‹ Napoléon et LarreyChapitre 131 sur 319 · LA BATAILLE D’EYLAU · texte numérisé non relu

LA BATAILLE D’EYLAU

Russes sa cavalerie légère, les chasseurs et les hussards. Ces régiments, décimés par la mitraille, avaient été ramenés en désordre. Il fit alors avancer les cuirassiers. Ces superbes et redoutables cavaliers fondirent avec une telle rapidité sur la ligne ennemie, qu’elle fut rompue. Les soldats russes furent sabrés et foulés aux pieds des chevaux; huit de leurs bataillons furent ainsi exterminés. Quand d’Hautpoul, à la tête de ses vaillants soldats, revint sur le front de l’armée, sa cuirasse bossuée et noircie par la poudre, son casque broyé, son uniforme teint de sang, l’Empereur l’embrassa. « Pour me montrer digne d’un tel honneur, il faut, dit-il, que je me fasse tuer pour Votre Majesté. » Il tint parole, et fut tué le surlendemain à Eylau.

La bataille d’ Eylau ne ressembla à aucune des brillantes et décisives victoires précédentes. La fortune trahit le génie qui avait préparé l’investissement de l’armée russe et sa destruction certaine1; et si la journée du 8 février ne fut pas une défaite, si l’armée française conserva le champ de bataille, l’Empereur le dut uniquement à la valeur de ses vieux soldats.

Trois faits décisifs marquèrent cette sanglante bataille : l’écrasement du corps d’Augereau, qui faillit compromettre le succès de la journée ; la rupture du centre de l’armée russe par la cavalerie de Murat et l’enfoncement de sa droite par Davout. La charge des quatre-vingt-dix escadrons du grandduc de Berg fut une des plus remarquables opérations de la cavalerie dans ces grandes guerres. Elle sauva l’armée et assura le sort de la bataille. D’Hautpoul, comme il l’avait dit, fut tué à la tête de ses cuirassiers. Au moment de charger, il dit à l’Empereur : « Sire , vous allez voir mes gros talons , ça entre dans les carrés ennemis comme dans du beurre. » Une heure plus tard, il était frappé d’un éclat d’obus. Ney survint le soir; son arrivée coupait la retraite à l’armée

1 L’officier envoyé au maréchal Bernadotte avec des dépêches l’instruisant du mouvement de concentration ordonné par l’Empereur, et qui fut pris par les Russes, avait négligé de détruire ses dépêches. Instruit par leur lecture des projets de Napoléon, Benningsen décampa sur Eylau ; d’un autre côté, le corps d’armée de Bernadotte manqua à Napoléon.

russe. Benningsen le comprit , abandonna le champ de bataille et se retira sur Kœnigsberg.

Ce fut une des plus sanglantes batailles de l’Empire. Les Russes eurent vingt- sept mille hommes hors de combat. Ils laissaient sur le terrain sept mille morts, cinq mille blessés, et emmenaient encore avec eux quinze mille des leurs plus ou moins grièvement atteints. L’armée française avait fait quatre mille prisonniers, et s’était emparée de vingt-quatre pièces de canon et de seize drapeaux. Mais elle avait également subi de grandes pertes, et comptait trois mille morts et sept mille blessés. C’était la première fois que la victoire était aussi chèrement disputée.

Percy étant, comme d’habitude, le chirurgien en chef de l’armée, Larrey n’avait qu’à s’occuper de la garde. La veille, dès son arrivée à Eylau, il avait réquisitionné et fait disposer en hôpital d’évacuation la plus grande et la plus belle maison de la petite ville. A peine était -elle aménagée que Caulaincourt vint la retenir pour Napoléon. Larrey lui montra du doigt l’inscription « hôpital » tracée sur la porte, et lui dit qu’il était impossible de placer les blessés ailleurs, tandis qu’il pouvait facilement trouver une autre maison pour l’Empereur. Irrité de ce langage, le grand écuyer s’emporta et menaça de se plaindre. « Libre à vous, dit Larrey; mais soyez sûr que Sa Majesté me donnera raison. » Cela se passa en effet ainsi. « Larrey a bien fait, dit Napoléon, de retenir une demeure commode pour ses blessés. C’est à vous à me chercher une autre maison1 ! » Le chirurgien de la garde fut moins heureux pour ses ambulances de première ligne. Il les installa dans des granges qui bordaient le chemin à l’entrée du village d’Eylau. C’était, on l’a vu, son habitude de s’établir très près des lignes de l’armée. Cette fois, les événements le servirent mal, et il ne put trouver d’autres locaux que ces masures ouvertes à tous les vents et dont la litière avait été enlevée pour nourrir les chevaux. Il obtint difficilement des ordonnateurs, que les nouveaux règlements rendaient désormais,

' Larrey, Note inédite .

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