CHAPITRE VIII
I. Campagne de 1805. — Exposition sommaire des faits. — Préparatifs de Larrey.
— Les ambulances de la garde impériale. — Manœuvres de Napoléon. — Récit de la reddition d'Ulm par Larrey. — Le combat de Dirstein. — Larrey à Hollabrünn. — Blessure du général Oudinot. — Austerlitz : préparatifs de Larrey. — L’ambulance centrale au moulin de Paleny, reliée par les ambulances volantes aux hôpitaux d’évacuation de Brünn et, de là, aux hôpitaux sédentaires de Vienne. — Lettre de Larrey à l’ordonnateur Joinville. — IL Récit de la bataille d’Austerlitz fait par Larrey à son oncle Alexis Larrey, de Toulouse. — Rapport de Larrey à l’Empereur. — Les blessés et les pertes de la bataille. — Les généraux blessés. — Rapp et la fameuse charge de la garde impériale. — Les généraux Saint -Hilaire, Kellermann, Walter, Thiébault, Sébastiani. — Histoire de la blessure du général Thiébault. — Comment était soigné « un général de l’Empereur ». — Larrey et Percy auprès de Thiébault. — Mort des généraux Valhubert, Morland et Mazas. — Belle lettre de Valhubertà l’Empereur avant de mourir. — Embaumement de Morland. — Un des contes de Marbot. — Procédé d’embaumement de Larrey. — Larrey soigne les blessés ennemis avec le même zèle que les blessés français. — Ses procédés vis-à-vis des officiers russes.
— Le typhus à Brünn parmi les blessés. — Larrey à Vienne. — Sa correspondance avec Mme Larrey. — Amoindrissement de la situation des chirurgiens et des médecins militaires sous l’Empire. — Inégalité de traitement avec les officiers combattants. — Larrey oublié dans la distribution des grades et des faveurs qui eut lieu après Austerlitz. — Sa timidité vis-à-vis de Napoléon. — Hardiesse plus grande de Mme Larrey.
Je n’ai pas, on le pense bien, l’intention d’exposer le récit circonstancié des campagnes de l’Empire. Larrey ayant assisté à toutes les guerres de Napoléon, on voit où m’entraînerait et où serait entraîné avec moi le lecteur, si je devais retracer tous les événements militaires dont il fut le témoin. On peut observer que je viens d’exposer assez longuement la campagne d’Égypte. Mais Larrey a consacré luimême des développements assez considérables à cette expédition de sa jeunesse, dont il garda toute sa vie le captivant
souvenir; et comme elle est plus oubliée, qu’elle a trouvé moins d’historiens que les guerres de l’Empire, j ai cru devoir lui attribuer la même importance qu’il lui a accordée. Du reste, son journal, détaillé avec soin et très bien tenu à jour pendant les guerres de la Révolution et du Consulat, est interrompu à partir de la dislocation du camp de Boulogne pour n’être repris sur ses agendas qu’au moment de la campagne de Russie. Je suivrai donc sa documentation et me bornerai à exposer rapidement les événements militaires auxquels il a été mêlé, en faisant ressortir le rôle qu’il y a joué. Pour cette partie de l’histoire de Larrey, à défaut de son journal de campagne, il nous reste encore de belles et nombreuses sources d’informations : ses mémoires, sa correspondance officielle et privée, ses fiches manuscrites et les notes inscrites par lui sur ses carnets et en marge de ses travaux imprimés.
Nous avons vu que Napoléon avait dicté d’un seul jet à Daru le plan de l’immortelle campagne de 1805. Son programme s’exécuta tel qu’il avait été conçu. Rappelons sommairement les faits.
L’armée d’Angleterre, qui prit le nom de « Grande Armée », s’avança avec une extraordinaire rapidité. En vingt jours, au grand étonnement de l’Europe, elle se trouva transportée des côtes de la Manche au centre de l’Allemagne. On a donné aujourd’hui à ces déplacements rapides le nom de mobilisation. En tenant compte de la différence des temps, celle-ci sera toujours considérée comme un des plus remarquables exemples historiques de cette opération préliminaire des guerres modernes.
Pendant que Bernadotte , cantonné dans le Hanovre, dont Napoléon s’était saisi après la rupture de la paix d’Amiens, se portait sur la Bavière et arrivait le 27 septembre à Wurzbourg, Marmont, parti du Texel avec son corps d’armée le 29 août, le rejoignait le 29 septembre. Davout, parti d’Ambleteuse, Soult, de Boulogne, Ney, de Montreuil, étaient sur le Rhin du 23. au 24. La cavalerie avec Nansouty, d’Hautpoul, Baraguay-d’Hilliers, Walter, sous le commande-