Mémoire de Neyman
a] Présenté à Talleyraml, Varsovie, 12 février 1S07.
Les Polonais de Gouvrineinonts Je kiow , de Podolie et d'une grande partie de la Volliv nie m'avaient envoyé à Varsovie pour que je tâche, rn personne ou par entremise de V. E. de faire agréer à S. M. l'Empereur le Grand Napoléon et le zèle qui les guide à servir S. M. I. et les avantages que la Grande Armée pourrait obtenir si le projet que j'ai riionneur de communiquer à V. E. pouvait être mis à exécution.
Presque tout l'intérieur de la Russie est dégarni de troupes qui se sont portées toutes à la rencontre de l'armée française et particulièrement les gouvernementsde Volhynie,de Kiowie, de Podolie ainsi que celui d'Odessa ne comptent dans toute leur étendue plus «l'un régiment et demi de la cavalerie légère.
Le pays par la Volhynie se trouve rapproché des positions que garde l'aile droite de la Grande Armée, et par la Podolie, il est limitrophe de la frontière de Turquie. La Pologne autrichienne, par des raisons de politique devant peut-être rester encore quelque temps détachée du corps entier de la Pologne et l'état neutre de ce pays empêchant les mouvements qu'on pourrait exécuter sur le flanc ou sur les derrières de l'armée russe, ainsi mes commettants, voyant l'urgence du cas et calculant qu'une diversion sagement combinée par le soulèvement de ces quatre gouvernements porterait un coup mortel à l'armée russe, se sont décidés à faire une levée en cas que leur dévouement entra {sic) dans les vues de S. M. I. des Français. Pour mettre en mouvement cette insurrection, il faut
202 NAPOLKON ET LA POLOriNK.
qu'un corps français composé en majeure partie de troupes légères à cheval partît à l'aile gauche de Tannée russe et, passant la frontière autrichienne pour l'appui de sa marche, se portât rapidement vers la Volhynie et se dirigea vers Krzemieniec, Mikolajowice, Miedzyboz et Kamieniec Podolski. Chemin faisant, en cas d'une poursuite par les Russes, un détachement de troupes légères à cheval s'avancerait toujours dans le pays, dans la même direction et trouverait vers les points indiqués des Polonais qui n'attendent que l'apparition des troupes françaises pour commettre un mouvement. Maîtres de la lisière contigue aux frontières d'Autriche, de cette chaîne une fois mise en mouvement, en envoyant vers l'Ukraine, Kiow, Odessa, de petits détachements, tout ce pays-là tomberait entre les mains de Français et c'est vraiment un grenier d'abondance de Russes, puisque tous leurs magasins s'y trouvent et le pays abonde en grains et bestiaux de toute espèce.
Non seulement cette opération priverait les troupes russes de leurs subsistances, mais encore faciliterait une communication directe avec les Turcs, qui à ce que je présume, d'après les nouvelles que nous avions de très bonne source, devraient dans ce moment-ci se trouver très près des frontières de la Pologne.
Arrivé à Varsovie le 5 février, j'ai communiqué dans une lettre l'objet de ma mission à M. le général Suchet, sous les ordres de qui j'ai fait plusieurs campagnes à l'armée d'Italie, je me suis servi aussi d'autres personnes adonnées d'àme et de cœur à la prospérité et le bonheur de son pays et de nos libérateurs, et qui avaient déjà eu l'avantage d'entretenir V. E. de ma mission et auront l'honneur de remettre à V. E. dans la journée d'aujourd'hui des observations et des exposés plus détaillés.
Je resterai à Varsovie pour attendre ici les ordres de V. E. en cas que les offres de mes compatriotes fussent acceptés, devant servir de guide au corps destiné à cette expédition ou faire tout ce qu'il me pourrait être ordonné par rapport à ma mission.
{Aff.Etr. Pologne, Covresp., 324, f. 50-1.)
h Extrait d'une lettre de Neyman à Maret. Varsovie, 13 février 180T.
Déjà libres et indépendants toute notre animadversion doit se porter vers nos compatriotes qui se trouvent sous le joug des Russes. Il est ainsi que cette tâche est déjà remise au(x) membres de la Commission suprême, MM. Gutakowski et Stanislas Potocki, personnages illustres et respectables.' Qu'ils en soient occup es de leur côté, mais pour que V. E. soit plus sûr du fait, daignez. prendre en considération mes idées.
