V2 NAPOLÉON ET LA SUISSE
ouvert (1). » Le regret de son ancienne profession, une fatigue véritable, des affaires de famille qui l'obligeaient à de fréquentes absences, tout cela le porta à demander son rappel « pour affaires personnelles ».
L'Empereur l'accorda. Champagny l'en informa par une lettre du 27 avril q'ui ajoutait à cette nouvelle quelques éloges pour la « manière distinguée » dont le général avait rempli sa mission, et qui se terminait ainsi : « Sa Majesté, en consentant à vous rappeler, n'a pas encore nommé un nouvel ambassadeur à Berne ; mais si les affaires personnelles qui vous ont fait désirer votre retour exigeaient que vous quittassiez bientôt votre résidence, Sa Majesté veut bien vous autoriser à partir sans attendre l'arrivée de votre successeur. » (A. E., t. 487.)
Vial profita de la permission. Comme il pouvait laisser le poste aux soins du fidèle Rouyer, il hâta ses préparatifs de départ. Il attendit toutefois l'ouverture de la Diète à laquelle il assista.
Elle eut lieu à Lucerne, le 6 juin, avec le cérémonial accoutumé. Rtittimann y prononça un discours charmant dont l'aimable simplicité n'excluait pas le tour littéraire. On en jugera par cet exorde :
« Messieurs, fidèles et chers Alliés et Confédérés (2).
« Lorsqu'un jour dans les siècles à venir, nos neveux liront, avec un esprit dégagé de préventions,
(4) Steint;r, ouvrage cité, p. 42.
(2) C'était la formule habituelle lorsqu'on s'adressait à la Diète. Inutile de dire que ces discours étaient prononcés en allemand, mais
rhisloire de notre temps comme nous lisons celle des temps passés; lorsque, las de contempler avec étonnement les événements qui ébranlent l'univers, ils voudront reposer leurs regards en les portant sur un petit coin de l'Europe qui a souffert, à la vérité, de ces commotions politiques, mais qui, guidé par un génie bienfaisant, est bientôt rentré dans la route qu'avaient suivie ses ancêtres, ils ne pourront s'empêcher de s'écriiT : fortuné pays!
« Ce pays fortuné, chers confédérés, c'est celui que nous habitons. »
Après quoi, il se félicitait des heureuses relations de la Suisse avec ses voisins et particulièrement avec nous.
« La Suisse désormais ne doit plus avoir à craindre aucun orage politique du dehors. Elle ne se trouve entourée q\w d'Etats amis, et c'est pour nous attester ces disf)ositions bienveillantes que nous avons le bonheur de voir rassemblés ici leurs envoyés. L'Empereur des Français, le plus grand, le plus puissant de nos alliés, ne cesse de nous donner des preuves signalées de sa faveur tutélaire.
« M. l'ancien Landanimann, de Walteville, envoyé à Paris après la paix de Tilsitt, a reçu l'accueil le plus flatteur iW Sa Majesté, et nous nv pourrons jamais oiiblit^r qu'rlh' avait confié le soin dr ses relations av»'C fkuis à nu ministre dont la ooutluite a méi*ité l'estiinc «'t l'amitié dv toute la Suisse. Messieurs, vous partagerez sans doutt^ avec moi les
l'anabassadiMir en iMivityail aii>isil(M lo dimbli' loxlc, ullcinand t'I français.
vifs regrets que nous laisse son prochain départ.
« La nomination d'un colonel-général des Suisses dans la personne de M. le maréchal Lannes n'est pas moins glorieuse pour la Confédération qu'encourageante pour nos soldats. "Ils s'empresseront de répondre aux espérances d'un pareil chef. Ils tâcheront par leur discipline comme par leur valeur d'égaler la renommée des anciennes troupes suisses. Etc. »
Le lendemain, Rûttimann adressait à Vial une lettre flatteuse qui le remerciait de sa gestion « bienfaisante pour le pays ». Il ajoutait :
« Votre Eminence conservera, je l'espère, un souvenir satisfaisant de sa mission au milieu de nous, car elle laisse la Suisse tranquille, heureuse, attachée à sa constitution et à ses rapports avec la France. Elle voudra bien se persuader encore que le souvenir des soins qu'elle a donnés aux affaires de la Suisse vivra dans nos cœurs, ainsi que la haute estime et l'attachement que nous lui avons voués. »
Le 8, la nouvelle s'étant répandue que le général allait partir, la Diète lui envoya une députation composée de Reinhard, de Zurich ; de Weber, Landammann de Schwitz, et du député de Vaud, Secrétan. Elle trouva le général en compagnie du secrétaire Rouyer et des ministres de Bavière et d'Italie, MM. d'Olry et Venturi. Il allait monter en voiture.
Reinhard prit la parole, pour exprimer les regrets que laissait à tous le départ de l'ambassadeur. Celui-ci qui raconte la scène, dans sa dernière dépêche au ministre, répondit par quelques phrases bien tournées où il trouvait le moyen, en soldat
dévoué, de faire l'éloge de l'Empereur. Laissons-le parler lui-même.
