Percy
NAPOLÉnX EN POLOGNE. 87
Non moins tristes que cette vue, étaient les pensées du vainqueur. Il avait perdu vingt-huit mille de ses meilleurs soldats ^ et il n'avait obtenu aucun résultat positif. Il devait, en outre, reculer vers la Vistule et rentrer dans ses cantonnements. « Qui osera en troubler le repos, s'en repentira'^ », disait-il , mais on sentait qu'il voulait rassurer ainsi ses soldats et se rassurer lui même. La situation, en effet, n'était pas des plus brillantes. Loin de la France, séparé d'elle par l'immense étendue d'un pays conquis et soumis, il est vrai, mais toujours hostile, au beau milieu d'un hiver, durant lequel il devait faire connaissance avec un cinquième élément, la boue, dans un pays ravagé par les armées et presque désert, il avait en face de lui une armée qui se sentait victorieuse parce qu'elle n'avait pas été vaincue par le premier capitaine du monde. Mécontent de la Pologne, qui ne pouvait pas satisfaire ses exigeances toujours croissantes, plein de défiance envers les grands et surtout Poniatowski ^ observateur conscient du mouvement anti-révolutionnaire qui pouvait se produire, d'après les plans de Radziwill, il redoutait de plus l'Autriche qui, tout en restant neutre, n'attendait que le moment propice pour se venger des désastres de 1805.
C'est dans de pareilles circonstances qu'il résolut de terminer la guerre d'un seul coup et de proposer à la Prusse une paix spéciale en lui restituant tous ses États à l'est de l'Elbe et en l'attirant vers la France*. Ce plan semblait facile à réaliser: l'Empereur allait proposer à la Prusse, qui n'existait plus de fait, de lui restituer la plus grande partie de son territoire, Dans le cas même où le Roi ne voudrait pas accepter cette proposition, elle était toujours de nature à jeter quelque confusion, dans ses rapports avec Alexandre. Napoléon était, on le voit, en proie à des sentiments très divers, et n'était aiguillonné que par l'intérêt personnel du moment.
Il envoya Bertrand à Memel, en lui ordonnant d'agir dans le sens déjà indiqué. Il ajoutait, dans l'instruction donnée