‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 13 sur 182 · A U EU LIN · texte numérisé non relu

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nais, il lallait faire reparaître à côté de Dombrowski le généralissime Kosciuszko qui avait < pour lui l'opinion publique », il fallait déclarer que Napoléon veut donner aux Polonais pour souverain son propre frère et leur laisser autant que possible la forme de gouvernement établie par la Constitulilion du 3 mai I7i»i. L'auteur de ce mémoire comprend bien que Napoléon peut ne pas vouloir exécuter un plan si hardi, aussi fait-il appel à la protection du vaincjueur pour que les Polonais puissent rentrer dans la possession de leurs biens et soient admis au moins aux emplois publics.

Tout autres sont le ton et le point de départ de Montgaillard, un autre interlocuteur de Napoléon, dont le mémoire (écit le 5 novembre 1806 devait parvenir à celui-ci le 11 du mémo mois. Ce dernier envisaj^eait depuis longtemps la (Question polonaise comme un problème vital de l'Europe et surtout un problème de premier ordre pour la France. Il considérait la restauration de la Pologne comme « la mesure la plus propre et peut-être la seule efficace pour retenir la Russie au-delà des frontières orientales de l'Europe et Fempêcber de franchir désormais ces limites ». Il fallait, concluaitil, la qualilier de mesure de première nécessité, «s'il n'était plus permis d'espérer que le cabinet de Berlin consentit à opposer une sérieuse résistance à la Russie* ». Il revient sur le même sujet, mais il l'examine plus profondément, il veut résoudre celte fois le problème d'une façon définitive. Son mémoire est d'une très grande importance : Fun des plus vastes projets, la plus sérieuse de toutes les dispositions de Napoléon dans son étroit rapport avec la question polonaise, s'y trouve indiqué.

Après toutes les humiliations qu'elle a subies, la famille royale prussienne doit être l'éternelle ennemie de la dynastie impériale. Il est donc indispensable de détruire la Prusse et de rétablir par conséquent la Pologne. Cette restauration pourra affermir le nouveau système européen. Elle détachera l'Autriche de la Russie et fermera le Sund et les Dardanelles à la Grande-Bretagne et à la Russie.

1. Aff. Etr. France, Mémoires, 661, f° i6' (10 septembre 1806 . Lacroix, p. 303.

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«L'influence continentale, la force commerciale et le despotisme naval de l'Angleterre doivent même être attribués en grande partie » au démembrement de la Pologne et aux conséquences de cet acte de violence.

Pour que l'Empire puisse acquérir une prépondérance décisive, il faut rétablir la Pologne dans ses anciennes limites, occuper les villes hanséaliques, donner Hambourg au Danemark et le lier avec la France.

Ce plan sera pas trop difficile à réaliser; la Prusse et l'Autriche ne sont pas en état de résister. Reste la Russie; pour peu qu'elle soit inquiétée ou menacée sur la mer Noire, elle sera réduite à évacuer la Pologne. Cette restauration contribuera au surplus à prolonger et à affermir l'existence de l'empire ottoman.

Les ministres français ont commis la faute de permettre les partages de la Pologne. « Le remède est précisément à Tendroit où la faute fut commise; le rétablissement de la Pologne peut rejeter en Asie l'empire russe et l'effacer en Europe du rang des nations ; il doit avoir pour conséquence nécessaire, inévitable et prochaine, d'e/fectuer contre V Angleterre le blocus continental », Pour affermir ce système il faudra créer une grande flotte et détrôner les Bourbons d'Espagne *.

Voilà les grandes lignes d'un nouveau système que Napoléon adoptera désormais. MontgaiUard trace un plan gigantesque qui sera bientôt réalisé en partie : Napoléon ne prête son entière attention qu'à la partie de ce plan qui concerne l'Angleterre. Dix jours plus tard, il lance son fameux décret sur le blocus continental par lequel il va recommencer avec cette puissance une lutte à mort, une lutte qui le conduira un jour à Sainte-Hélène. Le Î2l novembre marque une nouvelle étape dans ses relations avec la Grande-Bretagne. Quant à la Pologne, il n'adopte ni le projet polonais, ni le plan de MontgaiUard. C'est au Suisse Jomini qu'il appartiendra « de trouver le plan pour la campagne présente » "-.

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