‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 93 sur 182 · Rapperswil, Annales polonaises, document du 19, II · texte numérisé non relu

Rapperswil, Annales polonaises, document du 19, II

7. Corresp. de Xap , XIV, US, n" 12.025; sur la formation de ce régiment, voir Rembowski, Sowces documentaires et les remarques d'Askenazy, 27o. Supplément à la Correspondance de Napoléon, 1, 190N p. 20-23.

En dehors des questions du ravitaillement et de l'armée, il y avait à Varsovie une tâche plus délicate encore à remplir, quoique plus conforme au caractère et aux talents de Talleyrand. C'était la surveillance et l'orientation de l'opinion puhlique en France et en Pologne. Déjà pendant le séjour de Maretà Varsovie on avait commencé à publier la Gazette de Varsovie^ journal français officiel ou officieux destiné à faire cette besogne. C'est dans le premier numéro de cette feuille du 16 février 1807 , que l'on pouvait lire que « bientôt peut-être, quoique étrangère à l'Allemagne, elle (la Pologne) se verra associée à cette fédération respectable que la France vient d'y créer et qui lui communiquera une partie de sa force et de sa splendeur ». La Gazette de Varsovie, sous lœil vigilant du prince de Bénévent, publiait des nouvelles qui par les soins de Fouché, étaient reproduites par le Moniteur ou le Journal de l'Empire ^

Elle dirigeait en môme temps l'opinion publique à Varsovie.

C'était un problème bien complexe, plusieurs courants d'opinion s'étant foimés au sein de la société polonaise. Ils remontaient à l'époque de la Diète constitutionnelle, mais depuis cette époque la nation polonaise avait évolué soit par suite de la perte de son indépendance, soit pour avoir subi avec toute l'Europe l'influence que la Révolution française avait exercée sur les idées du temps. Les conservateurs acharnés, les adversaires de toutes réformes, les gens de la Targowitza n'existaient pour ainsi dire plus. Dans

1. Oa y trouve un « Coup dœil général sur la statistique de Pologne en 1790 », 'Moniteur. 1807, n'' 2;, des extraits et la critique de Rulhière. fn' 71 , de r « Histoire de Pologne depuis son origine jusqu'en 1795 », de Monier, ^n''* iO, 137 , des grands articles sur « La politique de la Russie jusqu'à 1806 », n' 156) et bien d'autres. C'étaient aussi les livres de Vautrin, de Malte-Brun, de Romarzewski, qui apportaient de nouvelles informations sur ce pays si intéressant et si à la mode pour le moment.

les premiers temps de la Révolution de 1806 il n'y eut pas de divergences d'idées. Il y avait des mécontents, il n'y avait point à proprement parler de lutte de principes. Le Gouvernement ayant été constitué, la vie normale reprit son cours avec tous ses problèmes habituels. C'était avant tout la réforme des paysans, cette question sociale de la fin du wiii® siècle qui se posait de nouveau. On reprenait les débats de la grande Diète dans de nouvelles conditions politiques. Les libéraux trouvaient un appui secret auprès des Français, les modérés au pouvoir voyaient croître chaque jour leur responsabilité. Un ouvrage anonyme de l'abbé Staszic, grand patriote, zélé défenseur du Tiers État et des paysans, réformateur ardent et démocrate sincère encore du temps de la Diète constitutionnelle, intitulé « Coupd'œil sur la statistique de la Pologne » (publié en polonais et ensuite en français) ^ devait être le point de départ d'une discussion très animée. Staszic cherchait à attirer l'attention générale sur deux points d'une importance capitale : le sort des paysans et la question du futur Gouvernement. « Ce peuple », disait-il, « sous un bon gouvernement, peut tout par lui-même. La nation est bonne, htimaine et en même temps vaillante et attachée à sa patrie. » « Le ciel préserve ce peuple, si digne dans sa prodigieuse résurrection, de tomber sous le gouvernement des hommes mauvais, corrompus ou ignorants . . . qui les uns par leur orgueil et leur malice, les autres par leur ignorance et leur bêtise, ont déjà une fois amené la ruine; de renaître par ceux-mêmes qui l'ont détruit. Dieu nous préserve des magnats. » Il lui faut avant tout un roi presque absolu, entreprenant et courageux, « un roi héros ». Staszic s'adresse enfin à toute la nation et la conjure d'agir de toutes ses forces, ouvertement et secrètement, de s'armer tout entière pour que l'on puisse les armes en mains assurer au moins l'existence de la nation, de la langue, des droits et des emplois nationaux dans le cas où il serait impossible de conquérir l'indépendance politique. « Un lâche seul accepte la servitude honteuse lorsqu'il est armé. » C'était là une œu-

1. Sapiéha, comme nous l'avons dit, a présenté cet ouvrage, un peu modifié, comme son mémoire.

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vre très politique d'un bon patriote et d'un honnête citoyen, «(ui voulait que son pays s'arme et conquière un gouvernement approprié et une bonne Constitution.

Ce u Coup d'œil » mit en mouvement tout le parti radical, composé avant tout d'émigrés, gens pleins de tempérament, d'une volonté ardente, que le clioix des moyens n'embarassait pas toujours, mais qui, au moment de cette révolution de 1806-J807, étaient tous des patriotes sincères et ne désiraient que le bonheur de leur patrie. Ce parti se composait aussi de leurs amis et partisans domiciliés dans la Pologne prussienne. C'étaient Horodyski, Neyman, Gliszczynski, Podoski, Zayoncliek, frère du général, et Szaniawski; c'est ce dernier qui commença à publier comme supplément à la Cazette de Varsovie (Gazeta Warszaivska), des lettres qu'il réunit ensuite dans un volume intitulé : « Correspondance sur les matières, éclairant Vétat du j^ays et de la nation polonaise ^'> , document curieux et intéressant pour comprendre leurs aspirations et leur plan. Szaniawski considérait cette publication comme la suite de l'ouvrage de Staszic : il y inséra un peu de la correspondance de ses amis et des lettres adressées par eux à des fonctionnaires publics.

Le programme des radicaux était assez uniforme. La renaissance de la Pologne était pour eux le résultat de l'action de Napoléon et c'est de lui que dépendait le futur sort de ce pays ^ Mais celui-ci étant un mortel, il fallait se mettre à l'œuvre et organiser la patrie sur une nouvelle base -. Ils étaient persuadés qu'un seul ordre du gouvernement pouvait modifier la société et y introduire un régime nouveau. Le Gouvernement avait pour mission de détruireles préjugés existant chez les nobles, de les pousser à s'installer dans les villes ot à s'occuper d'industrie et de commerce. Il fallait soutenir surtout le développement de l'industrie ; en permettant aux bourgeois d'acheter les biens fonciers, il fallait cependant leur persuader qu'ils s'occupent avant tout de l'industrie, celle-ci étant beaucoup plus avantageuse que l'agriculture ; il fallait enfin attirer des artisans étrangers dans les villes et

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