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CORRESPONDANCE AVEC MME LARREY

Le retard est plus considérable qu’il ne croit, et, dans une lettre du 5 nivôse (25 décembre), Larrey fixe son arrivée à Paris vers les premiers jours de ventôse (février). « Nous ne pouvons donc, dit-il, faire le carnaval ensemble; nous ferons à sa place l’anniversaire de notre mariage, que nous confirmerons à l’église, si tu le juges à propos. Fasse le Ciel que les vœux que nous ferons soient mieux exaucés que lors de cette première cérémonie. Dieu veuille que nous soyons plus heureux et que les calamités politiques ne viennent plus nous séparer, nous désunir et troubler notre repos f »

Gomme beaucoup de ménages mariés sous la Révolution, comme celui de Bonaparte lui-même, le mariage de Larrey avait été, en effet, purement civil. Depuis le Consulat, ces situations se régularisaient à l’église, et Larrey savait que sa femme désirait la bénédiction d’un prêtre ; lui -même était loin d’être hostile aux idées religieuses, et à son arrivée à Paris il fit bénir l’union qu’il avait contractée en 1793.

C’est dans cette correspondance que nous constatons encore la timidité extrême du grand chirurgien vis-à-vis de l’Empereur. A la suite de la bataille d’Austerlitz, il y eut dans l’armée une distribution considérable de faveurs. Dans l’avalanche de grades, de dotations et de promotions qui s’abattit sur l’armée, Larrey fut oublié. Napoléon, quoiqu’il l’estimât et l’aimât sincèrement, n’admettait pas un moment une comparaison entre un chirurgien, — quel que fût son mérite, — et les officiers combattants. Larrey vit donc tous ses camarades de l’armée du Rhin et de l’armée d’Égypte devenir généraux, maréchaux, grands dignitaires de la Légion d’honneur, et recevoir, — en attendant des titres nobiliaires, des traitements et des sommes d’argent parfois très considérables, sans avoir lui -même la moindre part à toutes ces faveurs. Il avait cependant tous les jours la possibilité d’entretenir l’Empereur : rien n’était plus facile que de lui exposer sa situation. Journellement il le sollicitait pour d’autres, mais il n’avait jamais pu se résigner, nous l’avons

1 Corresp. privée. Larrey à Mme Larrey, Vienne, 5 nivôse an XIV.

vu, à rien réclamer pour lui, et il trouvait plus commode d’en charger sa femme. Or celle-ci travaillait à un portrait de l’Empereur. Larrey lui écrivit d’aller voir Napoléon à son arrivée à Paris, de lui offrir le tableau et de profiter de l’occasion pour lui demander « la petite métairie de ses rêves ».

Pour expliquer sa faiblesse et sa timidité, le brave chirurgien invoquait ses occupations. Il faut lire cette lettre :

« Jusqu’à présent, dit-il, le temps m’a manqué pour entretenir l’Empereur de mes intérêts particuliers. Tu devrais, ma charmante Laville, faire une chose : achever son portrait que tu lui offriras à son arrivée ; tu auras ainsi l’occasion de lui demander de mes nouvelles. Ce sera aussi le prétexte le plus favorable et qu’il ne faudrait pas manquer. Fais un effort, ma bonne amie, tâche de le voir à son arrivée, demande- lui une chaumière, et certes il te l’accordera, d’autant plus qu’il est content de moi h »

Et, dans une autre lettre de Vienne :

« Je voudrais, mon aimable Laville, comme je te l’ai déjà dit, que tu puisses lui offrir son portrait en arrivant. Tu profiteras de cette occasion pour lui demander une petite métairie que j’ai bien gagnée. Tu t’adresseras de ma part au général Rapp, qui se chargera de t’annoncer ou de présenter ton billet d’audience à l’Empereur. Tâche de ne pas laisser échapper cette occasion unique et la plus favorable1 2. »

Il ne faut pas trop s’étonner de la démarche que Larrey demandait à sa femme de faire auprès de l’Empereur. Les chirurgiens militaires, — même les plus remarquables, comme Larrey et Percy, — étaient loin d’être, officiellement du moins, gâtés sous l’Empire; et à mesure que le régime s’établit, que les administrateurs prirent plus d’influence, leur situation morale et matérielle, loin de s’améliorer, fut amoindrie : non seulement ils n’avaient pas part dans les

1 Larrey, Corresp. privée. Lettre à Mme Larrey, Brünn, 17 frimaire an XIV.

2 Larrey, Corresp. privée. Lettre à Mme Larrey, Vienne, 5 nivôse an XIV.

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