Arch. Nat. A. F., IV, 1692, dos. 2, n
donner une protection efficace à des Polonais domiciliés en Galicie*. Elle s'adressait donc à Maret pour avoir son appui dans ces cas, et dans beaucoup d'autres, auprès de Napoléon.
La Commission, comme on le peut voir, était un Gouvernement revêtu de l'autorité suprême libre d'agir dans les affaires de la vie intérieure de son pays. Elle pouvait représenter d'une façon légale la Pologne insurgée et défendre les intérêts de ses citoyens à l'intérieur, comme au dehors, recevoir même certains honneurs (on lui annonçait par exemple officiellement les résultats des combats) : elle n'en était pas moins un instrument aux mains de l'Empereur qui la dirigeait non seulement par Maret, mais aussi par tout autre selon ses besoins.
Ainsi c'était Duroc qui apprenait à la Commission que Napoléon voulait prendre à son service un régiment de garde polonaise (le l^' février) ; c'était lui également qui faisait part du désir de Napoléon que l'on s'occupât de préférence de la formation d'une cavalerie nationale (il voulait l'opposer aux cosaques: « Ce seront mes cosaques », disait-il), et témoignait de la part de l'Empereur v< quelque surprise sur un prétendu licenciement de l'arrière-ban » . C'était encore Duroc qui faisait connaître les intentions de Napoléon au sujet de rétablissement d'un service de communications directes entre Varsovie et Osterode et qui exprimait à la Commission et surtout à Poniatowski, toujours dans des termes les plus choisis, le mécontentement de l'Empereur. « On m'a désorganisé 4.000 hommes de levée polonaise, j'ai ici l.OOO hommes qui n'ont ni sabres, ni colonels, ni commandants... Le prince Poniatowski paraît mettre beaucoup de légèreté dans toutes ces afVaires -, écrivait Napoléon à Duroc le "23 février-. C'étaient ensuite Gouvion, Daru, les intendants, le payeur et bien d'autres encore.
2. Extrait des séances, voir aussi Corresp. de Xap., XIV, 384, n'^ 11.S21 ; 387, n-^ ll.82:j; 39s, n- 11.843: 409. n'^ 11.864.
Napoléon quitta Varsovie le 59 30 janvier pour aller préparer une bataille décisive. Il partait d'autant plus rassuré qu'il était parvenu à organiser toute la Pologne révolutionnaire, à lui donner un Gouvernement entièrenient soumis à sa volonté et qu'il pouvait compter sur un appui sûr d'où il allait pouvoir tirer des auxiliaires et des subsistances à son gré.
Mais, contrairement à son attente, au lieu d'un nouvel Austerlitz, il ne devait remporter qu'une victoire partielle. C'était bien une victoire, la « boucherie » d'Eylau \ mais quelle victoire! Napoléon n'a pas anéanti ses ennemis, il n'est pas même arrivé à les intimider. Bennigsen se proclame vainqueur, ce même Bennigsen qui proposait en même temps à Alexandre d'envoyer un homme habile, par exemple N. Chitrof, à Napoléon, pour conclure une paix avantageuse pour la Russie ^
Napoléon resta dix jours sur le champ de bataille : l'ennemi reculait. 11 avait donc plus de titres pour se déclarer le vrai vainqueur, mais au prix de quels sacrifices. « Jamais tant de cadavres n'avaient couvert un si petit espace. La neige était partout teinte de sang; celle qui était tombée et qui tombait encore commençait à dérober les corps aux regards affligés des passants. Les cadavres étaient amoncelés partout où il y avait quelques bouquets de sapins, derrière lesquels les Russes avaient combattu. Des milliers de fusils, de bonnets, de cuirasses étaient répandus sur la route ou dans les champs. Au déclin d'une montagne, dont l'ennemi avait sans doute choisi le revers pour mieux se défendre, il y avait des groupes de cent corps ensanglantés; des chevaux estropiés, mais vivants, attendaient que la faim vint les faire tomber à leur tour sur ces monceaux de morts ' »