‹ Napoléon et la Suisse, 1803-1815Chapitre 15 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

On vient de voir quelles furent les relations de la France et de la Suisse, de 1798 à 1815.

Menacée par la propagande de la Révolution, supprimée par les armées du Directoire, la vieille Confédération avait fait place à une république unitaire, à laquelle le pays n’était préparé ni par la nature, ni par son histoire, ni par ses goûts. Aussi, après quelques années de discordes intérieures, la république unitaire s’effaçait devant une république fédérale de dix-neuf cantons, organisée par Bonaparte, qui s’en était fait le médiateur.

Cette médiation, qui ne lui avait pas été offerte, et qu’il s’était attribuée, dura dix ans. Pendant dix ans, le pays fut à l’abri des guerres qui bouleversaient l’Europe. Il put affermir sa tranquillité intérieure, développer ses ressources, travailler à sa prospérité matérielle. Déjà, le 6 juin 1808, dans la séance d’ouverture de la Diète, un Landammann pouvait dire : « Lorsqu’un jour, dans les siècles à venir, nos neveux liront l’histoire de notre temps, comme nous lisons celle des temps passés, ils ne pourront s’empêcher de s’écrier : heureux pays ! Ce pays fortuné, chers confédérés, c’est le nôtre. »

Et plus tard, le 7 août 1815, le jour de la proclamation d’un nouveau Pacte fédéral, le président de la Diète pouvait parler de onze années de tranquillité, comme autant d’années de bonheur.

Sans doute, cette tutelle fut parfois oppressive pour la liberté, et, avec le blocus, devint onéreuse pour la richesse publique. Mais la France et les pays rattachés à l’Empire souffraient également de ces abus, qui étaient comme la rançon de la gloire.

Napoléon avait étendu son influence sur la Suisse pour en faire un des ouvrages avancés de l’Empire. Fondé sur des raisons militaires, son protectorat partagea sa fortune militaire. Il ne dura qu’ autant que lui-même se soutint par ses victoires. Lorsqu’il fut vaincu en Allemagne et rejeté derrière le Rhin, la Suisse lui échappa et lui devint hostile, comme un bastion isolé, tombé aux mains de l’ennemi, peut être retourné contre le corps de place.

La médiation finit avec l’année 1813, et l’Acte de 1803 fut déchiré. Mais les divisions qui l’avaient fait naître reparurent et il fallut demander à la Longue Diète de 1814 un Pacte fédéral qui ne valait pas celui du Premier Consul. Les remaniements successifs qu’on dut lui faire subir en 1848 et en 1874 le rapprochèrent de celui de 1803. De sorte que la Suisse contemporaine reste bien l’œuvre de Napoléon. C’est lui qui avait trouvé le meilleur ciment pour lier les Cantons, et jeté les fondements les plus solides de l’union confédérale.

Oublions donc la suppression de quelques jour-

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