Colbert, IV, 3ol
Sire, la joie est universelle. » Il ajoutait encore : Kosciuszko est le seul qui leur convienne ; le général Dombrowski n'y jouit pas, à beaucoup près, de la même confiance.
Il se sentait bien à Varsovie; son ambition, son penchant à briller étaient satisfaits, puis il avait prévenu son rival Davout. C'était à Murât que Varsovie rendait ces hommages, c'est à lui qu'allait appartenir le rôle d'organisateur de la Pologne, puisqu'il allait en organiser le cœur même, Varsovie.
L'enthousiasme, la joie et l'élan patriotique si vivement prononcés dans toutes les parties de la Pologne prussienne, un certain enivrement des masses, le désir d'action, mais un désir encore vague et peu défini, voilà ce qui avait lieu dans la partie du territoire, occupée par les Français, voilà ce qui caractérise toute explosion révolutionnaire. Mais la révolution, qui n'est qu'une explosion de forces depuis longtemps amassées dans le sein d'une nation, est surtout une protestation, une manifestation de la haine contre un régime odieux, une destruction de l'oppiession et des oppresseurs.
Cet esprit se manifestait sous l'aspect d'une action sage ; dans beaucoup d'endroits, on a pris et désarmé des patrouilles prussiennes. Des paysans s'étaient emparés d'un officier envoyé à Kalisch. On avait aidé les Français à prendre le fort de Lenczilza, etc. Mais il y avait d'autres cas où les sentiments animant les Polonais contre l'administration prussienne se faisaient jour avec une fureur qui souvent ne connaissait pasdemesure^ Des actesde violence, des chicanes,
1. AL SchottmùUei', en publiant les rapports de ce temps, écrits par des ennemis acharnés de la Pologne, les interprète d'une manière encore plus haineuse; il cite même un texte qui doit appuyer sa thèse^ mais il le cite en l'altérant. Ce texte dit « qu'il ne s'est manifesté aucunement le désir de massacrer les Allemands, qu'aucune fermentation générale n'a causé cette observation, mais que seules les excitations dues à des haines privées de quelques personnes d'importance ont pu attirer l'attention des chefs français; que la plus grande partie de la nation polo-
des scènes bruyantes et burlesques ont eu lieu *. Nulle part toutefois, elles n'ont dépassé certaines limites, et si les mémoires prussiens, écrits la plupart du temps par des fonctionnaires, aiment à parler de la Terreur^, il faut voir dans ces récits surtout des images d'exagération enfantées par une crainte bien légitime de représailles parfaitement méritées et qui ne se sont pas produites. Les maîtres d'hier se voient courbés sous la main de leurs sujets de la veille, d'où plaintes amères et nouvelles haines. Ils se voient privés des positions lucratives, c'est l'argument principal contre le nouveau régime.
La vérité est qu'après avoir chassé les fonctionnaires allemands, on rétablissait l'emploi de la langue polonaise, on remplaçait les aigles prussiennes par les aigles impériales, et que les anciens partisans de la Prusse étaient l'objet d'une étroite surveillance ^. On substituait en un mot les germes d'un nouveau gouvernement à l'ancien. Ces transformations étaient dictées non seulement par les sentiments hostiles delà population envers la Prusse, mais aussi par des ordres formels de Napoléon, qui demandait à ses généraux de chasser les fonctionnaires prussiens et les remplacer par les Polonais \ Ces généraux se montraient implacables pour les Prussiens, lorsqu'ils étaient convaincus d'entretenir des rapports avec leur Roi, et ne se faisaient aucun scrupule d'appliquer des ordres une fois publiés avec une rigueur extrême '".
L'enthousiasme des Polonais devait arriver à son apogée au moment de l'arrivée de Napoléon en Pologne. Ce fut un nouveau débordement de sentiments. Des fêtes, des récep-
naise pensait et agissait noblement, que les armées victorieuses de la France agissaient avec tiumanité envers les cit03'ens inotfensifs, que pour la consolation de l'humanité on en trouve la meilleure preuve pendant la dissolution des autorités à Lenczitz et Lowicz ». Die eheinaligen Bearnlen, pp. 44, 4": ."il et suiv. L'auteur de cet écrit cite les exemples d'une <( rare » clémence envers les fonctionnaires.