« Je répondis en ces termes :
« Messieurs et députés,
« Sa Majesté Impériale et Royale saura apprécier la démarche que la Diète de la Confédération fait aujourd'hui auprès de son ambassadeur. Je m'empresserai de lui en rendre compte. Si quelque chose peut augmenter la satisfaction que j'en éprouve moi-même, c'est le choix que la Diète a fait de vous, messieurs, pour être son organe.
« Je ne puis que vous répéter, messieurs, ce que j'ai eu l'honneur di» dire à S. E. M. le Landammann de la Suisse. Quelque puissants que soient les motifs qui m'ont fait désirer mon rappel en France, j'éprouve un sontiniont ptMiil)!!^ au moment de vous quitter.
(( Je me rappellerai toujours avec iutérrl le temps que j'ai passé parmi vous. Je ne puis oublier que, piîudant ces quatre ou cinq ans, j'ai vu votre existence politique s'améliorer, votre Irauquillité intérieure se l'élablir enlièrcinent ; ([uc vous avez coniannnent joui des bienfaits de la paix au uiiliiMi de riMU'opc agitée cl (pic je n'ai pas été étranger à tout cela.
« Que voir»' heureuse patrie conserve tout ce qu'elle doit de reeoiniaissauce au puissant monarqu»^ (le (jui elh' doit lousees biens, à cet homme grand et généreux (jue la IMovidence semble avoir choisi pour être le régénéruteui' de TEurupe et peut-être
du monde. Je connais son affection pour vous; saisissez toutes les occasions de lui être agréables et comptez avec confiance sur la continuation de sa haute protection. » (Au ministre, du 8 juin. A. E. t. 487.)
Puis il monta en voiture, gagna Bâle sans s'arrêter et prit la route de Paris (1).
Ainsi finit, simplement, et sans effusions bruyantes, mais au milieu de regrets véritables, l'ambassade du général Vial et, avec elle, la première partie du régime de la médiation.
Ce régime, en effet, qui dura dix ans, peut se partager en deux périodes d'une égale durée de cinq ans et remplie chacune par une ambassade différente : la première, par celle du général Vial; la seconde, par celle du comte Auguste de Talleyrand.
La première fut la plus heureuse. Vial lui-même, avant de partir, pouvait en rappeler les résultats. Pendant quelques années, la paix publique s'était affermie et le pays était resté fermé à l'agitation du dehors. L'organisme établi par l'Acte de 1803 fonctionnait librement; son jeu régulier en démontrait
(1) Napoléon lui donna, en 1809, le gouvernement de Venise.
Il fit ensuite campagne sous les ordres du prince Eugène et reparut dans le Tyrol avec la même valeur qu'autrefois. Baron de l'Empire, en 1810 ; commandant de la 18*^ division militaire, à Dijon, en 1811 ; chargé de la 6^ division du 2^ corps (Victor) dans la Grande Armée de 1813r il fut tué à Leipzig le 18 octobre.
Son nom est inscrit sur l'Arc de Triom.phe (côté sud). Desaix, dans son Journal de voyage en Italie et en Suisse, écrit de lui (1797) :
« Le général Vial, doux, honnête, petit, maigre, blond, marié. C'était un brave homme autant qu'un I rave soldat. »
rexcellence. La prospérité s'était développée et l'afTection demeurait sincère pour le médiateur dont le prestige brillait de tout son éclat.
Dans la deuxième, un changement profond allait s'accomplir.
La paix intérieure subsista, mais l'agitation du dehors se fit ressentir davantage. En même temps, la tutelle impériale devint plus pesante. Les tracasseries du blocus atteignirent la prospérité matérielle. L'intégrité du territoire parut menacée par l'occupation du Tessin. Pour tout dire, l'accord fut rornpu entre le médiateur et le pays; la désaffection se fit jour et l'invasion amena la rupture.
Et cependant Auguste de Talleyrand ne fut pour rien dans ce dénouement. Comme nous allons le voir, il n'épargna ni la bonne volonté, ni le zèle à servir, ni les manières aimables et polies de l'homme de cour qui avaient parfois manqué auw vieil Eg^-j)tien ».
A qui la succession de Vial allait-elle échoir?
Ney la demanda pour Rouyer, son ancien secrétaire. Rouyer était au courant des affaires ; il s'était fait apprécier du gouvernement helvétique; enfin, il avait un frère général.
Mais le choix de Napoléon était arrêté déjà (1). Il s'était porté sur un de ces noms de l'ancien régime dont il aimait à s'entourer. « Il n'y a que ces gens-là, disait-il, qui sachent servir. » Voilà pourquoi, dès le 16 juin, paraissait à Rayonne un décret impérial ainsi conçu : « Le sieur Auguste Talleyrand, notre ministre plénipotentiaire près la couronne de Rade, est nommé notre ministre plénipotentiaire près la Confédération helvétique. ))
(1) Note pour M. de Champagny (avril 1808) : « Si le général Vial a demandé son rappel, on peut le lui accorder et nommer à sa place Talleyrand qui était destiné pour Bade. Je ferai un autre choix pour Bade. Etc. »
L'AMBASSADE D'AUSUSTi: DE TALLEYRAND 159
Roiiyer dut se consoler avec une lettre aimable de Rûttimann.