Parmi beaucoup d'autres personnes très distingué(e;s, nous en avons à Varsovie cjualre qui par leur zèle, l'aptitude au travail, les lumières et les connaissances presque dans tous les genres de sciences, et dont un parmi eux en cas de besoin peut être envoyé «lans le pays polonais sous la domination des Russes, vu quil a sur l'èsprit de(s) conjurés le plus grand pouvoir, je crois donc que V. E., rassemblant auprès de lui ces quatre personnages, pourrait en former une espèce de comité diplomatique qui l'aidera dans les travaux concernant notre pays et, comme ce sont de têtes mûries, calmes et très bienorganisées, se formeront encore davantage, travaillant sous vos yeux, et nous regarderons cette école comme une pépinière de notre corps diplomatique à l'avenir. Ces individus sont MM. Kochanowski, président de la Chambre, Antoine Comte Gliszczynski, André Horodyski, tous les deux membres de la Chambre, et .Joseph Calessantin Szaniawski, assesseur au Directoire de la Justice, employé auprès de M. le directeur Lubienski.
'Arch. Saf. A. F.. IV. 1692. dos. 2. n° 183).
g. Mémoire de la Commission de Gouvernement,
joint à la lettre de .M. de TalleyranJ du 16 mars 1807.
La difficulté d'aborder la Krasnorossie, la surveillance que l'on y exerce et qui s'étend, do la part du Gouvernement russe, jusqu'en Galicie, où tout, depuis Léopol Jusqu'aux frontières, es plein de ses espions, est un des principaux obstacles à vaincre lorsqu'il s'agit d'influer sur ce pays et diminue de beaucoup les moyens qu'on pourrait y employer en les circonscrivant dans un cercle étroit, tracé par la prudence et la nécessité.
Toute communication par écrit sujette à mille hasards dont un ne saurait la garantir, est un moyen si dangereux qu'il faut se rinterdire absolument. 11 ne reste donc plus de choix et une communication directe et de vive voix est la seule à employer.
Cette communication si délicate ne saurait se faire que par une ou deux personnes, que leur honnêteté bien reconnue permet d'initier sans risque dans le secret et auxquelles leurs liaisons et leurs habitudes donnent une entrée non suspecte en Krasnorossie et qui, en même temps, possèdent la confiance des personnes auxquelles on les adresse, au point d'être crues simplement sur leur parole. L'on ne saurait envoyer à cet effet qui que ce soit directement de Varsovie, sans qu'il soit exposé aux plus violents^ soupçons et manque absolument son but.
En conséquence de ces données, voici la chaîne de communication que l'on a cru devoir établir. L'ne personne de la plus grande confiance appelée à cet effet de la Galicie, après avoir reçu les instructions nécessaires mais verbales, est repartie incessamment pour ce pays. Là elle se joindra à deux hommes marquants par
leur patriotisme, leiir^ talents, leur naissance et leur fortune et qui de plus ont des relations très importantes en Krasnorossie. <:.' Comité, auquel l'on peut s'en fier, dépêchera incessamment , pour la Crasnorossie une personne qu'on lui a indiquée et même i.lus s'il le juge à propos; mais le choix en est aussi dilficile qu'il -t imi»ortant, car il faut non seulement des gens parfaitement I honnêtes et adroits, mais si bien habitués en Krasnorossie que l»'ur abord en ce pays ne souffre aucune difficulté et que leur présence n'y donne point d'ombrai:e, enfin des hommes qui puissent librement circuler dans le pays et visiter leurs amis sans qu'on les soupçonne. Ils s'adr-.'sseront à dix ou douze personnes marquantes et disséminées dans le pays, dont le zèle pour le rétablissement de leur patrie étant bien avéré, l'on croit pouvoir en répondre, au moins est-on bien sûr que si quelqu'une d'elles rt^fuse «l'agir, aucune ne trahira le secret qui lui sera confié. Sans «l«»ute le comité de Galicie, qui a des liaisons très étendues en Krasnorossie et qui est fait pour inspirer la confiance, en indiquera encore d'autres et sera très utile sous ce rapport, ainsi que us celui d'une correspondance assurée dont il deviendra le point central, correspondance dont aucun événement ne saurait dévoiler le vrai but. C'est donc un choix bien épuré, composé d'individus connus par leur patriotisme, leur crédit, leurs noms et leurs fortunes, qui organisera sur différents points de la Crasnorossie (sans compromettre d'avance le secret, qui nécessairement doit leur être confié) des rassemblements partiels si connus ♦»n Pologne sous le nom de Confédérations.
