‹ Napoléon et la paixChapitre 9 sur 148 · LA SOUPLESSE OPPORTUNISTE DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

LA SOUPLESSE OPPORTUNISTE DE LA PRUSSE

Prusse, qui, selon les traditions classiques de la diplomatie, n'hésite pas pour en tirer certains bénéflces à faire briller des espérances qu'elle est bien résolue à ne pas réaliser. Le discours lenu par la Prusse, ne l'avons-uous déjà pas entendu plusieurs fois? N'est-ce pas à ce langage dont elle fait aujourd'hui parade qu'elle fut sourde si longtemps? \e sont-ce pas, retournées à la France, les paroles des Rewbell, des Caruot, des Larévellière- Lépeaux, des Barras, des Bonaparte? Rien n'y manque, pas même la demande de déclaration publique d'amitié, pas même l'offre de la dignité impériale au chef du goui ernememt, si son ambition va jusque-là, \oyant reparaître la possibilité d'une entente et flatté probablement aussi des avances d'un roi, Napoléon ne marchanda pas ses bonnes grâces. Il reçut Lucchesini avec des attentions très remarquées, et celui-ci a constaté comme un premier triomphe qu'au dîner offert au corps diplomatique il était placé à la droite du général Bonaparte (Ij.

Vers cette époque, croyant tenir enfin la réahsation de son rêve franco-prussien, le Premier Consul cherchait à provoquer une occasion qui lui permît de faire la connaissance personnelle de Frédéric-Guillaume III (2), Tout ce qui, de près ou de loin, touchait à la Cour de Berlin était comblé d'égards, de prévenances. Venait-il à Paris un officier prussien, le capitaine von Schack par exemple, on lui donnait une place d'honneur à la revue passée le jour de l'anniversaire de la bataille deMarengo? Il était invité à dîner par Napoléon, qui le faisait venir à côté de lui, ne savait quelles marques particulières de confiance lui témoigner et lui exprimait son estime pour l 'armée prussienne (3) .

Il convient de dire qu'en ce temps la Prusse avait procuré de grandes satisfactions au Premier Consul, d'abord en signant la

(1) Arc/lires royales pntxsietines, etc., II, 11.

(2) Masse.vkach, Historische Denktviirdif/keiten, I, 25.

(3) CoLM.iR vo\ DEii GoLTz, Rosbuch et létia, 323.

ligue de neutralité maritime dirigée contre l'Angleterre (I), puis, le 20 mars 1801, en ordonnant à ses troupes d'envahir le Hanovre (2). Cependant ces deux actes n'avaient été nullement accomplis dans l'intention directe de favoriser la politique française. Le premier ne fut signé que sur l'injonction réitérée de la Russie; le second fut exécuté sur un ordre également formel, car le Tsar mettait alors furieusement en œuvre sou animosité contre le Cabinet de Londres. Le 11 mars, il avait expédié par courrier deux rescrits signés de sa propre main : 1" au baron de Krudner, pour lui ordonner d'insister auprès de la Cour de Prusse afin qu'elle se décidât, dans l'espace de vingt-quatre heures, à faire occuper par ses troupes l'EIectorat de Hanovre ; en cas d'une réponse négative, l'ambassadeur aurait dû quitter Berlin; — 2 à M. de Kolitscheff, pour lui enjoindre d'inviter le Premier Consul à faire entrer les troupes républicaines dans l'EIectorat de Hanovre, au cas oîi la Cour de Berlin eût hésité à y faire entrer les siennes (3). Dans cette alternative d'occuper le Hanovre pour ne pas s'attirer le ressentiment du Tsar, ou de le voir envahir par les Français sans pour cela éviter une rupture avec la Russie, la Cour de Berlin, se résignant à contrarier l'Angleterre, fit entrer ses troupes dans l'EIectorat, mais non toutefois sans avoir d'abord pris quelques ménagements envers le Cabinet britannique. Un ministre prussien affirme, dans ses Mémoires, que l'occupation du Hanovre n'aurait eu lieu qu'après entente favorable avec l'Angleterre (4). Cette assertion a été confirmée parles ministres anglais à Otto, agent de la République française à Londres (5) ; elle a été aussi corroborée par l'empressement extraordinaire que mit, quelques mois plus tard, la

(1) V. DE Martexs, Recueil des traités de la Russie, VI ; Allemagne, 295.

(2) BiGNON, Histoire de France depuis le 18 Brumaire jusqu'au traité de nisit, I, 417.

(o) Arcinces impériales russes, etc., L\\, G72.

(4) Mémoires d'un homme d'État, VIII, 126.

(5) Arc/lires 7-oi/ales prussiennes, etc., II, 44.

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