‹ Napoléon et LarreyChapitre 142 sur 319 · LE PRÉSIDENT BARBÉ -MARBOIS ET L’AMBASSADEUR PERSE · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT BARBÉ -MARBOIS ET L’AMBASSADEUR PERSE

Paris et à laquelle fut mêlé le président de la Cour des comptes, Barbé-Marbois. S’étant trouvé indisposé, Askerkan fit demander le docteur Bourdois de La Mothe, ancien médecin régent de la Faculté au xvme siècle, qui jouissait alors d’une grande vogue. L’entourage se trompa, et, abusé par la désinence des noms, fit prier Marbois de se rendre auprès de l’ambassadeur. Étonné, mais pensant que le Persan peut désirer s’entretenir avec un haut fonctionnaire tel que lui, le président défère à l’invitation qui lui est adressée. Dès son arrivée, Asker-kan lui tend la main et lui tire la langue, sans autre cérémonie. Surprise de Marbois, serrant respectueusement le poignet qui lui est offert et s’inclinant profondément, mais sans comprendre. A ce moment entrent quatre valets qui lui présentent un vase dont la nature et le contenu ne peuvent être équivoques. Bouge de colère, le haut magistrat se lève et demande des explications. De cellesci, il résulte qu’on l’a pris pour Bourdois et qu’il est victime de la parité de désinence de son nom. Il sort confondu.

C’est à peu près à ce moment que l’Empereur décerna la plupart des récompenses méritées à la bataille d’Eylau. Larrey fut nommé « commandant » de la Légion d’honneur, — c’est ainsi qu’on disait alors, — en récompense de sa belle conduite. Mais cette distinction, qui lui fit le plus grand plaisir, car elle l’assimilait aux officiers généraux, fut précédée d’un déni de justice que sa correspondance expose longuement et qui mérite d’être signalé ici, car il montre le dévouement aveugle de Larrey pour l’Empereur, même dans les cas où celui-ci blessait ses plus graves intérêts. On sait qu’il avait dû être le chirurgien officiel de Bonaparte, en l’an IX, et que son absence de Lyon, où l’attendait le premier consul après son retour d’Égypte, empêcha sa nomination. La place était déjà très visée, et on fit nommer Boyer, que l’entourage préférait à Larrey, dont on redoutait l’influence sur le premier consul. Depuis, il avait espéré être nommé un jour chirurgien consultant, et personne ne paraissait pouvoir lui en disputer le titre. Le poste étant précisément devenu vacant pendant son séjour en Pologne, il le demanda à l’Empereur

lui-même, qui le lui promit formellement et lui dit d’envoyer sa demande à Daru, alors intendant général, pour qu’il lui adressât un raport à ce sujet. La question paraissait donc bien simple ; mais , sous le nouvel Empire , la moindre charge donnant accès auprès du souverain était l’objet d’autant d’intrigues que sous l’ancienne monarchie. Larrey, qui malgré sa finesse de Béarnais était la droiture même, devait en faire une nouvelle expérience.

Il considérait cependant sa nomination comme certaine. Une circonstance spéciale semblait, avec la parole de l’Empereur, devoir lui donner deux fois raison. Au moment même où il envoyait sa demande officielle à l’intendant général, Mrae Larrey, qui, à Paris, ne négligeait aucune occasion de s’occuper de ses intérêts professionnels, faisait poser sa candidature à l’École de médecine pour la chaire de pathologie chirurgicale, laissée vacante par la mort de Lassus. Sabatier et Chaussier appuyaient sa présentation. Celle-ci était faite par les professeurs, mais c’est l’Empereur qui nommait, et Larrey était sûr de son appui. Les pièces de cette nomination étaient arrivées au quartier général. Maret en prévint Larrey et lui demanda d’opter entre la chaire et les fonctions de chirurgien consultant. Larrey choisit ces dernières, et Richerand fut nommé à sa place. Que se passat-il alors? Quels personnages intervinrent-ils en cette affaire? Quels arguments fit-on valoir à l’Empereur pour le faire revenir sur sa parole et contrister un de ses plus dévoués et de ses plus anciens serviteurs? On l’ignore. Nous savons seulement que Boyer, le chirurgien ordinaire, était l’adversaire de Larrey et que Corvisart dut l’aider. Mais il y eut d’autres influences, car celles-ci n’auraient pas suffi, et il est probable que l’intendance générale de l’armée, qui avait définitivement courbé sous son autorité le service de santé militaire, fit tous ses efforts pour écarter un de ses chefs les plus autorisés et les plus indépendants de ce poste privilégié. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ce fut Antoine Dubois, auquel Larrey avait sauvé la vie, en obtenant de Bonaparte son départ d’Égypte, qui fut nommé à sa place.

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