‹ Napoléon et LarreyChapitre 130 sur 319 · COMBATS DE GOLMYN ET DE PULTUSK · texte numérisé non relu

COMBATS DE GOLMYN ET DE PULTUSK

vient faire de la diplomatie dans un si mauvais chien de pays ? »

Larrey dépeint la mauvaise humeur des vieux soldats de la garde, dont quelques-uns se brûlèrent la cervelle de désespoir. Souffrant de la disette des vivres, — les paysans polonais, déjà dévalisés par les Russes , avaient fui et caché leurs provisions, — mouillés jusqu’aux os, exténués de fatigue, ils n’avançaient qu’au prix de très grandes difficultés, et exhalaient leur mauvaise humeur même devant l’Empereur. C’est à ce moment que Napoléon leur donna le surnom devenu si célèbre de « Grognards ». Larrey marchait au milieu d’eux, secourant et encourageant les blessés et les malades, réconfortant les autres par son exemple, partageant avec eux, comme autrefois en Égypte, dans le désert de Damanhour, la petite provision d’eau-de-vie qu’il portait toujours sur lui. Telles furent les fatigues de cette marche dans les boues de la Pologne, que les vieux soldats de l’armée d’Orient étaient arrivés à regretter la fameuse traversée du désert pendant laquelle beaucoup d’entre eux souhaitèrent cependant la mort.

La pluie, tombant sans discontinuer, aggravait encore cet état des routes et les fatigues de l’armée. On se battait néanmoins à travers l’eau et la fange, et on mettait en fuite les Russes à Golmyn et à Pultusk. Ces combats, qui furent les seuls moments où les troupes oublièrent les supplices de ces pénibles marches, donnèrent lieu à de très vives mêlées et occasionnèrent un certain nombre de blessés, parmi lesquels étaient des personnages de marque. Rapp fut atteint à Golmyn au bras droit. Il était à l’ambulance où Larrey le pansait , quand survint l’Empereur : «Ce sera donc toujours ton tour? » lui dit-il. C’était en effet la neuvième blessure qu’il recevait. Au combat de Pultusk, le maréchal Lannes, déjà souffrant d’une indisposition , fut légèrement blessé d’un coup de feu. Les généraux Treillard et Barthélemy eurent le bras traversé par une balle. Jomini, le futur historien de Napoléon, Claparède, Yedel et Marulaz, un des plus braves généraux de cavalerie légère, lié avec Larrey depuis la campagne du

Rhin, furent également atteints. Mais leurs blessures, comme celle de Lannes , étaient dénuées de gravité *.

Dans ces fondrières, le matériel d’ambulance de Larrey devenait impraticable. Il adopta les petites voitures suspendues sur deux roues, qui passaient heureusement mieux que les chariots à quatre roues et même que les chevaux de bâts. La gelée étant survenue après Pultusk, Larrey fit évacuer ses blessés sur Varsovie. L’armée croyait prendre ses quartiers d’hiver dans cette ville; Larrey s’installa, fréquenta les hôpitaux et se mit à étudier les affections indigènes, entre autres la plique polonaise, maladie due à des parasites spéciaux et que l’on observe surtout en Pologne. Il écrivit un mémoire sur cette question peu connue en France. Il allait créer une académie de chirurgie et commencer ses cours, quand il reçut l’ordre de repartir avec le quartier général.

Le général russe Benningsen , espérant qu’une campagne d’hiver serait plus péniblement supportée par les soldats français que par l’armée russe, reprenait, en effet, l’offensive. Dès le 25 janvier, il attaqua à l’improviste, sur la basse Vistule, les cantonnements de Ney et de Bernadotte. Les deux maréchaux résistèrent vaillamment. Napoléon, prévenu aussitôt, se dirigea avec toutes ses forces sur l’ennemi. Son plan, conforme à sa manière habituelle, consistait à tomber sur ses derrières et à l’envelopper. Une dépêche destinée à Bernadotte, parvenue entre les mains des cosaques, révéla à Benningsen le danger qu’il courait. Il battit en retraite, laissant des arrière-gardes pour disputer le terrain. Craignant qu’il n’échappât, Napoléon le poursuivit, l’épée dans les reins. Il l’atteignit le 6 à Hoff, en avant de la petite ville de Landsberg, excellente position défensive choisie à l’avance et fortifiée avec soin par le général moscovite. C’est là qu’eut lieu la fameuse charge des terribles cuirassiers d’Hautpoul. Murat avait en vain lancé sur les

1 Les autres généraux blessés furent Lefranc et Boussard, à Golmyn. Le général Fénerols fut tué.

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