LES MEXSOXGES DE LA PRUSSE
promeltre la Prusse... que jamais elle ne s'est engagée ainsi qu'on le dit (1) 5? ,
11 ne faudrait pas croire que ces contre-vérités, ces dissimulations, ces tromperies fussent la reproduction de ce qui se passe nécessairement dans les coulisses de la diplomalie. Napoléon, en ce qui le concerne, ne se livra pas à ces expédients fallacieux. Nos archives sont au moins autant que celles de Prusse accessibles au public; on peut y lire la volumineuse correspondance de l'Empereur avec ses ministres, celles des ambassadeurs avec leurs chefs respectifs ; un nombre de Mémoires contemporains égal et même supérieur a été publié chez nous; nulle part, nous pouvons l'affirmer, on ne retrouvera la trace de machinations occulles entre l'Empereur et ses agents pour faire tomber dans un piège un souverain étranger. Loin qu'il s'abaisse à de semblables moyens, ses instructions au contraire sont d'une franchise invraisemblable tant il y met de simplicité et de hardiesse et tant elles reflètent ûdèlement sa pensée.
C'est le 14 novembre 1805, à cinq heures du matin, que le comte de Haugwilz avait quitté Berlin afin de rejoindre Napoléon qui était à la tête de son armée dans les plaines de la Moravie. Ostensiblement, l'envoyé du Roi allait oflrir la médiation de la Prusse, mais en réalité sa mission consistait à endormir la vigilance de Napoléon pendant que la Prusse complétait ses armements. Signataire de la convention de Potsdam, annexe véritable du traité principal de coalition, la Prusse n'avait le droit de conclure la paix que du consentement de tous les aliiés. C'était par conséquent et uniquement le programme de l'Angleterre, c'est-à-dire l'abaissement de la France, a reslitulion de ses conquêtes, le rehaussement de ses provocateurs incorrigibles, que la Prusse avait l'audace de soumettre à l'acceptation de l'empereur des Français. La Prusse, ni personne, ne pouvait
(1) Archives du ministère des Affaires Etrangères, Prusse, 237. (Xefij{urc pas dans la publication ullemandc de Paul Baillcti.)
sérieusement avoir la pensée qu'un chef d'Empire, victorieux à miracle, allait obtempérer à un ultimatum de ce genre. Aussi bien est-il permis de dire que la démarche du comte de Haugwitz n'était, par une véritable profanation, qu'une façon de se jouer des nobles sentiments qui devraient animer un prince à l'aspect de centaines de milliers d'hommes prêts à s'entr'égorger.
Cependant l'initiative d'une intervention pacifique de la part de Frédéric-Guillaume parait si naturelle, soit au point de vue des intérêts du peuple prussien, soit au point de vue d'une simple pensée d'humanité, qu'il faut apporter ici la preuve formelle des intentions sournoises de la Prusse. Elle ne sera pas difficile à fournir. Le comte de Haugwitz d'abord va lui-même nous l'offrir par son propre témoignage donné, en 1806, quand il faisait ses confidences au chevalier de Gentz. « S'il a jamais existé une puissance que nous ayons eu l'intention de tromper, c'est la France, a-t-il dit alors, La nécessité nous en avait fait une loi. Nous avons constamment voulu le bien des autres. Après tous les malheurs que nos amis avaient éprouvés autour de nous, il nous paraissait sage de ménager à l'Europe aux abois une dernière ressource intacte... Nous étions déterminés et préparés au combat et nous y serions infailliblement entrés si la bataille d'Austerlitz et ses suites, et surtout si la retraite et la volonté expresse de l'empereur de Russie n'en avaient pas détourné le Roi(l). » Il est à peine besoin de remarquer que l'hypothèse d'un accommodement avec la France n'entre même pas en ligne de compte, c'est « infailliblement » que la Prusse était déterminée à nous faire la guerre. Cela va être démontré de la façon la plus positive par les citations suivantes.
Après ce qu'il disait, conformément à ses souvenirs, voici ce que le comte de Haugwitz écrivait dans son Mémoire pour lui servir d'instruction lors de son voyage près de l empereur des
(1) Comte UE UAUDEN, Histoire des traités de paix, IX, 75-76. (Manuscrit du chevalier de Gcniz.)