‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 7 sur 182 · Beer · texte numérisé non relu

Beer

les déserteurs prussiens et les organiser. Deux jours plus tard, l'Empereur ordonne la formation d'une nouvelle légion àNuremberg, sous le commandement du colonel Henry. « Les colonels pourront faire des proclamations pour provoquer la désertion, sans jamais prononcer le nom de Pologne ^ ». Ce n'était pas encore les projets, depuis longtemps « couvés » dans le « manoir infernal deSaint-Cloud » sur la Pologne, ce n'était que des mesures purement militaires, le premier coup dirigé contre la Prusse.

L'impression causée par cette décision fut profonde. Le comte Razoumowski, ambassadeur à Vienne, vint s'entretenir à ce sujet avec le ministre comte Stadion. Les craintes au sujet de la Pologne ont fixé plus particulièrement leur attention. Ils se demandaient, si « l'audace de caractère, l'ivresse du succès, la confiance dans sa fortune ne) pourraient faire concevoir à Bonaparte le dessein de se porter rapidement en Pologne, d'y fixer le théâtre d'une nouvelle guerre, d'y frapper un grand coup contre la puissance qu'en secret il redoute le plus et de précipiter ainsi la révolution qu'il médite- ».

L'hypothèse, bien que fantastique et difficilement réalisable pour le moment, cachait cependant beaucoup de vérité; elle pouvait, elle devait même se réaliser avec le temps. Elle se basait sur le rôle que la Pologne avait à jouer dans la guerre déjà commencée.

Ce rôle était suffisamment clair. La Pologne prête à s'armer pouvait ébranler définitivement la Prusse et faire rechercher à la Russie la paix, tant désirée par Napoléon; la Pologne en armes le pouvait encore davantage. On savait Alexandre prêt à la paix, « cette paix lui semble, malgré tout, possible, même prochaine, si Napoléon ne tente pas la restauration de la Pologne 3 ». « Par la Pologne il saura conquérir la Russie; Adair a parfaitement raison en garantissant à celle-ci tout au plus la Sibérie », écrit Gentz à Ompteda*.

1. Corresp. de Napoléon, XIII, 28.3-4, n° 10835; 302, n'' 10858. Voir Nouv. rev. retrosp., 1898, I, 293 et suiv.

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