Foucart, I, 70 Stettin, le 7 nov
36 NAPOLÉON ET LA POLO(iNE.
venus, la Pologne est composée de deux classes d'habitants : la première est très riche et par intérêt ne peut se séparer du roi de Prusse; la seconde, et c'est la plus nombreuse, tient le milieu entre l'homme et la brute; ce sont des êtres sans aucune espèce d'énergie. Je prie Votre Majesté de croire avec confiance aux renseignements que je lui donne sur cette nation, Je suis bien convaincu que, si on veut chercher à la soulever, au bout de quinze jours elle sera plutôt contre nous que pour nous. Je suis taché, Sire, qu'on juge l'esprit polonais dans les grandes villes; il faut considérer plutôt la misère et l'avilissement des campagnes*. » Son jugement n était ni vrai, ni impartial. Le soldat français croyait qu'il avait dit : « Le sang d'un Français vaut mieux que toute la Pologne - . » S'il n'avait pas prononcé ces paroles, du moins il pensait ainsi : il détestait la Pologne et n'y voyait point d'enthousiasme. L'exemple de Bromberg lui avait fait perdre la foi dans la possibilité d'une insurrection K S'il y avait beaucoup d'exagération dans ce jugement, il y avait cependant une part de vérité. Les provinces qu'il traversait ne s'étaient pas révoltées contre la Prusse, il y avait même beaucoup de marques d'attachement à la couronne *.
Tout autres étaient les rapports de Davout avec les Polonais. S'il était l'ami des Polonais et désirait la résurrection de ce royaume % avec l'espoir peut-être de pouvoir obtenir ce trône, s'il était pour cette campagne, qui allait commencer, il était surtout soldat. Obéissant et discipliné, il ne faisait qu'exécuter les ordres de son maître. Sans parti pris, il voulait remplir sa tâche le mieux possible, aussi, il cherchait à étudier la situation en Pologne avec une minutieuse exactitude, et faisait tous ses efforts pour la soulever. Il est en