CHAPITRE IV
UATTENTE
Les premiers instants après la bataille, Napoléon voulait se retirer vers Thorn ^ Son plan changé il se décida de prendre ses cantonnements entre la Vistule et la Passargue. Le quartier général fut établi à Osterode. Cependant ce n'était pas un endroit bien convenable pour y faire un long séjour. 11 éprouva bientôt la nécessité de trouver une antre place oii il pourrait facilement remplir sa tâche principale, c'est-à-dire surveiller l'Angleterre et sa politique. Enfin on aménagea le palais de Finckenstein pour sa résidence, et il y fit son entrée le i^' avril. On peut considérer le temps de son séjour dans ce palais comme celui où son génie se développa le plus. Il y déploya une énergie miraculeuse. Il s'occupait personnellement de tout, il gouvernait la France, dictait le message au Sénat, donnait des instructions pour la création d'une chaire d'histoire au Collège de France, pour l'enseignement des jeunes filles, il se mêlait même des menues affaires de l'Opéra, et en même temps il réorganisait son armée, envoyait ses ordres à Danzig et à Varsovie, surveillait les approvisionnements et les fortifications en Pologne, concevait
1. Ce passage reproduit les résultats obtenus par M. Driault et par M. Joachim.
de nouveaux plans militaires et diplomatiques, contrecarait les efforts de la Prusse et de la Russie à Vienne, recevait les ambassadeurs de la Perse et de la Turquie. Il écrivait des billets doux à Joséphine, passait son temps avec M'"^ Walewska et ne perdait jamais de vue son but, la nécessité de remporter cette fois-ci une victoire décisive. La situation de lEmpereur était très difficile. Elle n'était pas améliorée après la vaine tentative qu'il fit pour conclure la paix avec la Prusse. La proposition qu'il fit à ce pays et le désir qu'il lui exprimait d'entamer des pourparlers, n'eut pour résultat que de rassurer ses ennemis. Cependant il ne perdait pas de vue la possibilité de conclure une paix particulière avec la Prusse; profitant de toutes les circonstances pour faire connaître au Roi ses intentions, il voulait avant tout obtenir un armistice qui aurait délivré le pays, entre le Niémen et la Vistule, des cantonnements militaires. Le résultat obtenu fut absolument contraire à celui qu'il espérait.
Les Prussiens retrouvaient leur audace. A Kydullen llardenberg tramait de grands plans dans l'espoir de restaurer l'Allemagne sous le sceptre de Frédéric-Guillaume et de transférer le roi de Saxe en Pologne *. Alexandre, qui était toujours en parfaits rapports avec la famille royale, fut entraîné dans ces plans aussitôt après son arrivée à l'armée. La convention de Bartenstein (du 56 avril) devait créer une nouvelle coalition, formée, outre la Prusse et la Russie, de l'Angleterre, de la Suède, de l'Autriche et du Danemark, qui avait pour but de chasser Bonaparte d'Allemagne et d'Italie, d'anéantir la Confédération du Rhin et de former une nouvelle confédération sous la présidence de la Prusse et de l'Autriche. On stipulait la conservation de la Turquie, une compensation territoriale pour l'Autriche et l'Angleterre, et l'obligation, pour les parties contractantes, de ne conclure aucune paix particulière avec la France. Cette convention, était une grande victoire pour la diplomatie prussienne, mais pour achever cette œuvre, il fallait encore l'adhésion des alliés présomptifs. Cette adhésion n'était pas facile à obtenir.