‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 122 sur 182 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Commission de Gouvernement, accompagnée du directeur de la guerre, allait rejoindre l'Empereur à Dresde pour prendre part aux arrangements concernant la future Constitution. Depuis qu'elle avait été établie, le pays avait vu bien des changements. On avait organisé la justice sur des nouvelles bases, après avoir élaboré les principes d'une nouvelle organisation, on avait créé des juges de paix, des juges terrestres (ziemscy), une cour d'appel et une cour de cassation (cour finale). Les anciennes lois polonaises avaient été de nouveau mises en vigueur. Szaniawski, sur les ordres du directeur de la justice et de la Commission, s'occupait à la même époque de la traduction du Code Napoléon en polonais. D'après le plan d'Alexandre Potocki, directeur de la police, on avait créé une assurance contre les incendies. Dans toutes les villes et dans les domaines nationaux, l'assurance était obligatoire, pour les biens privés elle était facultative. Varsovie avait une autonomie municipale, elle avait le droit, u selon la Constitution de 1791 >^, d'élire un président, et le staroste Lochocki fut élu président de la ville.

Toutefois, s'il y avait déjà un germe d'organisation stable au sein de la Commission, il n'y avait pas cependant de plan bien arrêté sur laConstitutionàpromulguer. On croyaitgénéralement à la nécessité de rétablir la Constitution du 3 mai, mais les avis étaient partagés. On avait donné plusieurs

mois avant le voyage de Dresde, une traduction française de cette Constitution à Maret.Batowski en allant à Tilsit devait en prendre un autre exemplaire pour Talleyrand; l'ayant oublié, il la traduisit lui-même pour le ministre des relations extérieures '. Une partie de la commission était pour le rétablissement pur et simple de cette Constitution, l'autre, surtout Potocki et Wybicki, croyaient nécessaire d'y introduire quelques changements. On avait cependant (d'après Wybicki '^), élaboré à Dresde quelques points qui devaient servir de base pour une Constitution.

Cette question de l'organisation future de la Pologne dans son ensemble devait intéresser l'opinion publique polonaise, aussi bien que celle de l'Europe, L'Europe, la France surtout, s'occupait depuis longtemps de ce problème. Les réformateurs, politiques et sociaux, croyaient y trouver un champ d'exploration, un endroit propice à des essais. Leur attention se tournait de ce côté depuis un demi-siècle toujours avec le même intérêt. La question polonaise ressuscitée, on verra un nouveau Rousseau se mettre à l'œuvre.

Dans une lettre adressée àKosciuszko (« Essai sw la nouvelle Constitution à donner à la Pologne »), un auteur « inconnu », après avoir montré que les Polonais doivent demander à l'Empereur la restauration de la Pologne dans ses limites d'avant 1772, et soulever la masse de la nation par une proclamation où tous les Polonais combattant pour l'indépendance seront déclarés libres et citoyens, se met à faire l'exposé de la Constitution à promulguer. Elle devra êtra, selon lui militaire, mais il faudra cependant déclarer que la Pologne renonce à toute conquête et à toute extension de territoire, et qu'elle ne fera la guerre que pour maintenir l'indépendance. « Comme vous serez probablement obligés de

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