‹ Napoléon et LarreyChapitre 112 sur 319 · L’EMPEREUR VISITE LES BLESSÉS · texte numérisé non relu

L’EMPEREUR VISITE LES BLESSÉS

« Je remplis les fonctions d’inspecteur général et de premier chirurgien de la maison militaire de l’Empereur; je jouis d’une grande considération et je suis ma carrière assez honorablement.

« J’ai envoyé à mon cousin la commission de chirurgien sous-aide de troisième classe pour l’hôpital de la garde; vous devez vous en féliciter. Donnez -moi vite des nouvelles de mon petit-neveu; je ne sais s’il a reçu celles que je lui ai fait expédier avant mon départ. Donnez-moi des nouvelles de ma pauvre mère; vous me ferez plaisir de lui donner de mes nouvelles et de la consoler.

« Adieu, mon cher oncle, nous allons repartir; tranquillisez-vous sur mon compte et croyez à mon éternelle amitié.

« Larrey. »

Larrey dirigea le service de santé pendant la première partie de la bataille. Percy étant arrivé de Vienne en toute hâte vers le milieu de la journée, il lui restitua ses fonctions et reprit son poste à la garde impériale.

Pendant cette deuxième phase, il suivit tous les mouvements de la garde avec une de ses ambulances, faisant relever tous les blessés, les pansant sur le terrain et les faisant immédiatement transporter à l’ambulance centrale. Quand la bataille fut terminée, il resta un nombre considérable de blessés sur le sol. Larrey et ses chirurgiens passèrent toute la nuit à les faire enlever et ne rentrèrent à l’ambulance qu’à quatre heures du matin. Vers onze heures du soir l’Empereur, selon une habitude qui sera invariable, parcourut le champ de bataille. Le spectacle, dit Larrey, était déchirant : le sol était couvert de morts, de mourants, d’armes brisées, et de tous côtés s’échappaient des gémissements. Napoléon avait recommandé le silence à ceux qui l’accompagnaient afin d’entendre les cris des blessés. Il allait droit à eux, descendait de cheval et leur donnait de sa main un verre d’eaude-vie de sa cantine qui le suivait toujours. A sa vue ils cessaient de se plaindre et faisaient des efforts pour se redres-

ser. Ils lui disaient : « La victoire est- elle bien assurée? Je souffre depuis huit heures, je suis abandonné, mais j’ai fait mon devoir. » D’autres : « Aujourd’hui, vous devez être content de vos soldats. » A chaque blessé l'Empereur adressait quelques paroles d’encouragement et laissait une garde pour les faire transporter dans les ambulances. Dans la nuit, ils furent tous pansés et enlevés1.

Larrey adressa à l’Empereur le court rapport suivant sur la bataille d’Austerlitz. On remarquera que ce document est daté du jour même de la bataille; c’est une erreur de Larrey, il est du lendemain.

« Le 12 frimaire an XLV (2 décembre 1805).

« A Sa Majesté.

« Sire, au moment où la bataille allait commencer et après avoir dirigé les principales ambulances du centre, j’ai remis la direction du service chirurgical à M. l’inspecteur général Percy, qui est arrivé au commencement de l’action.

« J’ai suivi avec mon ambulance les mouvements de la garde. La charge des chasseurs à cheval et des grenadiers a donné environ trente blessés, non compris trois chefs d’escadrons, trois officiers et plusieurs sous-officiers.

« Tous, après avoir reçu les premiers secours sur le champ de bataille, ont été transportés avec les voitures suspendues de l’ambulance jusqu’à celle dite du Moulin. Quelques-uns ont même été conduits jusqu’à Brünn. Les plus gravement blessés reposent encore dans notre ambulance établie au Moulin, d’où je vais les faire évacuer sur Brünn avec un officier chevalier-noble de la maison impériale de Russie, qui, comme les autres, a été pansé sur le champ de bataille. Les blessés seront accompagnés à Brünn par un chirurgien de notre ambulance, qui leur continuera ses soins.

« En suivant les mouvements de l’infanterie de la garde jusqu’aux bords du lac, nous avons pansé, de concert avec

1 Larrey, Note.

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