Informé par notre premier secrétaire de cette nomination ofTicielle, le Landammann lui écrivait, le 25 juillet :
« Le nom de Talleyrand, célèbre par d'éminents services rendus à la France, ne peut être que du meilleur augure pour la Suisse. J'espère que le nouveau ministre de Sa Majesté connaîtra et aimera bientôt la loyauté du caractère suisse qui se manifeste dans le respect et rattachement de ce peuple envers son auguste et puissant allié.
« Vous, monsieur, qui êtes habitué au milieu de nous, vous pourrez donner à Son Excellence les plus sincères informations. Dans toute occasion la Confédération a trouvé en vous une équité parfaite, le désir et les moyens de faire chérir à notre peuple les rapports qui rnnissent à la France. C'est avec un plaisir bien réel que j(^ répète ici im (('inoignage que chacun de mes prédécesseurs s'est empressé de vous ren(hT. »
Augustc^-Louis de Talleyrand-Périgord était né en 1770(1). 11 était Taîné des trois fils du baron Louis- Marie-Anne, cousin de l'ancien évoque d'Antun, ministre du Directoire, dn Consulat et di^ l'Empire. Son père, a|)i"ès ;i\(»ii' scin i jns(pfen 1781, était entré dans la diplomatie comme ambassadeur auprès de la cour de Naples, où le trouva la Révolution et
(1) Sur Ir nouvi'l iunh.issadiMir (>l s.» f.imill»*. voir les ininutuMix détails tlonnts par Oust. Stkinkk, ouvrage citi, rliap. il, et .\ppoiidiro I,
qu'il laissa en 1791 pour émigrer. Auguste qui l'avait suivi, revint en France sous le Consulat et, grâce au crédit de son parent, fut nommé chambellan de l'Empereur en 1804.
Après plusieurs missions diplomatiques, il fut, en 1808, envoyé comme ministre à Carlsruhe, auprès du prince Charles-Frédéric, et c'est de là, qu'au bout de quelques mois, il fut appelé à Berne. Il n'était alors que baron. Il devint comte en 1809 à la mort de son père, et il resta notre ambassadeur en Suisse jusqu'en 1823.
Sa correspondance le montre minutieux et appliqué. Sa rédaction est facile, mais incolore. On n'y trouve pas, même par endroits, l'esprit de la famille. Talleyrand, sans doute, avait tout pris.
Tout en servant à contre-cœur, car ses sympathies restaient à la royauté, on le voit docile et respectueux, attentif à ménager l'Empereur et les ministres, autant que poli et déférent avec les autorités helvétiques. Homme de cour dans les manières et le langage, il fut très goûté du milieu simple où il fut appelé à vivre; mais notre véritable ministre n'en demeura pas moins Rouyer.
Aussi bien, il n'était pas gêné par le voisinage. Le corps diplomatique en Suisse n'était pas alors très reluisant. Auguste en traçait lui-même, quelques années plus tard, un portrait agréable, d'un tour aisé, où se reconnaît la pratique des salons et du monde.
Le doyen en était l'ambassadeur d'Espagne, le chevalier don José de Caamano, accrédité en 1791 et
L'AMBASSADE D'AUGUSTK DE T A (. IJ; Y R A N f) 161
qui devait pousser jusqu'en 1815, «bon, saint, brave et galant homme », avec les manières courtoises et un peu solennelles d'un vieux Castillan.
Le plus important, celui du moins qui se flattait de l'être après l'ambassadeur de France, était le ministre d'Autriche, le baron de Schraut, qui venait de remplacer le baron de Crumpipen.
Mais on ne l'aimait pas. « Etant d'un caractère très susceptible, il prend souvent un ton d'humeur et d'exigence qui choque les Bernois. Il aiïecte des airs de cour et reçoit avec cette grande politesse allemande qui met rarement à leur aise les personnes qui vont chez lui. »
Le ministre de Prusse était le baron de Chambrier, de Neufchâtel, instruit et aiïable. « Sa tournure est extrêmement maniérée. La première fois qu'on le voit, on le prend pour une caricature. Avec le temps, on s'habitue à son extérieur, on l'aime et on l'estime. »
Les autres n'étaient que personnages secondaires. C'étaient Antoine d'Olrv, ministre de Bavière, « d'un caractère franc, loyal, enthousiaste, généreux jusqu'à la prodigalité » ; von Arandt, poulie Wurtemberg, de caractère paisible et presque toujours malade; l'érudit von ïttner, pour le grandduché de Bade. Celui qui nous était le plus attaché, '•'était le chevalier Jean-Baptiste Venturi. ministre (i'Italie, à cause des liens qui unissaient les deux pays. Quant au nonce du papi\ Fabrizio Testa- Ferrata, on ne h^ voyait pas. 11 résidait à Lucerne et ne se montrait que rarement à la Diète.