Le moyen d'exciter leur zèle est aussi simple qu'infaillible. I/espoir fondé du rétablissement de leur patrie sous les auspices dun héros dont le génie fixe les destinées de l'Europe. Mais ce n'est qu'au moment de l'approche de son armée victorieuse qu'ils pourront agir et éclater hautement. L'on ne prévoit pas de grands obstacles à cette levée, car hors quelques mille hommes rassemblés à Kamienieck et ses environs, les Russes n'ont aucune force dans ce pays. Ainsi donc à moins de faire avancer les milices qu'ils viennent de former dans leurs anciens États ou d'évacuer la Moldavie, ils n'auront rien pour réprimer cette insurrection, qui s'étendra de main à main à mesure que l'armée françaiseavance ra.
206 NAl'oLKoN KT LA PO L(.Mi NK.
Mais avant (oui il laul se l'aire une idée de nos confédérations pour juger de leur ressource. Un homme marquant accompagné d'un parti formé d'avance, publie et fait insérer dans les actes un manifeste par lequel il proclame l'acte de confédération de tel district ou palatinal, acte signé par lui et les siens. Il se déclare en même temps lui ou quelqu'un de son parti, maréchal de cette -confédération, nomme dans l'acte des conseillers et, dès cet instant, toute autorité est censée passer entre les mains de la confédération ; ainsi donc, maîtresse absolue, elle entraîne de cré ou de force tous les genlilshummes de son district à signer un acte d'accession, elle publie un arrière-ban et prend toutes les mesures qu'elle juge nécessaires pour son armement et sa sûreté, le tout militairement et à la rigueur. L'arrière-ban une fois formé, toutes ces confédérations, ayant rempli leur but, doivent cesser.
L'on peut présumer qu'une pareille mesure, si elle est bien conduite, pourra mettre en peu de temps vingt-cinq ou trente mille hommes à cheval pour le moins, dans un pays où les gentilshommes sont en grand nombre et où les chevaux abondent. Ce premier mouvement sera à la vérité partiel, mais c'est parlà-mème qu'il peut devenir très embarrassant pour l'ennemi. Les Russes se rappelleront longtemps de la guerre de partisans que leur ont fait les confédérés de Bar, secondés par quelques officiers français, guerre sanglante dont ils n'ont pu venir à bout pendant plusieurs années et qui n'a été terminée que par le premier partage de la Pologne, précédé d'un complot de trahison à l'égard des dits confédérés, complot ourdi et exécuté par les trois puissances copartageantes.
C'est aux personnes auxquelles on s'adresse à cet effet en Krasnorossie à opérer les premières levées ou confédérations qui se multiplieront ensuite d'elles-mêmes. Leurs moyens pour cela .seront : les gentilshommes possessionnés dont ils connaissent le zèle, la petite noblesse domiciliée dans leurs terres et dans les environs, les anciens ofticiers polonais qui se sont presque tous retirés dans ce pays et dont la plupart vivent des bienfaits des grands propriétaires et n'attendent que le moment d'éclater, enfin beaucoup d'anciens bas officiers et soldats qui n'ont jamais voulu prendre service sous les Paisses et qui sont répandus dans le pays. Au reste il ne faut pas être en bien grand nombre pour commencer
et mellre le ffu aux étoupes, dans uii pays aussi mal gardé que celui-là. L'oxplosiou faite, le feu s'étendra et le parti grossira à vu dVi'il, le nom surtout de TEmpereur sera un point immanquable de ralliement pour des gens qui n'ont et ne peuvent avoir d'espoir qu'en lui pour le rétablissement tant désiré de leur patrie.
L'armement du palatinat de Kiow et de celui de Braclaw, fraîchement effectué par les Russes et que des personnes nouvellement arrivées de Krasnorossie affirment comme certain, portant même à 30 mille hommes le nombre de cette milice, est une mesure dont les Russes pourraient bien se repentir à l'approche de l'armée française. Mais on n'ose les croire dupes jusqu'à ce point, d'autant plus que l'on est sùi <iue cette mesure n'a pas eu lieu dans les autres provinces polonaises usurpées par les Russes. Ils ne peuvent guère compter sur l'affection du peuple. Sa partie la plus nombreuse professant jadis la religion grecque unie, aujourd'hui schismatisée par le Gouvernement, s'est vue non seulement trompée dans l'attente d'un sort plus doux (appât que les Russes ne cessaient de lui ofl'rir), mais livrée par eux au plus dur esclavage.
