‹ Napoléon et LarreyChapitre 109 sur 319 · PRÉPARATIFS DE LARREY A AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE LARREY A AUSTERLITZ

Le 20 novembre l’Empereur était à Brünn. On négociait. L’armée voyait passer, sceptiques, les diplomates autrichiens Giulay et Stadion, le Prussien Haugwitz, le Russe Dolgorouki, sans croire une minute à la sincérité de ces pourparlers. C’était aussi la pensée de Larrey, qui l’écrivit à sa femme le 21 novembre. Les faits lui donnèrent bientôt raison, et nous avons une nouvelle lettre de lui datée du 9 frimaire (29 novembre), qui annonçait à Laville une bataille imminente.

Elle devait avoir lieu le surlendemain, 2 décembre 1805. L’avant -veille de cette radieuse journée d’Austerlitz, le temps fut abominable; il tomba de la pluie, de la grêle, et il fit un froid excessif. Larrey, à moitié gelé, passa toute la nuit à faire ses derniers préparatifs et à écrire ses instructions autour d’un mauvais feu de bivouac. Le lendemain, Percy, le chirurgien en chef de l’armée, retenu à Vienne, n’était pas arrivé. L’Empereur fit appeler le chirurgien de sa garde et le chargea de l’inspection générale ; il conservait en même temps son service ordinaire. Larrey inspecta immédiatement tous les hôpitaux de Brünn qui avaient été installés dans des couvents, vérifia leur état et adressa séance tenante à l’ordonna-

le fit remplacer dans le commandement, et l’aurait mis à l’ordre du jour si je n’avais modifié le rapport que je lui fis à mon arrivée à son quartier général sur le nombre des blessés et la gravité des blessures. Eh bien ! — telle est la gratitude des hommes, — ce même général, étant maréchal de France et ministre de la guerre, m’a fait sortir de l’hôtel des Invalides avec mon collègue Des Genettes, son médecin à l’armée, par une ordonnance fatale qu’il fit prendre au roi pour une nouvelle organisation du service de santé militaire. Une courte expérience a déjà fait reconnaître cette ordonnance tout à fait contraire aux intérêts du service et à cette classe estimable d’officiers. » (Larrey, Mémoires et campagnes. Note manuscrite de l’édition personnelle, t. II, p. 524.)

Il s’agissait du général Maison, comme on le verra plus tard. Larrey dit que celte affaire se passa à Ilollabrünn. 11 est plus probable que ce fut dans un des combats qui eurent lieu dans les environs.

teur Joinville un rapport détaillé sur les ressources qu’ils offraient et les aménagements dont ils devaient être immédiatement l’objet1. Ce furent là des hôpitaux provisoires d’évacuation. Les blessés devaient, en effet, de Brünn être transférés, dès que leur état le permettrait, à Vienne, où de grands préparatifs avaient été faits pour les recevoir dans les hôpitaux de la ville. L’ambulance centrale à laquelle ressortissaient toutes les ambulances divisionnaires était au moulin de Paleny, et celle-ci reliée par les ambulances volantes avec les hôpitaux de Brünn 2. En dehors de ces hôpitaux réguliers, les églises, les maisons de Brünn, le château d’Austerlitz même devaient recevoir des blessés. Le service sur le champ de bataille devait être assuré par les ambulances des différents corps, et trois ambulances générales établies à la première, à la deuxième et à la troisième ligne de l’armée, d’où rayonneraient les ambulances divisionnaires qui suivaient les colonnes 3.

1 Larrey, Corresp. génér. Lettre à l’ordonnateur Joinville. Ms. 5873, p. 356. B. N. F. F. N. Acq.

2 A ce moment, les ambulances de Larrey atteignaient un état voisin de la perfection, et il exerçait, grâce à la faveur dont il jouissait auprès de Napoléon, une sorte de dictature morale qui lui permettait de braver le ressentiment des intendants et même des généraux. « Les ambulances, a-t-il dit dans une fiche, aux jours des grandes batailles de l’Empire, avaient toujours droit aux premiers logements militaires, avant les généraux et les états-majors. L’Empereur l’entendait ainsi et l’armée le savait bien. Il suffisait de faire inscrire en lettres de craie ou de charbon ambulance de la garde ou ambulance de Larrey, pour que cet asile des blessés demeurât inviolable pour tous, chefs ou soldats, qui cherchaient un gîte ou un abri. » (Larrey, Note.)

3 Le document suivant, adressé à l’ordonnateur du quartier général, la veille même du combat, donne une idée des mesures prises par Larrey.

Transmission de l’ordre donné par Sa Majesté l’Empereur à M. l’ordonnateur du quartier général Joinville, à Brünn.

« Bivouac d’Austerlitz , 18 frimaire an XIV.

« Monsieur l’ordonnateur,

« Chargé par Sa Majesté de la surveillance générale du service de santé de l’armée, et en vertu de l’ordre verbal qu’elle vient de me donner, je vous prie de vouloir bien faire parvenir d’ici à demain matin , jour indiqué par l’ordre du 10 pour une bataille , une suffisante quantité de voitures pour le transport des blessés, de la viande, de l’eau-de-vie pour chaque ambulance, et tous les brancards qui sont à votre disposition.

« Veuillez aussi charger les commissaires de guerre des divisions de se trouver demain matin près des trois ambulances principales que j'ai établies au moulin,

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