantes de la Maison d'Autriche; que le principe de pouvoir acquérir des souverainetés, à prix d'argent ou par tout autre moyen, ne peut être admis; qu'elle vient d'acquérir Lindau et qu'il est question de réunir en Souabe ses possessions pour en faire une souveraineté ; que le but des stipulations de Lunéville et de Ratisbonne a été d'éloigner les frontières des deux Etats, afin d'éviter le plus possible des discussions... que du reste je ne puis voir dans cette conduite qu'une envie de me tracasser à coups d'épingle, manières indignes de grandes puissances éclairées et voisines qui devraient avoir appris à se ménager et à traiter les affaires qui les regardent avec plus de sérieux, plus de considération et moins d'incartades... Beaucoup de choses me font penser que la Cour de Vienne met plus de duplicité dans sa conduite que vous ne croyez. Elle était instruite de la conjuration; elle élevait le ton en conséquence (1). «

En janvier 1805^ le gouvernement français dut s'intéresser de nouveau à certains mouvements militaires de l'Autriche. Nous

(1) Correspondance de Xapoîéon I\ L\, 'V53-455.

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savons aujourd'hui qu'ils se raltachaient aux mesures secrètes concerlées avec la Russie pour frayer le chemin de la coalition.

Impatients de faire avancer leurs troupes sur l'échiquier de la future guerre, les Alliés estimaient que tous les prétextes seraient bons pour déjouer la surveillance de la Cour des Tuileries; mais celui de ces prétextes qui fut choisi dépassa les bornes permises. Vers la fin de 1804, un bâtiment venu d'Amérique avec un chargement de coton entra dans le port de Livourne; son équipage était atteint de la fièvre jaune. L'alarme fut bientôt générale dans la haute Italie et, de proche en proche, les Etats qui semblaient le moins exposés à la contagion s'empressèrent d'établir des cordons sanitaires sur leurs frontières. L'Autriche en forma aussi sur les siennes. On put croire d'abord qu'elle ne cherchait qu'à se garantir de l'invasion du fléau; mais bientôt on apprit qu'en réalité elle transportait sur TAdige (les masses importantes de troupes et d'artillerie; qu'on préparait même la formation d'un camp dans le Frioul, sous le commandement du général Mack. Le cordon sanitaire se chiffrait par quatre-vingt mille hommes environ (1).

Des explications furent demandées à M. de Cobentzel. Celui-ci répondit qu'on prenait à tort ombrage d'une simple mesure quasiment domestique, d'un armementcontre la fièvre jaune. « La fièvre jaune, ajoutait-il d'un ton badin, n'est-elle pas l'ennemie de tous les gouvernements (2) ? jî Napoléon lui-même dans une lettre amicale du 1" janvier 1805, crut devoir prévenir François II K que la formation d'armées en Carniole et dans le Tyrol l'obligeait à une réunion d'armées en Italie et sur le Rhin... opérations très coûteuses pour les finances des deux pays, observait-il, et qui ne produiraient que de nouvelles charges pour les peuples (3) » . Pour qui sait, comme nous, à quelles trames

(1) Comte DE Garde.v, Histoire des traités de paix, IIII, 358.

(2) Bi(;\ox, IV, 20:i; A. Lefebvre, 11,33.

(3) Correspondance de Napoléon /", X, 99.

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