Les cosaques de l'L'kraine, nation brave et spirituelle, se ressentent vivement de l'appesantissement de ce joug et ne demandant pas mieux que de le secouer, pourraient bien suivre l'impulsion du moment, ne fusse que pour revenir aux principes plus doux du Gouvernement polonais, que la grande majorité de la noblesse ne leur contesterait certainement pas. Les cosaques de Don ne sont pas plus satisfaits que les nôtres; ce peuple à demi nomade a des idées d'indépendance qui cadrent mal avec le Gouvernement russe. En flattant ce penchant il ne serait pas impossible de le mettre de la partie, vu surtout la proximité des lieux.
Tels sont à peu près les moyens locaux que la Krasnorossie méridionale peut offrir et qui peuvent être mis en jeu dès que l'armée française aura paru dans ces contrées. Le temps et les .succès pourront sans doute en développer de plus puissants, mais comme ils ne. sauraient être qu'un résultat progressif des premiers, c'est à ceux-ci que nous nous bornons strictement.
L'on ne saurait proposer aux Krasnorossiens et encore moins sattendre de leur part à une levée de boucliers avant qu'ils se sentent f'paulés par une force capable de protéger leurs premiers efforts. Eh ! qui d'entre eux (à moins que d'être dénué de tout moyen
voudrait risquer une existence certaine sans un espoir fondé du rétablissement de sa patrie, espoir qui ne germera dans leurs cœurs qu'à l'apparition d'une armée française? C'est l'unique dédommagement que la noblesse de ce pays puisse se proposer en renonçant aux avantages, bien que barbares, dont elle jouit sous le Gouvernement russe et en risquant une existence assurée.
La présence d'un général fameux par de brillants et constants succès, vainqueur des Russes, s'avançant à la tète d'une armée toujours triomphante sous les auspices du plus grand et du plus généreux des Monarques, proclamant en son nom le rétablissement de la Pologne, tel est le puissant talisman qui, en brisant les fers de la Krasnorossie, est le seul capable de rendre à ses habitants toute leur énergie. Ce moyen paraît immanquable, tout autre serait tenté en vain.
Des Polonais bien pensants et zélés ont du avoir présenté leurs idées sur l'objet en question, ainsi que leurs moyens d'influence en Krasnorossie. Ces idées et ces moyens ne sont pas à rejeter ; il serait peut-être convenable de les inviter à agir de leur côté, pourvu qu'ils le fassent avec la circonspection qu'exige l'importance du projet. Au moment de son exécution, ces différents moyens se confondant et se réunissant au même but concourraient ensemble à procurer l'effet qu'on s'en promet, de manière qu'ayant agi séparément(comme semblent l'exiger des considérations majeures) l'on aurait toujours agi ensemble.
Après avoir exposé tout ce que Ton a cru être d'un rapport direct avec les Krasnorossiens, il ne reste qu'à développer quelques moyens faciles d'influencer sur eux. Il serait à désirer que le général français, indépendamment du corps d'armée polonaise qui doit le suivre et qu'on croit essentielle au succès de cette opération, soit entouré de plusieurs officiers Polonais bien au fait non seulement du pays, mais aussi des rapports de ses principaux habitants, afin de communiquer pour ainsi dire directement avec eux, d'entretenir et d'exalter leurs bonnes dispositions. Il serait aussi à souhaiter que quelque Polonais de l'état-civil connaissant bien l'esprit et les usages de son pays et digne de la confiance qu'on aurait mise en lui, fut donné au Commandant général, afin qu'il put se décharger sur lui d'une partie bien importante, celle
lie la direction de l'esprit public, conformément au bien de la <:hose publique et au génie national.
Enfin il parait important que le général soit muni d'avance de proclamations en langue polonaise pour inviter tout bon citoyen à iîie lever et à concourir au rétablissement de sa patrie.
