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LA DEFAITE DES ALLIES

figure ruisselaule du sang de sa blessure au front, retourne vers Napoléon pour lui annoncer que la garde impériale russe n'existait plus, que les drapeaux, les canons et le colonel Repnine, commandant les chevaliers-gardes, étaient au pouvoir des Français (1).

Le désordre des armées alliées était inexprimable. Les Autrichiens se sauvaient de tous côtés en jetant armes, chapeaux, bandoulières; les retardataires tendaient les mains en demandant grâce aux Français. Les maréchaux Davout, Bessières balayaient les plaines d'Austerlitz. Partout, d'un élan unanime on tombait sur les ennemis sans les compter. « Les braves de la division Friant, qui franchirent un trajet de trente-six lieues en moins de trente-six heures, surent aussi se multiplier sur le champ de bataille pour faire tète et l'emporter sur un ennemi cinq ou six fois plus nombreux et qui s'était flatté de la victoire. Si cette faible division eut près de mille quatre cents hommes hors de combat, elle en fit perdre des milliers aux alliés (2). --i La ligne ennemie n'était pas plus tôt trouée eu un endroit que le général français victorieux se reportail avec rage sur les bataillons encore intacts, landamme infatigable poursuivit une dernière division russe. Celle-ci, accoutumée à la solidité des glaces de Russie, s'engagea sur un petit lac gelé dont la glace se rompit avec fracas et l'on vit, spectacle horrible! deux ou trois mille hommes, trente-huit pièces de canon, chevaux, voitures, s'engloutir au fond de l'eau qui elle-même semblait s'entr'ouvrir pour consommer la ruine de l'armée russe (3).

(1) Mémoires fin généra/ Rapp, p. 62.

(2) Correspondance du maréclial Davout , I, 22'('.

(3j Plusieurs auteurs ont dramatisé ceUe catastrophe. L'Empereur, d'après eux, aurait dirigé lui-même le feu de vinjjt pièces de canon sur la glace pendant que les Russes s'y trouvaient. Il aurait ainsi transformé en une boucherie atroce cet accident déjà suffisamment effroyable par lui-même. En ne nous conformant pas à cette version, nous n'avons eu nullement l'intenlion de passer sous silence un fait de nature à montrer Xapoléon sous un aspect inutilement cruel, si toutefois en matière de carnage il y a lieu de se préoccuper des nuances ou des atténuations.

Vers quaire heures de l'après-midi, était finie celte mémorable et sanglanle bataille où l'armée française, inférieure de vingt mille hommes à ses ennemis, triompha en conservant pour ses trophées de gloire quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux et plus de trente mille prisonniers (1). « Quant aux hommes qui se sont distingués, dit l'Empereur dans le 30' Bulletin, c'est toute l'armée qui s'est couverte de gloire. »

La nuit hàlive de la saison avait enveloppé le champ de bataille. Quand le vacarme des combats eut cessé, on n'entendit plus que les lamentations de douleur ou d'agonie des malheureux blessés, les appels suppliants de ceux qui cherchaient à se dégager du poids d'un ou plusieurs cadavres sous lesquels ils étaient à moitié ensevelis. Tous les maréchaux et leurs troupes achevant la déroute de l'ennemi, l'Empereur était resté seul avec son escorte dans la plaine lugubre. Ni l'orgueil légitime d'une gloire incomparable, ni l'impatience naturelle de lancer à travers l'Europe la nouvelle d'une victoire décisive ne sont les préoccupations de son âme, en celte heure grandiose de son

La vérifé est que l'aulhcnticilé de cette canonnade meurtricre nous paruîl fortement douteuse. Le trentième Bullrlin dit, il est vrai, que l'Empereur se porta avec viaj;t pièces de canoa contre les positions de l'ennemi acculé au lac; mais il ne mentionne en aucune façon que ce furent nos boulets lancés sur la glace qui causèrent la perte des Russes. Il n'existe pas la moindre affirmation ou allusion de ce genre cliez Mathieu Dumas, qui a donné la critique la plus sérieuse et la plus documentée des opérations de la journée. Cet éminent écrivain militaire, témoin et acteur des guerres dont il parle, n'était pas à coup sur un thuriféraire de l'Empereur. Langeron, émigré et général au service de la Russie, à Austerlitz, n'en souffle mot. Enfin Waller Scott (*) non moins hostile certainement s'exprime sous la forme dubitative en disant : « La glace se rompt sous le poids des Russes ou celui des boulets ennemis. >

(*) Histoire de Xnpoléon, \ , 239.

(1) Voir les Bulletins de la Grande Armée ; Mathieu Dlm.as, Précis des événements militaires, 1805; Jomi.vi, Vie de Xapolèon ; le Général Vandamme et sa Correspondance ; Mémoires du duc de Hoviç/o ; Mémoires de Joseph de Maistre (Correspondance sur la bataille d'Austerlitz) ; Mémoires du (jéitéral Rapp ; Mémoires du général de Séyur.

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