LA GRANDE ARMEE
ment général de Murat, les avait précédés. Augereau suivait avec la réserve. Le total de ces forces, projetées d’une façon si merveilleuse d’un point du continent à l’autre, formait une armée de cent quatre-vingt-dix mille soldats, auxquels il convient d’ajouter les troupes auxiliaires de la Bavière, qui comprenaient vingt-cinq mille hommes.
L’Autriche et la Russie mettaient de leur côté en ligne quatre cent cinquante mille hommes. Je néglige de chaque côté les contingents, tels que les corps de Masséna et de Saint- Cyr en Italie (soixante -dix mille hommes), et les troupes suédoises, anglaises, napolitaines des coalisés (cinquante mille hommes).
Le commandant de l’armée autrichienne, Mack, était à la tête de quatre-vingt mille hommes. Il avait traversé la Bavière et s’était installé sur l’Iller, appuyant sa droite à Ulm. Dans cette position, il attendait une deuxième armée autrichienne et deux armées russes.
Le 25 septembre, l’Empereur arrivait à Strasbourg et pressait le passage du Rhin par ses troupes. Larrey s’y trouvait déjà depuis quelques jours, et ses préparatifs étaient achevés. C’est à ce moment que Napoléon, inspectant ses services, lui dit ces paroles recueillies par la légende : « Larrey, vous avez failli être prêt avant moi. »
Les ambulances du chirurgien en chef de la garde impériale avaient été établies sur le modèle de celles qu’il avait organisées en l’an Y à l’armée d’Italie. Elles se composaient d’un chirurgien de première classe, de six de seconde classe, de deux pharmaciens et de huit infirmiers montés sur des chevaux rapides et légèrement équipés1. La matériel comprenait six voitures suspendues pour le transport des blessés et deux fourgons contenant les appareils, les instruments et
1 Les chirurgiens de la première ambulance volante de la garde furent Paulet , Zinck, Déplacé, Poirson, Vergé, Ferrus et Blondy. Plusieurs d’entre eux, Poirson, Zinck, Vergé, Déplacé s’étaient fait remarquer en Égypte. Zinck et Paulet devinrent des médecins militaires très distingués et ont laissé des travaux estimés. Ferrus parvint aux hauts degrés de la profession. Il fut médecin de la maison de l’Empereur et plus tard de Louis XVIII, médecin en chef de Bicètre et membre de l’Académie de médecine.
le linge à pansement. On se rappelle que ces ambulances, imaginées par Larrey, devaient aller ramasser les blessés au milieu de la mêlée, et, si ceux-ci ne pouvaient recevoir de soins sur place, les ramener dans un endroit où ils puissent être opérés ou pansés. Les chirurgiens de chaque régiment de la garde avaient à leur disposition deux chevaux munis de bâts, destinés à transporter les objets de pansement dont ils avaient besoin. Le service de santé était complété par une ambulance sédentaire et les hôpitaux temporaires qu’organisait Larrey à chaque résidence. Cette organisation, servie par l’intelligence, l’habileté et l’activité peu communes du chirurgien en chef, donnait des résultats excellents. Mais il ne faut pas croire que tous les corps de l’armée fussent desservis comme la garde. Dans beaucoup de régiments de ligne, l'assistance des blessés restait très défectueuse, et nous verrons souvent les ambulances de la garde dirigées par leur chef se porter au secours des autres corps et suppléer à leur pénurie de chirurgiens et à l'insuffisance de leur matériel b
Percy avait été nommé chirurgien en chef de la Grande Armée. Gomme il n’était pas encore arrivé au moment du passage du Rhin, Larrey fut investi de ses fonctions, qu il cumula avec son service de la garde1 2. Coste était médecin en chef3.
L’armée, se dirigeant sur le Danube, traversa rapidement la principauté de Bade, le Wurtemberg et la Bavière. Elle s’avança par la rive gauche du Danube, dépassa Ulm qui formait le point d’appui de la droite de Mack, passa le fleuve
1 Larrey, Corresp. génér. Lettre au maréchal Bessières, colonel général de la garde, Strasbourg, le 6 vendémiaire an XIV. Ms. 5873. B. N. F. F. N. Acq.
2 Corresp. cit. Lettre de M. Petiet, intendant général de la Grande Armée, Strasbourg, 6 vendémiaire an XIV.
3 Coste, dont j’ai déjà prononcé le nom plusieurs fois, était un des vétérans les plus distingués de la médecine militaire au xvme siècle. Né en 1741, il avait pris part à la guerre d’Amérique comme médecin en chef du corps expéditionnaire, et depuis il n’avait cessé, en qualité de premier médecin des armées, d inspecteur des hôpitaux, de membre du Conseil de santé, de se trouver à la tête du Service de santé et de toutes les inspections générales. Il fit la campagne de la Grande Armée jusqu’à Eylau. Epuisé par les fatigues qu’il éprouva en Pologne, il demanda à être relevé de son service et fut remplacé par Des Genettes.