Au demeurant, les uns et les autres, de peu de relief et de peu d'ambition, et surtout les ministres d'Autriche, de Prusse et de Bavière qui « regardaient leur mission comme une retraite (1) )>.
L'Empereur ne voulait pas laisser s'écouler un trop long intervalle entre le départ de Vial et l'arrivée de son successeur. Il était toujours hanté par le recrutement des régiments « capitules », activement mené par Vial. Le zèle de nos alliés pouvait se refroidir. Aussi le ministre écrivait-il au nouvel ambassadeur :
« Il est utile, au moment où la Suisse s'occupe avec une nouvelle activité de la mise au complet de ses régiments qui servent en France, qu'elle puisse juger par votre prompte arrivée à Berne que Sa Majesté suit toujours avec intérêt ses relations avec la Confédération helvétique. » (Du 21 juin.) Il lui écrivait encore, deux mois plus tard : « L'intention de Sa Majesté est que vous vous rendiez sans délai et en toute diligence à votre nouvelle destination. » (Du 29 août.)
Mais le comte Auguste ne se pressait pas. Il avait suivi le chemin des écoliers, qui est parfois celui des diplomates; et pour aller de Carlsruhe à Berne, il avait passé par Paris, où il s'attarda.
Il avait à prendre l'air de la cour et à présenter dans quelques salons la nouvelle ambassadrice, dont les grâces naturelles allaient contribuer au succès de son mari. Maillardoz écrivait au Landammann, le
(1) Au ministre. Du 6 septembre 1811. A. E., t. 491.
3 novembre : « J'ai vu, ces jours passés, Mme de Talleyrand, femme du ministre en Suisse. C'est une jeune personne qui se fait un plaisir de partir ce mois-ci. Elle vient pour la première fois à Paris. Elle a reçu à la campagne son éducation, et son amabilité répondent (sic) au genre de monde et à la société choisie où elle a vécu (1). »
Il fallut pourtant se mettre en route.
Talleyrand n'arriva à Berne que dans les premiers jours de décembre. Il y fut bien reçu et le remarqua avec satisfaction. Il écrivait, le 20 décembre : « Il est impossible de donner au ministre de Sa Majesté plus de marques d'attachement pour l'Empereur que ne le font tous les cantons de la Suisse. Ils m'envoient tous des délégations. Les personnes qui évitaient la légation sont venues me voir, et l'on peut dire avec vérité que la Suisse aujourd'hui est toute française. » (A. E., t. ^Sl.)
La première affaire dont il eut à s'occuper fui celle de l'abbaye de Saint-Urbain.
Cette abbaye, qui appartenait àTordredeGiteaux, jouissait autrefois (Tune grande réputation. Silure (hiiis le canton de Lucerne, elle possédait de riches domaines dans les cantons de Berne, de SoltuH'e et (i'Argovie.
Ces biens avaient été contisqués en 1798. L'Acte (Ir médiation avait stipulé que les biens enlevés au
(1) Stkiner. p. '».">. — r/t'tail une rkhe hrritiùre d'Orléans, née r.arolino-Jpanin'-.Iiilit'mi»' «l'Aiyy. Lo ronitr laissa do co nitiriagt^ plusiiMirs nis dont l'ainr. lOrnosl, no en 1S()7. fui pair d»; Franro sous Louis rhilippc.
clergé lui seraient rendus, mais que celui-ci serait tenu de présenter aux gouvernements cantonaux l'état exact de ses propriétés et de ses revenus. Les autres couvents s'étaient soumis; seul, l'abbé de Saint-Urbain résista.
C'était alors et depuis 1792, Gharles-Ambroise Glutz, frère de l'ancien Landammann de Soleure. L'abbé Glutz, comme le fougueux Pancrace Forster, de Saint-Gall, estimait que les lois civiles ne sont pas faites pour les oints du Seigneur, et il défendait avec âpreté ce qu'il regardait comme les droits de l'Eglise. Homme instruit, d'ailleurs, de mœurs irréprochables et universellement respecté.
Mais le gouvernement cantonal n'entendait pas démordre de ses prérogatives administratives. Le petit et le grand Conseil de Lucerne, « dominés, écrit Rouyer, par des paysans sans talent et animés du plus mauvais esprit », exigeaient de l'abbé un état détaillé de ses revenus et de ses dépenses.
L'abbé s'adressa au Landammann qui se déclara impuissant. Comme il s'obstinait dans la résistance, il fut interné dans un couvent de cordeliers, à Lucerne, sous la surveillance de la police.
