‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 86 sur 182 · Wezyk, II · texte numérisé non relu

Wezyk, II

l'action politique, qui savent nouer et dénouer les intrigues. Les fêtes, comme celle à l'occasion de la victoire d'Eylau ', pouvaient éblouir le peuple, mais non les membres de la Commission. Leurs intérêts matériels, leur expérience les obligeaient à douter des intentions de l'Empereur. Pour eux, les voyages de Bertrand avaient un autre but que celui d'échanger les prisonniers.

Napoléon s'en rendait compte et il envoya à Varsovie Talleyrand à la place de Maret. Ce changement indique que l'Kmpereur croyait bien difficile la tâche de son représentant à Varsovie. 11 ne suffisait pas d'agir sur le Gouvernement dans le sens pratiqué par Maret, de surveiller l'approvisionnement de l'armée, ni même de surveiller de près l'Autriche et de tramer des intrigues diplomatiques, il fallait en outre endormir la vigilance du Gouvernement polonais et créer une opinion absolument conforme aux vœux de Napoléon. Personne n'était plus apte à remplir cette besogne que le ((boiteux Mephisto », l'ingénieux ministre des affaires étrangères. Sa position étant plus élevée que celle de Maret, son envoi devait sembler un nouveau présage de changement avantageux pour la Pologne, un événement bien significatif. En fait, il avait une grande importance, mais dans un sens tout autre que celui qu'on lui supposait à Varsovie.

Maret s'engagerait peut-être facilement, on le sait. « On a été ici extrêmement content de tous les Polonais » écrit-il de

1. « Le Te Deum chanté jeudi par ordre du Gouvernement, à l'occasion des victoires de S. M. l'Empereur et Roi, a été accompagné des vœux les plus ardents de tous les assistants. Le trône impérial, entouré des gardes nobles polonaises, la représentation du Gouvernement national, les troupes nouvellement levées, la pompe solennelle de cette auguste cérémonie, le lemple où elle a eu lieu, orné de trophées de l'ancienne valeur polonaise, en rappelant des temps plus fortunés eXprésar/eojif leur retour, a rempli d'attendrissement jusqu'à la foule du peuple rassemblée aux portes de l'église ». Bulletin de la police du 28, II, 1807.

suite après son brusque départ de Varsovie : « l'Empereur et tout le monde le disent et le répètent. Vous savez que je partage le plaisir que cela vous fera »; dans la lettre, écrite à Batowski, d'Osterode, le ^2 mars, il ajoute : « Je ne sais encore quand je reviendrai à Varsovie. Après Paris, c'est un des lieux oiJ, dans toutes les circonstances de ma vie, j'aurais le plus de plaisir à me retrouver * ». Gela ne pouvait arriver à Talleyrand, trop successeur des politiciens de 1795 et 1798 2.

M'"^ de Rémusat raconte que la restauration de la Pologne étctit une de ses ide'es favorites. « C'est le royaume de Pologne », disait-il toujours « qu'il faut créer. Voilà le boulevard de notre indépendance, mais il ne faut pas le faire à denii^ » Nous ne pensons qu'il faille accorder trop de confiance à cette assertion, lorsqu'on connaît l'attitude de Talleyrand dans la question polonaise. Encore en décembre Haugwitz ne fondait-il pas toute son espérance sur la présence de Talleyrand ^ Et Napoléon n'a-t-il pas dit en parlant de cette époque pendant son séjour à Sainte-Hélène^ : c Talleyrand blâmait ma pensée sur la Pologne. Peut-être contribua-t-il à rendre l'exécution impossible sans me lancer dans une entreprise gigantesque. »

Talleyrand n'aimait pas les Polonais et les méprisait même. Gagern raconte, qu'ayant voulu combattre un jour son aversion pour les Polonais, il s'attira cette réponse pleine de mauvaise humeur : « Je n'ai jamais joué avec un Polonais sans qu'il ait triché au jeu ». h Je lui ai répondu sur un ton enjoué, mais assez vivement : cela prouverait, en tout cas, que vous avez fréquenté de mauvaises sociétés dans votre jeunesse; mais du reste qu'est-ce que cela prouve? Réponse immédiate : Ge que cela prouve? C'est qu'il ne faut pas jouer avec eux, mais qu'il faut se jouer d'eux ^ ■>

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