‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 33 sur 182 · Tisons d'Hercule, I, j · texte numérisé non relu

Tisons d'Hercule, I, j

Polonais qui avaient quitté leur pays natal, pour lutter dans les rangs de la Révolution, exprimaient en partie cet esprit public et ce sentiment national qui pouvaient, qui devaient même se manifester par un soulèvement général à l'approche des ennemis de la Prusse.

Les espérances des Polonais s'étaient d'abord tournées vers la Russie. Varsovie, lasse d'attendre, était un endroit propice pour accueillir toutes les déclarations même nébuleuses, mais pleines de promesses. Le Tsar allant combattre les Français qu'il devait rencontrer à Austerlilz, s'arrêta à Pulawy, la résidence des Czartoryski. C'est alors que fut développé le grand plan de la restauration de la Pologne sous le sceptre de Romanof. Mais comme tant d'autres il n'était qu'une fantaisie passagère du chimérique cerveau d'Alexandre.

L'esprit public se manifesta tout de suite contre les Prussiens. A Varsovie «les poissardes disaient aux yeux (sic) à tous les officiers de police : votre règne n'est pas de longue durée, les Russes viendront et nous vous chasserons ^ ».

C'étaient bientôt vers Napoléon qu'allaient se tourner tous les regards. Or, si Ton n'avait pas redouté l'insurrection en 1805 en Prusse, c'était uniquement grâce à l'armée russe de Kutusov qui entrait juste à point pour inspirer l'obéissance aux Polonais '^.

l.Askenazy, Potiiatowski, 93-96, 262-3.

2. Ulmann, p. 305 Stein à Hardenberg, le 18 déc. 1805). En Russie la question du soulèvement de la Pologne était longuement discutée par les dignitaires. Recueil de la Soc. Hist. t. 82, pp. 220-1, n"- 64 ; 240, n" 73. Murât à Napoléon le 29 nov. 1806 Colbert, IV, 353-4; : « Lorsque V. M. marchait de Vienne en Moravie, le bruit se répandit aussitôt en Pologne que vous alliez déclarer son indépendance et lui donner un roi. Ce bruit parvint bientôt dans le cabinet de Pélersbourg, qui en fut alarmé. Alors l'empereur Alexandre, pour opérer une diversion en sa faveur, fit partir des émissaires pour travailler en sa faveur les esprits polonais. Un de ses seigneurs fut envoyé à Varsovie et adressé directement au prince Poniatowski pour lui faire connaître les projets de son maître et lui offrir 40 mille rixdalers pour être distribués aux officiers polonais et les insurger en faveur de la Russie, et que l'empereur Alexandre était très décidé à leur donner le prince Poniatowski pour roi. Le prince P. lui répondit: « Reportez cet or à l'Empereur et dites-lui qu'il n'a pas besoin d'employer ce moyen; quïl n'a qu'à déclarer l'indépendance de la Pologne, lui désigner qui il voudra pour roi, et tous les Polonais sacrifieront leurs vies et leurs fortunes pour défendre son ouvrage; mais sans

IIandelswan. 3

La révolution en Pologne était d'autant plus imminente que les autorités prussiennes de Pologne s'étaient montrées absolument incapables de défendre leur position. En automne 1806 on croyait encore l'insurrection peu probable et en même temps on harcelait de simples voyageurs'. Après léna ce fut un chaos complet dans l'administration, il n'était plus question que de fuir. Le manque d'initiative, la centralisation de l'organisme politique portaient leurs fruits; on ne faisait qu'écrire aux ministres. Les ordres des ministres semblaient être vagues, on écrivait pour en obtenir d'autres, on écrivait sans cesse, on n'agissait point. On ne trouve dans cette correspondance que la peur de l'ennemi et des Polonais, une préoccupation constante au sujet de l'avenir des fonctionnaires et de leur solde, et une indifférence absolue, àquelques exceptions près, à l'égard de l'État, au nom duquel ils remplissaient leurs soi-disant devoirs ^

Lorsque l'armée française entra en Pologne, tout était prêt pour la recevoir : les autorités étaient paralysées, la masse des habitants était hostile à la Prusse et attendait les événements, le prestige de la Prusse avait été anéanti.

L'arrivée des armées françaises devait soulever un enthousiasme général et modifier entièrement les conditions de la vie publique. Ce soulèvement ne s'était pas manifesté avec la même intensité dans toute l'étendue de la Pologne prussienne, mais il était généraP. C'est par les rapports des

cette déclaration l'empereur Alexandre ne doit compter sur aucun mouvement. »

1. Schottmûller, 12 * fait une erreur en voulant voir dans Bolesta et Kierzkowski (non Kierczewski) des émissaires. Voir Kierzkowski, 114 et suiv.

Page 1