Une pareille rigueur ne laissa pas d'étonner. Le nonce intervint. Soleure, où la famille Glutz était influente, réclama. Berne refusa de s'immiscer dans l'affaire. Zurich offrit sa conciliation, comme à son ordinaire. Lucerne publia une brochure pour défendre ses droits; bref, ce petit débat souleva grand tapage.
Le général Vial l'avait vu naître. Rouyer en
avait exposé les causes dans une lettre au ministre du 27 novembre précédent. Et celui-ci avait répondu par des conseils très judicieux. Il avait déclaré qu'il fallait se borner à calmer les esprits, sans intervenir dans une question tout intérieure, que l'Acte de 1803 permettait d'ailleurs de résoudre. Il disait :
« S'il s'élève à cette occasion des contestations entre plusieurs cantons, la Diète a été chargée par l'article 36 du titre III de les terminer par voie d'arbitrage, ou en se formant en syndicat.
« Voilà la règle tracée. Les Cantons peuvent la suivre sans l'intervention du médiateur qui ne doit se montrer que rarement et dans les cas importants et nécessaires. La Suisse n'aurait plus de tranquillité, même de gouvernement, si le médiateur se mettait dans l'usage d'intervenir. » (8 décembre.)
Rien de plus sage. Là-dessus arriva le nouvel ambassadeur. Il fut comme étourdi par le bruit de cotte affaire à laquelle se trouva mêlé le chancelier Mousson. Pour en avoir donné son avis dans un journal, Mousson encourut les foudres des jacobins de Lucerne qui le firent condamner « aux arrêts » chez lui, pendant quelque temps. Ce qui redoubla le tapage.
Talleyrand manqua de sang-froid pour ses débuts. Il commença j)ar s'adresser au Landammann.
« Je (Icmandr en grâce à Votre ExceUence de faire tous ses eiïorts pour terminer à l'amiable ce dilTérend qui malheureusement fait trop d»^ bruit et me parait par les procédés donner à Tosprit du gouvernement de Lucerne un mauvais vernis. 11 est
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à désirer qu'il n'en soit plus question. C'est le vœu le plus ardent d'un ministre de France qui ne désire que le bonheur, la tranquillité de la Suisse et veut éviter autant que possible toute occasion de s'immiscer en rien dans les affaires de la République. » (Au Landammann, du 16 décembre.)
Puis il lui sembla qu'il était de l'intérêt même de notre gouvernement d'apaiser cette affaire.
Mais ses dépêches étaient plus pressantes qu'explicites. Si bien que l'Empereur finit pas s'impatienter et qu'il écrivit, de sa bonne encre, à Ghampagny :
« ... J'ai lu les lettres du 20 et du 21 (janvier) de Berne. Les renseignements que donne le sieur Talleyrand ne sont pas suffisants. J'en voudrais de plus précis. Faites venir le ministre de Suisse (Maillardoz) et parlez-lui de cela. Je désire avoir les pièces originales et un rapport qui m'en aide l'explication. Mon intention n'est pas d'intervenir dans les affaires intérieures de la Suisse, mais celles-ci sont assez graves pour que je désire m'en mêler (1). Rien n'est moins clair que la lettre du sieur Talleyrand, du 21. Cette affaire est donc à examiner. Je suis fâché que mon ministre ait pris couleur dans une affaire comme celle-là. Il me semblait que M. Rûttimann était un homme du parti démocrate et même M. Mousson. Comment se trouve-t-il arrêté par le parti démocrate de Lucerne? Je regrette beaucoup d'être aussi mal éclairé. Les dépêches du sieur Talleyrand sont on ne peut plus insignifiantes.
(1) Non, elles n'étaient pas graves. Et il n'eut pas à s'en mêler, licurcuse:Tient. Elles s'arrangèrent sans lui.
L'AMBASSADE UAUGUSTi: Di: TALLEYRAND 167
Faites-lui connaître que, sur des affaires de cette importance, ce n'est pas son opinion qui peut me décider y mais la mienne, et j(î ne forme mon opinion (jue sur une connaissance ai)profondie des faits, ippuyée des pièces originales. » (Lettre à Ghanipagny, du 28 janvier 1809. Correspondance, t. XVIII, p. 290.)
Chanipagny, dès le 30 janvier, adressa à Talleyrand les représentations impériales dont il adoucit la forme, et c'est lui-même qui se chargea de renseigner le souverain dans un rapport du 2 février, rapport clair et judicieux, qui remettait les choses au point, et qui était accompagné de notes sur Riiltimann, sur Mousson et sur les quelques meneurs « jacobins » du canton de Lucerne (1).
Aussi bien, le conflit finit par s'apaiser, grâce à d'Affry, redevenu Landammann. Il fut convenu que l'abbé Glutz renoncerait à ses fonctions et s'interdirait de reparaître à Saint-Urbain. Mais il recouvrait <a liberté, avec la faculté de vivre où il vou-
(I) Coinrnr il semblait à Napuléon, Hultimann était bien du « parti (lt''nuHTat<> ». .nitaul (]u«' Mousson. Il avait pris part au mouvement do l"y8, mais il était honnile et modiTi', et les • jacobuis • de Iai( «Tnt' n<^ lui p.irtlonn.iicnl pas sa modtTalion.
