Bignon, Souvenirs
la marche du progrès. Au milieu de lalmosphère silencieuse des gouvernements absolus, la Diète de Varsovie devenait une véritable tribune, et les changements opérés en Pologne obligeaient les autocrates à entrer dans la voie des réformes (l'édit sur les paysans en Prusse fut une conséquence du nouvel ordre des choses à Varsovie).
Napoléon reprenait l'œuvre de régénération nationale, interrompue depuis 179:2, mais le Statut, adapté aux nécessités nouvelles, ne rappelait aucunement la constitution du 3 mai 1791, Il était plutôt imprégné de l'esprit des constitutions de l'empire, tout en conservant l'extérieur de l'ancienne Constitution polonaise. Napoléon ne tenait compte ni des conditions locales ni des traditions nationales, il transportait en Pologne les institutions du régime moderne, une monarchie semi-autocratique avec des concessions apparentes aune nation, habituée depuis des siècles à une autonomie nationale.
Dans son ((ExposédelasituationdeTEmpire français en 1806 et 1807» présenté le i>l août 1807 au Corps législatif, Napoléon caractérisait ainsi son œuvre : « La portion de la Pologne qui avait mérité notre reconnaissance », disait-il, « a acquis son indépendance et recouvré ses droits. Une Constitution sage et libérale remplace son anarchie constitutionnelle. Cette généreuse noblesse qui, de son propre mouvement, a marché au-devant de son législateur, pour rendre la liberté à ses compatriotes a acquis de nouveaux titres à l'estime de l'Europe. Trois millions d'hommes sont redevenus libres et ont retrouvé une patrie; cet article seul de ses lois nouvelles place la Constitution de Pologne sous la garantie de tout ce qui professe en Europe des idées libérales et des sentiments élevés* ».
La Commission, en quittant Varsovie, laissait le pays sous l'empire d'une vive émotion. On était inquiet et mécontent à
1, Corresp. deXap., XV, 675, n° 13.063, voir H. Fisher Studie in napoleonic statesmanship germcmy Oxford 1903, 149 et suiv.
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Varsovie; la nouvelle (.lesanangemenls de Tilsit y était arrivé jetant le découragement dans tous les cœurs. Le Directoire, luisant par intérim les fonctions de Gouvernement, crût nécessaire de i>ublior une proclamation, qui était empreinte de lésignalion et d'une certaine tristesse, c. Citoyens, écrivait l.ubienski, dans une lettre ouverte du 18 juillet, ^ vous avez tait tout ce que l'amour de la patrie, Ihonneur et l'exemple de vos ancêtres exigeaient de vous: vous avez levé toutes les difficultés; vous n'avez point hésité à sacrifier votre vie, vos l)i»Mis et les biens les plus sacrés de la nature pour le bonheur de la patrie et pour obtenir de nouveau le nom polonais. Un seul mot de S. M. l'Empereur des français vous a tous armés, son vaste génie vous assure la victoire; par votre fermeté toutes vos entreprises seront couronnées de succès; méprisez tous les faux bruits que répandent les ennemis invétérés de Votre jjatrie, la grandeur d'âme de Napoléon est votre égide ». El un peu plus loin : « Ayons en lui une conliance sans bornes, c'est le seul moyen qui puisse nous assurer sa bienveillance»^ C'est là le seul mot que Lubienski trouve à dire à ses concitoyens pour les ranimer. Tout le monde s'affligeait vivement de la perle de Bialyslok, do Varmie, de la cession de la basse Vistule et de l'incertitude dans laquelle on était au sujet du Sort de quelques districts du département de Bromberg; on voyait dans les distributions de biens aux généraux français une dissipation des richesses du pays; on envisageait avec effroi l'étal du trésor. Le Directoire partageait les sentiments et le mécontentement de la population; c'est à cause de cela qu'il avait lancé cette proclamation-.
Cet état d'esprit n'avait pas changé. L'inquiétude, le manque de nouvelles ne cessaient pas de harceler tout lo monde, Lubienski envoyait à Dresde l'un après l'autre des rapports dans lesquels il communiquait à la commission tout ce qui se passait à Varsovie. Il signalait le mécontentement de la population et celui de l'armée. « Nous prions Dieu », disait-il, (' qu'une nouvelle quelconque arrive pour apporter un peu de