‹ Napoléon et LarreyChapitre 105 sur 319 · LA TROISIÈME COALITION · texte numérisé non relu

LA TROISIÈME COALITION

armées russes se concentraient : l’une en Pologne, afin d’entraîner la Prusse ; l’autre en Galicie, pour secourir l’Autriche. La campagne d’Angleterre devenait une témérité. Frémissant de rage et d’indignation, Napoléon se vit contraint d’y renoncer. A cette minute suprême de sa vie, comprit -il qu’il perdait à jamais l’occasion d’en finir avec son implacable ennemie et crut-il que tous les efforts de son génie se briseraient désormais contre elle? Ses transports de colère, la violente déception qu’il manifesta montrent bien qu’il ressentit l’impuissance où il se trouvait placé de l’atteindre directement, à l’égal d’un désastre. Ce qu’il y a de sûr, c’est que, malheureusement pour lui et pour nous, il abandonna ce jour-là pour jamais le seul plan de campagne qui pouvait abattre la Grande-Bretagne, donner la paix au monde et assurer à la France la suprématie européenne.

Mais il se retourna alors vers le continent. Perdant l’espoir d’atteindre l’Angleterre par mer, il allait se jeter sur les alliés qu’elle soudoyait. On a raconté qu’ayant fait appeler Daru, il dicta séance tenante et d’un seul jet, avec une présence d’esprit et une précision de détails extraordinaires, le plan de son admirable campagne de 1805. Le fait est indéniable, et Daru a rapporté lui-même la scène pendant laquelle il tint la plume h II serait absurde cependant de croire que Napoléon ait improvisé le programme de ses opérations militaires en Allemagne comme un poète improvise

1 « Le 13 août 1805, au quartier général de Pont-de-Briques (Boulogne), Napoléon dicte à Daru le plan complet de la campagne contre l’Autriche : l’ordre des marches, leur durée, lieux de convergence ou de réunion des colonnes, attaques des villes fortes, mouvements divers et fautes de l’ennemi. Tout était prévu dans cette dictée subite, à deux mois et à deux cents lieues de distance, les champs de bataille, les victoires et jusqu’au jour même où nous devions entrer à Munich ou dans Vienne. Daru vit ses oracles se réaliser à jour fixe jusqu’à Munich, et s’il y eut quelques différences de temps et non de résultats entre Munich et Vienne, elles furent à l’avantage de l’Empereur. » (De Ségur, t. II, p. 30. Récit de Daru à Ségur.)

Daru était alors commissaire général des côtes et adjoint à l’intendant général Petiet. 11 jouissait déjà de la confiance de Napoléon. La part qu’il prit à l’organisation de la campagne de 1805 fut le début de sa fortune.

LE CAMP DE BOULOGNE

des vers II avait dû y réfléchir souvent depuis quelques semaines, et tout porte à croire que quand il dicta à Daru les mesures concernant les mouvements de ses armées , les grandes lignes en étaient déjà arrêtées dans son

esprit.

Le débarquement des troupes fut immédiatement exécuté ; les ordres de marche furent envoyés le 27 août, et le 29 au matin les corps d’armée étaient dirigés sur 1 Allemagne par des routes différentes et avec le plus grand secret

sur leur destination.

L’Empereur veillait lui-même au départ de ses divisions et présidait en personne à toutes les mesures que suscitait la nouvelle orientation donnée à ses projets1. Il fit appeler le chirurgien de sa garde et lui demanda de lui donner un modèle d’organisation des ambulances de l’armée. Le même soir Larrey le lui remettait2. Ce ne fut que lorsque Napoléon eut vu de ses yeux son armée en route qu il quitta Boulogne. Larrey partit en même temps que lui. Ils étaient l’un et l’autre le 3 septembre à Paris.

1 Partant de Boulogne, Napoléon rencontre un peloton de soldats égarés, calcule le jour de leur départ, la route qu’ils ont prise, le chemin qu’ils ont du faire, et leur dit : « Vous trouverez votre bataillon à telle étape. » (Lavalette, t. i ,

2 Larrey à i’ Empereur. Pont-de-Briques, 12 fructidor an AllJ.

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