Membre de la (lonsultc d«' 1«0'J. Landammann en 1808. envoyé à Napoléon en 18i:{. Hultimann (Vuuent) (îpura de longues années dans le gouvernement «]«• son canlt^n. Il ttait entouré de l'estime générale. Né rn I7r.«j. mort en 18'i4.
On sait les fonctions de Mousson. Il s'y était fait apprécier de telle sort»» <iu'il était réélu tous les ans par la Diète. Clhampa^ny dit très justement : « Le jfouvernoment suisse u toujours fait le plus j^rand cas de ses talonts. »'t l'a rej^ardi- «onune u\\ hommr d'autant plus nécessaire iju'il faut, à côté du Landammann nui change tous les ans. un homme qui conserve la tra»lition des alTaires, cl qui soit cuiimc une anhive vivante ipi'on puisse consulter. •
drait aux frais de son ancien chapitre (1). (Mai 1809.)
Avec l'année 1809,1e Landammann devait appartenir au canton de Fribourg. Ce fut, pour la seconde fois, le noble et sage comte d'Affry. Il eut à conduire le pays dans la crise inattendue que lui fit traverser la politique belliqueuse de l'Autriche.
L'Autriche regrettait les provinces perdues en 1805 et s'inquiétait des transformations de l'Allemagne. Elle avait une belle armée que venait de réorganiser l'archiduc Charles. Elle n'avait pas d'argent, mais l'Angleterre lui en promettait. Pourquoi ne pas essayer d'une nouvelle guerre?
L'occasion semblait favorable. Napoléon était occupé en Espagne. L'Allemagne commençait à se fatiguer de la domination impériale. Elle était travaillée par une société secrète, le Tugend-Band, qui groupait l'élite intellectuelle de la nation. Le Tyrol était prêt à se soulever contre la Bavière, notre alliée, et se souleva, en effet, peu après sous des chefs énergiques et populaires, dont le plus célèbre fut le cabaretier Andréas Hofer.
Malgré la présence dans la vallée du Danube d'une armée française commandée par Berthier, l'Autriche engagea la partie. L'archiduc Charles se jeta sur la Bavière, tandis que l'archiduc Jean devait envahir l'Italie par le Tyrol, et l'archiduc Ferdinand attaquer le grand-duché de Varsovie. On
(1) En 1813, l'abbé Glutz se démit de sa dignité, et le gouvernement lui permit de rentrer au cloitre comme simple moine. Son successeur ferma la série des abbés de Saint-Urbain, et l'antique maison fut convertie en établissem.ent d'aliénés. Sur cet épisode d'histoire intérieure, cf. Steiner, chap. iv.
comptait, en cas de succès, sur l'alliance de la Prusse, la défection des Etats allemands et peut-être celle de la Russie. La lutte commença le 11 avril. Telle fut « la folle agression » de l'Autriche, suivant le mot de Napoléon.
La Suisse ne pouvait manquer de s'en émouvoir. Aussi bien, un incident tout fortuit était venu l'arracher à sa tranquillité, même avant la guerre. Ce fut l'affaire du pont de Bâlo.
Dans les mouvements qui acheminaient nos régiments vers l'Allemagne, un d'eux, le 23® chasseurs à cheval, avait emprunté le pont de Bâle (il mars). Bien que la guerre ne fût pas déclarée, c'était, semblait-il, une atteinte à la neutralité helvétique. Le bourgmestre de Bâle, Sarazin, s'en plaignit au général Molitor qui commandait à Huningue. • « Pour éviter tout retard aux troupes, on a laissé passer ce régiment; mais je ne puis dissimuler à Votre Excellence que ce passage, sur notre territoire, a dû surprench'e d'autant plus que Sa Majesté Empereur et Roi a assuré précédemment à la Suisse la neutralité stipulée dans le traité de médiation et qu'on était sans avis de la part du Landammann... » (Le bourgmestre de BàU* au général Mnhtni*, 11 mars.)
D'Alîry se plaignit hii-môme au comte de Talleyrand et crut devoir porter sa réchimation pbis haut, jusqu'à l'Empereur. Ce qu'\\ lil dans uii<^ Irtli»* du 15 mars.
Après avoir porté le fait à la connaissance de r Empereur, blâmé la « condescendance » du magis-
trat de Bâle et cité la lettre du général Molitor qui demandait le passage pour ses troupes, d'Afîry ajoutait :
« En considérant que la France n'est point actuellement en état de guerre déclarée, j'aime à envisager le passage de quelques régiments français à Bâle comme une affaire particulière entre Votre Majesté et la Suisse ; affaire dont nous ne devons compte à aucune autre puissance. Etc. »
Mais il ne s'en crut pas moins obligé de convoquer une Diète extraordinaire qui s'ouvrit à Fribourg, le 30 mars.