L'n article bien essentiel est celui des ammunitions et des armes <lont il faudrait abondamment pourvoir le général français, afin qu'il fût à même d'en fournir à tous ceux qui en auraient besoin, •et ce besoin se renouvellera souvent dans un pays dénué d'armes. L'on croit que, pour le moins, 30.000 fusils devraient être destinés à cet usage, en y joignant à proportion d'autres armes et ammunitions.
L'on ne se permettra qu'une réflexion (qu'on croit trop importante pour la passer sous silence) sur la roule que l'armée pourrait tenir en se portant par Brzesc sur Kamienieck. Depuis cette ville jusqu'à Dubienka, l'on compte 26 milles de poste, qu'on peut réduire à 40 lieues de France; ce pays, où l'armée ne saurait s'étendre pour les approvisionnements, car il est borné d'un coté par le Hug et la Galicie, et de l'autre par les immenses marais de Pinsk, ce pays, dis-je, bas et infertile, ne saurait fournir à la subsistance de l'armée, surtout quant à l'avoine et au seigle, car le foin, dit-on, s'y trouve en abondance. 11 faudrait donc marquer des points de l'autre coté du Bug en Galicie, tels que Wlodawa et autres lieux, où les citoyens de celte province s'empresseraient de fournir tout ce qu'ils pourraient pour l'approvisionnement de J'armée, sans qu'il en coûtât rien, mais il serait nécessaire d'employer, pour la forme, des facteurs juifs, afin de donner le change à la surveillance rigide du Gouvernement autrichien.
Bien que les récoltes ayant manqué deux ans de suite dans la Krasnorossie méridionale, l'on ne croit pas qu'il y ait aucun inconvénient à craindre pour les subsistances dans les palatinats de Volhynie et de Podolie, c'est-à-dire à partir du point de Dubienka, jusqu'à Kamienieck, mais, une fois le Dniester passé, la Moldavie n'offre de ressource qu'en fourrages et en bétail, que ies Piusses auront sans doute détruit. Quant aux grains, c'est la Pologne qui en a toujours fourni et qui en fournit sans dout^ .aujourd'hui l'armée russe.
{Arch. SaL, A. F., IV, 1681, dos. Pologne, n" 49.) Handel.sman. Hi
RAPPORTS 9. — Opinion publique.
Rapport (le Dubouchet, Varsovie, 23 déc. 1806.
Ei\ sat tachant à connaître lupin ion publique prise dans son ♦Misenible, on ne peut encore peindre «lu'imparfaitement ce qu'elle présente, mais on peut pourtant présmuer, par l'enthousiasme ;;énéral, qu'à part quelques grands seigneurs polonais dont les intérêts ne s'accordent point avec l'apparence d'un nouveau système, et à part une partie de celte populace abrutie par l'ignorance, la classe qui constitue la saine portion de la société doit, par ses lumières, ses richesses et la considération qui l'environne, entraîner avec facilité la multitude dès qu'elle le voudra.
Les Polonais ne sont pas encore bien revenus de ce sentiment de surprise occasionné par l'apparition d'une armée française dans leur capitale. L'arrivée du vainqueur, la marche imposante du Roi des rois, l'espoir de recouvrer une existence politique, tout leur tourne tellement la tête que la confusion qui peut naître d'un tel état de choses pourrait même entraîner de l'incohérence dans les opérations futures.
Ceux qui, revenus de ce premier épanchement dû à l'espérance, raisonnent sur la position actuelle de la Pologne, portent leurs premiers regards sur la situation des armées français i!). Cet examen amène les plus amères réflexions, quand on récapitule la pénurie où vont se trouver ces armées, qu'ils considèrent comme le faisceau de leur indépendance. On les voit d'un côté prêtes à
212 NAPOLÉON KT LA POL<m;NE.
l)énétrer dans la Litiiuanic et ne trouver sur leurs pas que 1rs tristes débris de la barbarie des Russes, qu'on sait déjà dévastant tous les pays qu'ils sont obligés d'abandonner; d'un autre côté, si les palatinats de Cracovie, Sandnmir et Lublin, qui, de tout temps, ont été considérés comme les greniers de ces pays-ci, continuent à être fermés pour les approvisionnements, la famine devient inévitable.
