‹ Napoléon et LarreyChapitre 133 sur 319 · BLESSURE DU GÉNÉRAL D’HAUTPOUL · texte numérisé non relu

BLESSURE DU GÉNÉRAL D’HAUTPOUL

— rallie ses dragons, fond sur les ennemis et l’arrache à leurs mains. Malgré sa blessure, Grouchy remonte à cheval et recommence à charger. L’Empereur lui fait ordonner d aller se faire panser par Larrey. Celui-ci constate rapidement que les blessures de ces deux généraux sont dénuées de gravité, remet à plus tard leur pansement et se retourne du côté du troisième blessé dont l’état lui paraît alarmant.

C’est d’Hautpoul, le plus brillant général de cavalerie de l’armée , — celui que Napoléon a embrassé la veille devant toutes ses troupes, — et qui, avec ses escadrons de fer, a enfoncé le centre de l’armée russe. Dans cette magnifique charge qui a sauvé l’armée, il a reçu un coup de biscaïen à la cuisse droite. Les cuirassiers l’ont porté à l’ambulance de Percy. Le chirurgien en chef, jugeant le cas très grave, en informe Napoléon, qui l’envoie à Larrey, accompagné d un de ses aides de camp. Celui-ci lui recommande chaleureusement le blessé de la part de l’Empereur. Larrey s’approche de la civière sur laquelle est étendu le vaillant soldat et soulève la couverture de cheval, raidie par le sang et la neige, qu’on a jetée sur lui. L’examen est vite et judicieusement fait . les parties molles de la cuisse sont dilacérées ’, une vaste plaie communique avec le foyer d’une fracture comminutive du col du fémur ', il n’y a pas de perte considérable de sang , 1 artei e fémorale est intacte; le blessé n’est pas trop affaibli, quoiqu’il soit fatigué par les trajets successifs qu’on lui a fait subir.

Pour Larrey, comme pour nous, la vie peut être sauve; mais c’est un cas d’amputation immédiate, et il la propose au général en lui démontrant son urgence. Malheureusement pour d’Hautpoul, Percy s’est déjà prononcé et lui a fait entrevoir la possibilité de conserver sa jambe. Il se refuse donc obstinément à l’opération, et on doit se contenter d’un pansement simple. A une époque où 1 antisepsie n existait pas, c’était son arrêt de mort. Le général fut évacué sur Varsovie, mais il dut s’arrêter au premier village qu’il rencontra et mourut le troisième jour1.

1 Voici la fiche de Larrey concernant d’Hautpoul : « Le général me fut envoyé

Les blessés les plus graves se succèdent dans cette meurtrière journée. Peu d’instants après d’Hautpoul, on amène le général Dahlman, qui a remplacé le général Morland, tué à Austerlitz, dans le commandement des chasseurs de la garde. Il est blessé à mort d’un éclat d’obus aux reins et succombe peu après avoir été pansé.

Tout d’un coup, un cri d’effroi retentit et se propage dans toute la salle. Elle est envahie par des fuyards qui annoncent que les Russes sont vainqueurs et qu’ils se dirigent sur l’ambulance. La panique saisit les blessés, les infirmiers, les assistants et même certains chirurgiens. Les blessés qui peuvent marcher s’enfuient, et, avec eux, la plus grande partie du personnel. En une minute, Larrey se trouve seul avec son élève de prédilection Frizac, qui lui est ardemment attaché, et quelques aides. Il se passe alors une émouvante scène qui ne s’effacera jamais de la mémoire des blessés d’Eylau et qui restera célèbre. L’ambulance prise, il ne s’agit rien moins pour ses hôtes mutilés que d’être cloués au sol d’un coup de baïonnette par les Russes. Nos soldats ont appris à connaître ces mœurs sauvages, et dans leur détresse ils n’ont de recours qu’en Larrey. Se soulevant sur leur paille, ils se tournent vers lui, invoquent son dévouement et le supplient de ne pas les abandonner. Larrey pratiquait une amputation; il la termine sans se hâter, avec la même précision et le même sang-froid qu’il montrait d’ordinaire, et il jette un coup d’œil par la grande baie ouverte de la grange. Voici ce qui passait.

Après la charge du général d’Hautpoul, la première ligne de l’aile droite russe s’est reformée et menace de tourner l’ambulance. Voyant l’ennemi si près, car la bataille d’Eylau est livrée dans un rayon d’une lieue à peine, et on se canonne presque à bout portant , quelques infirmiers s’imaginent

Par mon collègue Percy pour être pansé d’un coup de feu qui lui avait fracturé l’os de la cuisse et altéré profondément les parties molles. Un aide de camp de l’Empereur l’accompagnait et me le recommandait de sa part. La blessure était un cas d amputation. Je proposai l’opération , qui ne fut pas approuvée par M. Percy et par suite refusée par le général. Il fallut se contenter d’un pansement ordinaire. Ce fut son arrêt de mort. D’Hautpoul mourut le troisième jour. »

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