DÉPART DE L'EMPEREUR POUR STUTTGART
brisés, ma maison électorale était menacée d'éprouver le triste sort de tant de maisons princières qui doivent vivre de la charité des autres Cours et jouissent, comme d'une aumône, de la somme d'argent qu'on leur a accordée. Mon pays devait être traité en province conquise par l'armée française victorieuse; il devait être condamné à fournir huit millions de contributions, deux mille chevaux et autant d'hommes que l'on aurait jugé nécessaire pour les équipages de l'artillerie et les autres besoins de l'artillerie (1). «
A cette lecture on se représente tout de suite les armées françaises, en nombre formidable, faisant irruption soudaine dans les Etats du Wurtemberg, canonnant, prenant d'assaut les résidences d'un prince surpris au sein d'une douce et ignorante quiétude. Et par les brèches on voit entrer le Napoléon bien conforme à l'image de l'histoire, altier, impitoyable, abusant de sa force, mettant son poing sur la gorge d'un pauvre Electeur désarmé et lui arrachant un traité d'alHance. Ce spectacle émouvant, évoqué par la harangue de l'Electeur, a le défaut de n'être nullement en rapport avec la vérité des faits; car, contrairement aux assertions solennelles de Frédéric 11, Electeur du Wurtemberg, aucune contrainte ne fut exercée sur lui, pas plus qu'aucune surprise n'avait eu lieu à Ludwigsbourg.
Depuis de longs mois Frédéric II avait cherché à se joindre aux ennemis de la France. L'Autriche et la Russie s'étaient bornées à lui tenir des discours vagues, indifférents, presque dédaigneux. En réponse à ses appels pressants on avait laissé entendre que le meilleur parti pour lui serait d'attendre, de ne se mêler de rien. Quant à la Prusse, également sollicitée, elle avait observé un silence complet. En réalité ni l'Autriche, ni la
(1) D' Vox ScHLOssBERGER, Dev AlUanzcertrag des Kurfûrsten Friedrich von Wurtemberg mit dem Kaiser Napoléon, Besondere Beilage des Staats-Anzeigers fur llùrtembeig, n° i8.
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Prusse ne s'étaient souciées de prendre des engagements vis-àvis du Wurtemberg. On n'avait pas voulu dire ce qu'on ferait de lui après la guerre. Chacun à part soi sans doute, avait pensé en grignoter un morceau, et qu'après cela cet Electorat deviendrait ce qu'il pourrait.
Tout antre était l'attitude de la France qui offrait une alliance ferme, offensive et défensive, et promettait à l'issue de la campagne un agrandissement considérable et l'érection de l'Electorat du Wurtemberg en puissance indépendante et solide. Il n'est donc pas fort extraordinaire qu'en cette conjoncture l'Electeur ait prêté une oreille assez attentive aux propositions dont Napoléon venait chercher la ratificalion. L'événement ne larda pas à démontrer à Frédéric II que ses propres intérêts étaient liés à notre cause. L'Autriche, qui s'était prudemment gardée de rien promettre à ce petit Etat, pas même l'intégrité, avait déjà commencé de l'envahir, de le rançonner, d'y réquisitionner et de le ravager bien avant l'arrivée des Français sur son territoire (I).
Sorte de cloison entre deux armées belligérantes allant à la rencontre l'une de l'autre, le Wurtemberg subissait son sort, inévitable il est vrai, mais à défaut d'ambition le simple instinct de conservation devait le jeter dans les bras du parti qui seul lui assurait protection et bénéfices. Cette explication suffirait amplement à justifier la conduite de Frédéric. Point n'était besoin, semble-t-il, à moins de motifs secrets, de dramatiser les choses. En tout cas l'empereur des Français ne pouvait être regardé comme un intrus lorsqu'il se présenta chez l'Electeur le 2 oclobre, car voici les préliminaires de sa démarche :
Le 21 août, M. Didelot, ministre de France à Stuttgart, avait fait la première demande d'alliance. Trois jours après, le 30, il
(1) D'' Von Schlossberger, Die Beschwerden cler Kurfûrsten Friedrich von Wurtemberg ùber Oesterreich iîi octobre 1805, Bei/age, n° 2 des Staats-Atizeitfers.