Après avoir indiqué les raisons qui l'avaient poussé à réunir les députés des Cantons, le Landammann exposa la nécessité où se trouvait le pays de défendre sa neutralité et, par conséquent, de se donner les ressources militaires qui lui manquaient.
« Il importe à Napoléon dont nous couvrons géographiquement les frontières françaises depuis Bâle jusqu'à Genève et nous nous devons à nousmêmes de pouvoir soutenir notre neutralité, en préparant pour un usage éventuel les forces militaires de notre Confédération. C'est dans ce but que les Louables Cantons ont reçu de moi l'invitation de s'occuper d'avance des moyens de mettre sur pied le contingent fédéral, en sorte qu'au premier appel il puisse être réuni et employé à la défense de nos frontières. »
Dans l'intervalle, Napoléon avait rappelé ses troupes de Huningue à Strasbourg, pour éviter le passage de Bâle. Aussi, la Diète laissa-t-elle de
L'AMBASSADi: D'AUGUSTi: 1)1. TALIJ-YHANh 171
côté l'incident pour ne s'occuper que des mesures militaires. Elle en chargea une commission nommée par d'Aiïry et dont les membres nous étaient en majorité favorables (d'Afîry, Heinhard, Watt»'ville, Mérian, Heer (de Glaris), ZelKveguer, Muller-Frij'db«'rg, Horzog). Elle décida qu'un tiers du conting»Mit fédéral serait employé à couvrir les frontières voisines du théâtre de la guerre et que le commandement en serait dévolu aux chefs de 1805. Enfin, elle souhaita qu'une mission fût envoyée à TEmpereur pour en obtenir des garanties au sujet de la neutralité du pays.
Elle se sépara le 5 avril sans avoir marqué contre nous la moindre malveillance. Auguste écrivait, le 22 avril : ; |
a Je puis, comme je l'ai mandé à rEmpereur, dans une lettre que j'ai remise à M. Reinhard, assurer à Votre Excellence que la grande majorité de la Diète et de la Suisse est entièrement dévouée à Sa Majesté et disposée à suivre les intentions qu'elle manifestera. Je ne dois cependant pas cacher à Votre Excellence que je sais que les Autrichiens cherchent à gagner les esprits dans les cantons des Grisons, de Schwitz, de SchalTouse. Mais je ne crois pas qu'ils réussissent à s'y faire un paiti dangennix. Etc. » (Au ministre des relations extérieures, t. \SS.)
Pendant ce temps, les événements ,i\ ,iitrit marelu' avec unt» singulière rapidité.
I/arehiduc Charles, qui avait franeln Tlnn le 11 avril, marchait sur Tlsar avec 125 000 hommes.
Il trouva nos troupes imprudemment dispersées par Berthier. Une moitié, sous Davout, occupait Ratisbonne, sur le Danube ; l'autre moitié, sous Masséna, était à Augsbourg, à vingt-cinq lieues au sudouest. Entre les deux, l'armée auxiliaire bavaroise était adossée au Danube, de Neustadt à Donauwerth.
L'archiduc avait toutes ses forces réunies et dans une position centrale. Il pouvait nous battre séparément. Au lieu de cela, il partagea ses troupes en trois colonnes pour déboucher de l'Isar sur le Danube par trois routes différentes. Il donna ainsi à Napoléon le temps d'accourir.
Parti de Paris le 13 avril, Napoléon était à Strasbourg le 15, le 16 à Stuttgard, le 17 à Donauwerth, le 18 à Ingolstadt. Il lança aussitôt son ordre du jour aux troupes :
« Soldats, le territoire de la Confédération a été violé. Le général autrichien veut que nous fuyions à l'aspect de ses armes et que nous lui abandonnions le territoire de nos alliés. J'arrive au milieu de vous avec la rapidité de V aigle. Etc.. »
Dans son vol, il avait lancé des ordres d'une précision admirable, qui réparaient la faute de Berthier et qui rassemblaient les troupes en les ramenant à lui. Quand il les eut dans sa main, sous des chefs comme Davout, Lannes, Masséna, avec des généraux comme Oudinot, Molitor, Mouton, Legrand, Saint-Hilaire et tant d'autres, il prit l'offensive contre un ennemi dispersé à son tour.
Dans une campagne de cinq jours (18-23 avril).
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marquée par cinq victoires, et qu'on pourrait regarder comme une seule action, tant les mouvements furent successifs et rapides, il coupa en deux l'armée autrichienne, délivra la Bavière, rejeta l'archiduc sur la Bohême et s'ouvrit la route de Vienne.
Après ces éclatants débuts, il s'était arrêté quelques jours à Ratisbonne pour laisser reposer les troupes, et c'est là qu'il reçut le bourgmestre de Zurich, Rcinhard, que lui envoyait d'Aiïry.
