BATAILLE D’AUSTERLITZ
La bataille s’engagea le 12 frimaire (2 décembre) au matin. Tous les détails de cette journée fameuse sont célèbres. La veille au matin, le prélude: proclamation de Napoléon, ne craignant pas d’annoncer à l’armée les dispositions qu’il a prises pour leur assurer la victoire; le soir, à onze heures, son inspection du camp illuminé par cent mille torches de paille et retentissant des acclamations de ses soldats. Le lendemain, le combat: la prise du plateau de Pratzen, clef de la position , l’écrasement du centre et de la droite ennemie par Soult, Lannes et Murat; sa gauche assaillie de front par Davout, tandis que les divisions françaises fondent sur ses derrières du haut du plateau de Pratzen. Puis, les résultats : les coalisés perdant vingt mille combattants, tant tués que blessés, vingt mille prisonniers, cent quatre-vingts bouches à feu; tout cela calculé, indiqué, prévu, organisé d’avance et s’accomplissant sur le terrain même choisi par Napoléon, dans les conditions qu’il a préparées, selon la tactique qu’il a annoncée et au milieu des fautes de ses adversaires qu’il a prédites.
Il ne tenait qu’à l’Empereur de consommer la perte des armées coalisées et de les mettre pour toujours hors d’état de
troisième ligne de l’armée, — à la ferme, deuxième ligne, — et à la poste, première ligne, — d’où nous ferons partir autant de subdivisions que besoin sera pour suivre les colonnes ébranlées, et dans ce cas poursuivre au loin l’ennemi.
« J’ai parcouru dans la journée, et je reverrai encore dans la nuit, les ambulances et les officiers de santé des différents corps de l’armée à qui j’ai donné les instructions nécessaires pour se trouver avec instruments et appareils à pansement sur le champ de bataille et sur les points confiés aux chirurgiens principaux.
«Je pense qu’avec toutes ces précautions et la surveillance que j’exercerai moimême sur toutes ces ambulances, les blessés de demain recevront tous les secours qu’ils ont droit d’attendre de nous. Je vous recommande seulement la plus grande célérité dans l’envoi des objets demandés.
« J'ai l’honneur de vous saluer.
« Larrey. »
Déjà les intendants étaient ce qu’ils furent plus tard, pleins de morgue et d’orgueil vis-à-vis des chirurgiens militaires, et Joinville devait faire expier à Larrey, et surtout aux chirurgiens militaires, l’autorité que semblait prendre en ce moment sur eux le chirurgien de la Grande Armée. « Cet ordonnateur, dit de lui Larrey, était le baron de Joinville, qui ne m’a jamais pardonné de lui avoir prescrit, bien que ce fût au nom de l’Empereur, de prendre telle ou telle disposition à l’effet d’avoir, aux divers points de l’armée que j’avais indiqués, le matériel de nos ambulances. » (Larrey, Mémoires et campagnes, note manuscrite, t. II , p. 325.)
recommencer la guerre. La garde impériale russe était presque entièrement détruite. Les débris de l’armée d’Alexandre, quoique considérables, étaient privés d’artillerie et se trouvaient à peu près hors d’état de combattre. Davout, qui s’étant lancé à leur poursuite, les atteignit à Goeding. C'en était presque fait de ces troupes, et il allait les envelopper et faire prisonnier le tsar, quand celui-ci invoqua pour se sauver un armistice qui n’existait pas encore, — mensonge que l’histoire lui a reproché. — Cette ruse libéra son armée du danger qu’elle courait. Davout dut s’arrêter. C’était le 4 décembre. Le 14, Savary apporta la nouvelle que l’armistice était définitivement signé.
L’empereur d’Autriche était allé lui-même solliciter la paix au camp du vainqueur. L’entrevue entre les deux empereurs eut lieu au moulin de Paleny. Larrey était présent, et il a noté l’abattement et l’attitude humiliée avec laquelle le descendant des Habsbourg aborda son vainqueur h
Nous avons plusieurs lettres de Larrey annonçant la bataille d’Austerlitz. La plus intéressante est celle qu’il écrivit à son premier maître en chirurgie, son oncle, Alexis Larrey, de Toulouse. Quoiqu’il eût déjà assisté à de nombreux et brillants combats, l’enthousiasme du chirurgien de la garde est toujours juvénile, et on croirait lire la lettre d’un débutant et non d’un vieux soldat. On notera ce qu’il dit de l’extraordinaire activité de Napoléon, dirigeant toutes les phases de la bataille , — présent à toutes ses actions , — se portant d’un point à un autre avec une extrême vitesse. « Ses évolutions étaient si rapides, dit-il, qu’on le voyait parfois seul au milieu des combattants. »
« Brünn , le 16 frimaire an XIV.
Larrey à Alexis Larrey.
« Mon cousin a du vous annoncer, d’après la lettre que j’ai écrite à mon épouse, la victoire de la bataille d’Austerlitz.
1 « J’ai vu cet empereur germain presque aux genoux de notre Empereur,