MME LARREY ET NAPOLEON
Révolte du Caire et Napoléon recevant les clefs de Vienne , constituent des œuvres très remarquables et qui feront toujours le plus grand honneur à l’école française.
L’amitié de Larrey ne fut pas inutile à Girodet. Il lui obtint la commande de ses deux grandes compositions militaires , et celle des portraits du père de Napoléon, Charles Bonaparte, et de son frère Louis. Nous verrons, pendant la guerre d’Allemagne, le chirurgien de la Garde, malgré ses grandes occupations, songer encore à Girodet et arrêter avec lui un projet de tableau à présenter à l’Empereur. Nous devons aussi à ce peintre distingué un excellent portrait de Larrey, qui fut fait à son retour d’Égypte et dont une reproduction
est placée en tête de ce volume.
Ce que Mme Larrey est chez elle, simple, spirituelle et aimable, elle l’est à la nouvelle cour, où elle tient sa place avec l’aisance que lui donnent son éducation, son intelligence, les services de son mari et 1 estime dont il jouit auprès de l’Empereur et des généraux. Elle est invitée aux Tuileries et à la Malmaison, où elle est reçue par Joséphine et sa fille Hortense avec une aimable affabilité. Ces deux femmes excellentes estiment profondément le chirurgien; elles n’ont pas oublié ses soins à Eugène de Beauharnais ; elles savent qu’il peut être un jour appelé à sauver 1 Empereur, dont chaque campagne met les jours en danger, et elles marquent à Mme Larrey un gracieux intérêt. Elles ont, du reste, pour cette aimable personne une sympathie déjà ancienne, et elles la font partager par leur entourage. Napoléon, de son côté, manifeste une extrême faveur à la femme de son compagnon d’Égypte. Pendant qu’il traite souvent sans ménagement des femmes du plus haut rang, il marque à celle-ci, au contraire, une bienveillance spéciale. 11 la plaisante bien parfois sur le silence qu’elle a gardé envers son mari pendant l’expédition d’Orient, et il lui rappelle que Larrey ne reçut qu’une lettre en quatre ans; mais Larrey
n’est pas en peine de répondre que les bâtiments du Directoire faisaient moins bien le service postal que ceux du premier Consul, et elle finit par une discrète allusion aux
LE CAMP DE BOULOGNE
services de son mari, aux pertes qu’il a subies en Orient et à la difficulté des temps. Larrey, qui réclamait constamment pour les autres, n’osait jamais rien demander pour luimême; mais sa Laville n’avait pas la même timidité. Nous lui verrons demander un jour une petite métairie, — ce fut le rêve de Larrey. — En attendant, elle lui a rappelé, au moment de l’institution de la Légion d’honneur, les titres de son mari, — nous avons vu qu’il ne fut pas oublié, — et la situation de sa mère , restée veuve sans fortune ; il donna à cette dernière une pension l.
Ces sollicitations sont indispensables, car le premier Consul, — comme l’Empereur, — veut qu’on lui demande et oublie facilement ceux qui ne se rappellent pas à son souvenir.
Au mois d’août 1805, nous retrouvons Larrey, avec la Garde, au camp de Boulogne. L’Angleterre s’est dérobée au traité d’Amiens ; elle a refusé de rendre Malte et a noué contre la France une nouvelle coalition qui comprendra l’Autriche, la Russie, la Suède et Naples. Napoléon, décidé cette fois à la frapper au cœur, a réuni à Boulogne une immense flottille de débarquement et une armée de cent vingt mille hommes. Le plan d’invasion de l’Angleterre a été préparé avec cette précision impeccable et cette géniale prévoyance qui font de lui un adversaire si redoutable. Douze cents bâtiments, chaloupes, canonnières, péniches ou bateaux plats, doivent transporter l’armée de l’autre côté du détroit. Les troupes ont été entraînées à l’avance à l’embarquement et au débarquement, et la plupart des soldats ont appris les manœuvres de la mer. Les bâtiments sont toujours prêts à mettre à la voile; les vivres et les muni-
1 Larrey , Journal de campagne.