A l'appui de cet examen, viennent des réflexions qu'entraînent naturellement la localité et les circonstances. Pourciuoil'Autriclie, dans l'état de fermentation oii se trouve toute la Pologne, isol»*t-elle ses forces de la partie qui lui appartient et ne laisse-t-elbque trois escadrons de cavalerie et deux compagnies pour occuper une dislance aussi étendue que celle de Terespol à Cracovie? Elbest donc décidée à faire l'abandon de cet apanage, en cédant à l;i force des circonstances où elle est déjà d'accord avec le Ciouvernement français pour cette renonciation. Dans l'un ou l'autre d»ces cas, pourquoi donc empêche- t-elle toute communication avec ce pays-ci et se refuse-t-elle, surtout, à la circulation des vivres nécessaires à l'armée française, tandis qu'elle a toléré (jue des troupes prussiennes et russes, en quittant Varsovie,ai{enH violé son territoire à Radzimin pour se soustraire à la poursuite de Français et ai(en)t même pillé un village sur leur passage"? Ainsi raisonnent ceux qui portent un œil de détail.
Bientôt après ils examinent leurs opérations qui doivent amener un mouvement général dans la Pologne pour seconder les vues du héros qui y vient relever le trôiie des Jagellons. Sans prétendra vouloir pénétrer les vues de l'Empereur, chacun donne ses idées. Ceux qui se rapprochent le plus des probabilités, reconnaissent que les mouvements de la Pologne ne peuvent avoir quelque conséquence que quand la Galicie les partagera d'une manière active, quelles que puissent être les précautions que serait dans le cas de prendre l'Autriche pour les contrarier. Cette vaste province, appelée la Petite Pologne, pourvue en approvisionnements de toute espèce, est à même de mettre 40.000 hommes sur pied au premier signal. Pour peu qu'on seconde la bonne volonté de quelques gentilshommes qui l'habitent, devient alors le boulevard des dernières des armées françaises contre les mouvements que pourrait faire le Cabinet de Vienne: elle entn îne avec elle la Volhvnie
ANNEXES. 2fô
f l met les forces russes qui peuvent se trouver en Podoiie entre l»'s leux de l'insurrection polonaise et les armées turques, tandis qut' les armt-es françaises, en s'appuyant toujours sur la Baltique, s«* [t.irteut sans beaucoup de difficulté, de la Lithuanie en Courl.iiide .'t maîtrisent la Livonie. La Galicie est sans iorces autri- . hiennes; i»ii ne compte depuis Terespol jusqu'à Cracovie que quelques escadrons de cavalerie; // est très positif que Lublin et Samlomir sont sans troupes et que le vide s'étant {sic) jusqu'à Li'opol. Les gentilshommes de toutes ces contrées n'attendent que le moment de se lever en masse, ce mouvement se réalisera dès qu'ils verront quelques troupes pour protéi^er leur levée; les cil constances ne demandent point de retard pour une démarche qui présente dt-s résultats aussi «onséquents. Les considérations qu'on peut alléguer concernant les mesures offensives que le r.abinet devienne i)ourrait prendre à la suite d'un pareil événenji-nt. ne peuvent point se balancer avec les avantages du moment : i'^ par la libre circulation des approvisionnements pour l'armée française, qui manque déjà des objets de première nécessité et qui manquera de tout dans huit jours, si les frontières ne s'ouvrent pas; 2" la levée d'une masse d'hommes conduits en partisans qui pourraient tout de suite inquiéter les derrières >[>'> Russes du côté de Brzesk et observer ceux qui seraient dans le cas de venir sur les frontières de la Voihynie, du côté de Katno, Kowel, t-tc. Cette opération pourrait d'ailleurs se faire sans la participation apparente de la France; quelques centaines de Polonais organisés, partant furtivement d'ici, qui se jetteraient •ians le palatinat de Lublin, ébranleraient le premier mouvement; b' voisinaiîe de l'armée française lui donnerait de la consistance sans qu'on put lui imputer d'avoir pris une part active. Ce mouv«Mn»^nt, quelque petit qu'il fut, en nécessiterait positivement un div.Msif [l) dans l'aimée russe qui est sur la Narew. Celle-ci serait ..bligée de diminuer ses forces à Pultusk, pour couvrir ses derrières du côté de Nur, Wisokie Masowicki {sic), etc. On sent tout l'avantage que l'armée française pourrait retirer d'une pareille diversion. Tel est le raisonnement d'un homme qui embrasse d'un coup d'œil les opérations militaires susceptibles d'entraîner dans peu d'instants la Pologne entière, pour appuyer les succès des armées françaises.