‹ Napoléon et la Suisse 1803-1815, d'après les documents inédits des Affaires ÉtrangèresChapitre 11 sur 27 · J48 NAPOLEON ET LA SUISSE · texte numérisé non relu

J48 NAPOLEON ET LA SUISSE

facile et j'ai cru devoir céder au désir plusieurs fois manifesté par Son Eminence de terminer l'entretien. Il est pourtant convenu, avant de nous séparer, de la nécessité où est la Suisse de se lier à la France plus étroitement que jamais et il m'a fait la promesse de concourir en général par tout ce qui dépendrait de lui à ce qui pourrait être agréable à Sa Majesté et à faire en sorte qu'elle soit satisfaite. » (De Berne, 13 janvier.)

Leurs rapports s'adoucirent, comme on le verra dans le discours de Reinhard à la Diète.

La question des régiments occupa encore les premiers mois de cette année. Le recrutement tardait. Les officiers des trois régiments étaient nommés depuis le mois de décembre ; il ne leur manquait que des soldats. Vial parlait d'établir la conscription; il écrivait aux gouvernements cantonaux. Ceux-ci instituaient des primes d'engagement qui s'ajoutaient aux primes de notre gouvernement. Mais leurs ressources étaient modiques. Enfin, les bataillons se constituèrent tant bien que mal.

Ce. que Napoléon voulait obtenir, ce n'était pas seulement qu'on activât l'enrôlement, c'était encore qu'on l'interdît pour le service de l'Angleterre. Dans une lettre au Landammann, envoyée du camp de Finkenstein, il émettait l'espoir que les régiments seraient bientôt au complet et qu'ils figureraient avec honneur dans ses armées. Après avoir dit qu'il faisait cas « de la bravoure, de la fidélité et de la loyauté des Suisses », il ajoutait :

« Si j'avais un désir à former, ce serait que les

Suisses ne permissent pas le recrutement dans leur pays à aucune puissance étrangère, qu'aux Etats dont le système est lié au mien. Je désirerais d'autant plus que cette proposition passât en loi que tous les hommes éclairés ne peuvent voir qu'avec douleur le frère combattre contre le frère. Si vous soumettez cette pen.sée à la Diète prochaine, une décision sur cet objet m(' serait agréable parce qu'elle serait conforme à l'honneur et à la dignité de la Suisse. » (28 mai 1807.)

Il fut obéi.

La Diète s'ouvrit le l<^f juin. Le Landammann prononça un discours plein de tact et d'agrément, dans lequel il se félicitait de la paix publique et des heureuses relations de la Suisse avec ses voisins, particulièrement avec la France. Il disait :

« La Suisse reconnaît avec gratitude et attendrissement la bienveillance de son auguste médiateur et elle espère jouir sans altération des avantages qui résultent de la médiation et des traités qui l'ont suivie, propres à fermer des blessures profondes produites par le temps et les circonstances.

«Le Landammann, de son côté, entraîné par un sentiment iV admiration personnelle \u)\u' rincomparable héros, s'efforcera dt' lui prouver le dévouement de sa pat ne d'uue manière aussi expn»8- BÏve que le sont les faits qui Tout attesté jusqu'à ce jour. .!♦' reçois de S. Iv M. Tainbassadeur de Sa Majest»' l!nf)ériale des preuves midtiplitVs du zèle av«Mî le(piel il clierehe à maintenir ces heureux rnjiports. rt je me IV'lieite de la bieiiveillaure pré-

cieuse dont m'assurent les fréquentes relations où j'ai l'avantage d'être avec lui... »

L'accord était désormais complet.

La Diète s'occupa surtout de questions militaires et du recrutement. Dans sa séance du 2 juillet, elle interdit tout recrutement en Suisse contraire aux articles du traité d'alliance, ou contracté pour le service non avoué d'une puissance étrangère. G était ce qu'avait demandé Napoléon.

Sur ces entrefaites, fut signé le traité de Tilsitt (8 juillet 1807) qui mettait fm à la quatrième coalition et nous assurait, après l'écrasement incomplet de la Prusse, l'amitié incertaine de la Russie. Tout le continent obéissait à Napoléon.

La Suisse crut devoir envoyer ses compliments au vainqueur. Reinhard en chargea l'ancien landammann Watteville qui partit pour Paris accompagné du chancelier Mousson. Watteville avait le titre d'envoyé extraordinaire. Après les compliments, il avait pour mission de régler certaines questions pendantes : créances sur l'Angleterre, pensions et indemnités réclamées par d'anciens militaires à notre service; difficultés entre Berne et Fribourg, qui remontaient au temps de d'Afîry; etc.

La députation arriva à Paris le 14 août. Talleyrand venait d'être remplacé (le 10) par Ghampagny. Il y avait entre eux toute la différence qui sépare un ministre d'un simple commis. Mais Ghampagny compensait les hautes vues de Talleyrand par l'application régulière et le souci du détail. Le rapport que lui demanda l'Empereur sur les affaires eu

L'AMBASSADE DU GEiNERAL VIAL !51

question fut envoyé dès \o 24 septembre et les décisions impériales furent telles que le souhaitait VVatteville.

Celui-ci toucha également un sujet que la Confédération avait à cœur, la nomination d'un colonelgénéral des Suisses. Maillardoz en avait eu le titre provisoire. Il fut donné au maréchal Lannes, dans le courant d'octobre.

Le choix de ce brave soldat qui s'était haussé aux talents d'un excellent général et qui ne cessait de grandir, de l'aveu même de Napoléon qui disait plus tard : « Je l'avais trouvé pygmée, je l'ai laissé géant », le choix de Lannes fut accueilli avec faveur par les Suisses. Le Landammann exprima leur satisfaction dans une lettre à notre ambassadeur, que celui-ci s'empressa de transmettre au gouvernement (17 octobre). Lannes d'ailleurs ne conserva pas longtemps sa nouvelle dignité. Après sa mort prématurée, à Essling, elle passa à B«'rtliier.

Les derniers mois de 1807 ne présentèrent aiuiin intérêt.

L'année 1808 appela le canton de Lucerne au « (liiectorat », et Heinhard céda la jdaee à l'avoyer de Lucerne, Vincent Riittiniann.

Le général Niai touchait lui-mènu* an terme de son ambassade. Il st; sentait décidément peu fait pour la p()liti(ine. u La fortune de la guerre ratlirail. Volontiers, il trocpia la plume contre l'épée, le fauteuil du diplomate pour la selh» du soldat et les antichambres contre le ciiamp de bataille libremtMit

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