‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 32 sur 182 · Skarbek, I, 45 et suiv · texte numérisé non relu

Skarbek, I, 45 et suiv

LA POLOGNE ET LES DEBUTS DE LA R É V(» Ll'TIUN. 31

ménage pas les dépenses pour pouvoir introduire dans la population l'élément purement germanique, absolument hostile au paysan polonais.

Les années de la domination prussienne avaient apporté le bien-être en Pologne, disent les historiens prussiens. L'agriculture florissait,les villes s'élevaient des ruines et commençaient à devenir des centres industriels. L'industrie, le commerce et l'aoriculture ont fait de grands progrès, surtout dans la Nouvelle-Silésie. En effet le pays* a changé d'aspect relativement à ce qu'il était à l'époque de démembrement, mais ce n'est pas à la tutelle où plutôt à la curatelle de la Prusse qu'il faut attribuer ce changement-. La nation reprenait des forces ; privée de la vie politique, elle les avait orientées toutes vers la production économique. Tout ce qui ne produisait pas s'amusait, perdait l'excédent de ses forces dans les plaisirs.

A part un petit nombre d'aristocrates, le Gouvernement prussien ne pût s'attacher personne. La grande masse de la nation, la petite noblesse, devaient être contre lui: privée de ses droits et privilèges, chassée des starosties, des postes publiques, de l'armée, harcelée par les grands et petits employés, voyant ses droits, sa langue, ses mœurs, sa nationalité offensés, persécutés, supprimés, elle devait être ennemie acharnée de la Prusse. Le Tiers État n'avait rien gagné sous

1. (' Les districts de Siewierz et de Lelow, réclamés à titre de la Nouvelle Silésie par le roi de Prusse contiennent 42 milles -, 13 villes. 301 villages. 12148 feux, nombre de fabriques, une population de ■.2.633 chrétiens et 2.ÛS8 juifs. On y ensemence 70.318 sclielT. On y compte 16.973 bœufs et vaches, 3.188 chevaux et 12.884brebis. » A^. Etr. Pologne Corr. 324, f'' 270. Le dépt. dePosnanie fabriquait pour 2.238. 361 écus par an. consommait 1.334.360 écus, exportait pour 727.693, Arch. Nat. A.F. IV, 1692, n° 134.

2. Uebev Preussens VericaltiDig, pp. 3-6; autrement H. v.C.,pp. 27-28. " weil man fiir die Hebung der Stadte,der Manufakturen und Fabriken in Polen durchaus vom Hofe aus nichts machte. »

le nouveau régime : son patriotisme qui s'était révélé à Varsovie et à Posen pendant l'insurrection de 179i, persistait toujours; il se trouvait froissé particulièrement par la dépendance commerciale à laquelle il avait été réduit vis-à-vis de la Prusse. La plus grande partie de la nation, les paysans, «n'était regardée que comme une chose et ne pouvait être prise en considération, lorsqu'on parlait de la nation^ ». Le serf polonais, disait Fauteur des Lettres confidentielles ^ se plaît trop dans cet état machinal et passif où il végète, dans cet avilissement où il croupit, en laissant à son seigneur le soin de penser et d'agir pour lui. Toutefois s'il était patient et incapable de résister à son maître, il était catholique ardent, ennemi des Allemands, ennemi du gouvernement protestant et comprenait (ou pouvait facilement comprendre) que c'était la domination prussienne qui avait rendu plus lourdes les corvées. La grande masse du clergé, à qui on a confisqué ses biens, malgré les rapports excellents de l'archevêque avec la cour, était contre le gouvernement. L'opposition du clergé s'il se mettait en devoir d'agir sur les paysans, pouvait devenir une force dangereuse pour l'État.

Une partie de l'aristocratie polonaise, la population allemande et surtout les nouveaux fonctionnaires, les juifs en partie, tels étaient les éléments sur lesquels la Prusse pouvait compter en Pologne.

De tous les peuples réunis sous le sceptre de Frédéric- Guillaume III en 1806, les Polonais étaient seuls à avoir un sentiment national, un esprit public qui pouvait inspirer les grands aussi bien que les paysans. Cet esprit ne les animait pas cependant pour la conservation, mais pour la perte de la Prusse".

L'esprit d'indépendance et de protestation contre les agissements perfides et la violence dont la Pologne avait été l'objet, la tendance à reconquérir la patrie par les armes en s'alliant avec la France révolutionnaire, se manifestait dans l'action des légionnaires. Les légions polonaises remplies de

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