Le 16, Reinhard avait reçu une lettre du Landammann qui l'appelait à Fribourg pour une mission particulière auprès de l'Empereur. Il était au rendezvous le 18. Il trouva, chez d'Affry, Talleyrand et le premier secrétaire Rouyer. Talleyrand était chargé, pour d'Aiïry, d'une h^tre de Napoléon, assez banale, où il n'était question ni de l'aiïaire de Bâle, ni de la neutralité de la Suisse, mais que d'Aiïry reçut avec la dévotion dont il entourait tout ce qui lui venait de l'Empereur.
Les uns et les autres examinèrent alors le point pr'écis sur lequel devait porter la mission de Reinliai'd. C'était d'obtenir l'assurance que la neutralité de la Suisse serait désormais respectée. Tel fut le sens (Tune lettiedu Landammannà Napoléon, datée du même jour.
Après l'avoir remercié d'avoir changé Tordre de inai'elie <les Iiiuijms. d'Aiïi'y ajoutait :
« Sire, j'(»se maintenant en appeler à vous-même. Vous voulez conserver votre ouvrage. Et puisque la Suisse ne peut, sans la neutralité, exister telle que r \ete do nHuliation Ta créée, vous consoliderez
les heureux résultats de votre pensée, la base sur laquelle repose le bonheur de mon pays. Cette confiance me soutient. Elle se lie nécessairement à tous les sentiments que Votre Majesté me connaît pour sa personne sacrée. La Suisse restera donc tranquille. Etc..
« J'ai parlé sans réticence de ma position particulière aussi bien que des vœux et des intentions de mon pays. Les petits détails ne sont point étrangers au calcul des grands résultats. Et puisque la prévoyance de Votre Majesté n'en dédaigne aucun, puisque sa bonté nous permet d'espérer que la sûreté et l'inviolabilité du territoire suisse entrent dans les plans de la campagne prochaine, je ne dois pas douter que la situation des contrées à l'orient de la Suisse n'ait aussi fixé ses regards et je puis attendre avec confiance que Votre Majesté, lorsqu'il en sera temps, donnera à la Confédération des conseils d'amitié et de bienveillance. Etc. » (Lettre du 18 avril.)
Reinhard quitta Fribourg le lendemain, passa par Berne où il revit Talleyrand qui lui donna, avec une lettre pour l'Empereur, un laissez-passer pour lui et son compagnon Jean-Jacques Hirzel, de Zurich, et il se mit en route vers notre quartier général. Par Schaffouse et Ulm, il arriva à Ratisbonne le 24. Le jour même, il s'adressa à Berthier pour obtenir une audience de l'Empereur.
Elle fut fixée au lendemain. Il avait préparé un exorde approprié aux circonstances. Il n'eut pas le temps d'en placer un mot. Lorsqu'il fut en présence de Napoléon :
L'AMBASSADK D'AUGUSTP] DK TALLEYRA^M) 175
— Ah, voilà le Landammaim de Zurich (sic), s'écria l'Empereur. Eh bien, comment cela va-t-il, en Suisse?
Il prit la lettre de d'Affry que lui tendait Reinhard et, après l'avoir lue :
— Je ne vois rien qui doive vous inquiéter en ce moment. Je ne demande rien à la Suisse. Pourquoi faire? Pour aller en Allemagne? Le chemin de la Bavière, pays allié, m'est ouvert. Pour aller en Italie? J'ai le Simplon. Le Valais n'est pas suisse.
Je suis content de la Suisse et de la Diète. Si j'avais été battu (toute armée peut l'être), si j'avais été battu, sans être vaincu, j'aurais passé par la Suisse. Eussé-je dû prendre le prétexte d'un libelle ou quelque autre. A présent, les Autrichiens sont rossés. J'ai enveloppé tous leurs équipages de guerre et repoussé l'archiduc en Bohême. Je crois que c'en est fait de cette monarchie, .le Vax ménagée deux fuis, mais à présent elle ne fera plus de mal à l'Europe. Je séparerai les trois couronnes. Ils ont cru m'atlacpier au d(''j)oui'vu pai'ce (jue mou aini(M> était en Espagne. (Tétait la seule cjiuse de la gut^rre. Avez-vous lu leur déclaration?
Hkinuahi). — Celle de l'ai-ehidue seulemenl.
NAiM)Lt^:oN. — Ils se battent mal; rr sont des hordes: à peine le tiers de mes ti'(»u|>es a donne (1).
Iveinhard |miI entin pi'endi'e la parole. Il lit nbser-
([) (11' sont [>rL'S(iiii' Its tiTnies tic sa prmlain.ilion ilr la vi'illo : •< Soldais, vous ave/. juslinC* mon altpute, vous avez suppU^<^ uu nomhri' par I liravonrc vous îiS'd ^;lorl^MlS^Mn^'nt niarqui^ la dilTér»>U(t' (pti »>\islt» «Mitre les soldats de (lesar et les cohuts arnucs »le .\ir\(-s. l'ilr. . (A r.iniirr, l(^ 2\ avril.)